Un conflit à 3 000 kilomètres : répercussions de la guerre en Tunisie
L’IACE a publié le 19 mars 2026 une analyse en trois scénarios des risques pesant sur l’économie tunisienne, incluant des prévisions de subventions énergétiques estimées entre 4 993 MDT et 12 000 MDT selon les fluctuations du prix du baril de pétrole. Le rapport indique que le déficit énergétique tunisien atteignait déjà 11,2 milliards de dinars en 2025, soit 6,5 % du PIB, et que les subventions énergétiques représentaient 7,5 % du budget total de l’État.
Face à l’intensification des tensions géopolitiques au Moyen-Orient, l’IACE a publié, le 19 mars 2026, une analyse en trois scénarios concernant les risques pesant sur les fondamentaux de l’économie tunisienne, notamment les subventions, l’inflation, la croissance et la balance des paiements.
La Loi de Finances 2026 a été élaborée sur la base d’un prix du baril de pétrole fixé à 63,3 dollars, estimant les subventions énergétiques à 4 993 millions de dinars tunisiens (MDT).
Dans un scénario d’escalade régionale majeure, avec un baril à 100 dollars, ce montant pourrait grimper à 10 850 MDT. Si le détroit d’Ormuz était fermé entraînant un choc pétrolier avec un prix dépassant 120 dollars le baril, la facture dépasserait 12 000 MDT. À l’inverse, un cessez-le-feu permettrait de contenir cette dépense autour de 7 200 MDT, avec un baril stabilisé à 80 dollars.
Le rapport indique qu’une augmentation supplémentaire d’un dollar sur le prix du baril entraînerait une hausse des dépenses de subvention de 164 MDT, tandis qu’une augmentation de 10 millimes du taux de change du dollar générerait 43 MDT de coûts supplémentaires.
Ces sensibilités budgétaires sont d’autant plus préoccupantes que le déficit énergétique tunisien atteignait déjà 11,2 milliards de dinars en 2025, soit 6,5 % du PIB, et que les subventions énergétiques représentent 7,5 % du budget total de l’État.
Une croissance fortement révisée à la baisse
Du point de vue macroéconomique, les prévisions de croissance du PIB pour 2026 sont considérablement dégradées en fonction des différents scénarios. Avant le conflit, elles tablaient sur une croissance de 3,3 %.
En cas d’escalade régionale, cette croissance tomberait à 2,3 %. Si le détroit d’Ormuz était fermé, elle serait réduite à 1,9 %. Un cessez-le-feu limiterait la baisse à 2,6 %.
Le rapport identifie la demande extérieure comme le principal canal de transmission. Les secteurs du textile, de l’habillement et du cuir, ainsi que les industries mécaniques et électriques, sont fortement dépendants de la demande des pays européens.
Une révision à la baisse de la croissance dans la zone euro aurait un impact direct sur leurs performances. Le tourisme constitue également un facteur de vulnérabilité, les touristes européens représentant environ 30 % du total des visiteurs en 2025.
L’inflation orientée à la hausse dans tous les scénarios
L’indice des prix à la consommation serait impacté dans tous les scénarios envisagés. Estimée à 5,5 % sans conflit, l’inflation atteindrait 6,1 % en cas d’escalade régionale, 6,5 % en présence d’un choc pétrolier majeur et se stabiliserait à 5,8 % dans l’hypothèse d’un cessez-le-feu.
L’IACE souligne que ces estimations ne tiennent pas compte de l’impact potentiel d’une dépréciation du taux de change, qui pourrait représenter un canal de transmission supplémentaire via l’augmentation des coûts des importations.
Le rapport met également en avant la dynamique des engrais : 30 % des exportations mondiales d’ammoniac et de soufre passent par le détroit d’Ormuz, toute perturbation de ces flux ayant des répercussions directes sur les coûts agricoles et, en période de prix libres, sur les prix à la consommation.
Une balance des paiements sous pression accrue
La facture énergétique importée, estimée à 13 980 MDT dans les prévisions d’avant guerre, augmenterait à 18 640 MDT en cas d’escalade et à 20 420 MDT en cas de choc pétrolier.
Elle resterait à 15 910 MDT dans l’hypothèse d’un cessez-le-feu. Le rapport rappelle que 98 % du commerce extérieur tunisien se fait par voie maritime, rendant l’économie particulièrement sensible à l’augmentation des coûts de fret et aux perturbations logistiques.
Les recettes touristiques passeraient de 8 520 MDT dans les prévisions initiales à 8 260 MDT en cas d’escalade et à 8 085 MDT dans le scénario le plus pessimiste, contre 8 690 MDT en cas de cessez-le-feu.
Les transferts des Tunisiens résidents à l’étranger, estimés à 9 200 MDT avant le conflit, seraient légèrement affectés dans les deux premiers scénarios, avec des projections de 9 025 MDT et 9 290 MDT. La communauté tunisienne dans les pays du Golfe est estimée à environ 150 000 personnes.
Un système financier exposé au risque de crédit
Le rapport identifie également un risque de détérioration de la qualité des actifs bancaires. Le ralentissement économique, combiné au durcissement des conditions financières, pourrait compromettre la capacité de remboursement des entreprises, en particulier des PME et des acteurs des secteurs les plus fragiles.
Les entreprises publiques œuvrant dans le secteur de l’énergie et du transport aérien sont spécifiquement citées, la STEG et la STIR bénéficiant respectivement de subventions de 1 855 MDT et de 3 138 MDT tout en accumulant des arriérés significatifs.
L’IACE place ces projections dans un cadre de finances publiques déjà tendues. Le budget 2026 affiche un déficit primaire de 3 807 MDT, soit 2 % du PIB, et repose sur des besoins de financement élevés, incluant un apport exceptionnel de la Banque Centrale de Tunisie de 11 milliards de dinars.
Le rapport alerte sur le risque d’un recours excessif au financement monétaire, ce qui accentuerait les pressions inflationnistes, et recommande une stratégie de financement diversifiée ainsi qu’une hiérarchisation stricte des dépenses publiques.

