Tunisie

Tunis Arcana de Sofiane Ben Mârad : La fiction s’inspire de l’histoire.

L’auteur a écrit ce livre sur environ trois ans, lors de son séjour au Mali. Une séance de présentation de Tunis Arcana se tiendra samedi 31 janvier au palais Ahmed Bey à La Marsa.

Un homme aux talents multiples, l’auteur a exercé comme journaliste, publicitaire et réalisateur de documentaires. Il a consacré environ trois ans à l’écriture de ce livre durant son séjour au Mali.

La Presse — Tunis Arcana, publié par les éditions Sikelli, représente le premier roman de Sofiane Ben M’rad. Ce thriller historique captivant maintient le lecteur en haleine grâce à ses nombreux rebondissements. L’auteur, qui a une riche expérience dans le journalisme, la publicité et la réalisation de documentaires, a rédigé cet ouvrage sur une période d’environ trois ans, pendant son séjour au Mali.

Avant même de plonger dans le premier chapitre, la scène d’ouverture de Tunis Arcana met en scène le comte de Saint-Germain, qui fait l’expérience d’une séance de psychométrie au château de Dramstadt. Ce rituel dangereux a pour but de localiser un objet de valeur inestimable et la réponse révélée est « Tunis ». L’auteur choisit de ne pas fournir plus de détails, créant un suspense dès la première page.

Le récit nous transporte de l’Allemagne du passé à la Libye contemporaine, avant de revenir au passé, plus précisément en Tunisie à l’époque des Beys Husseinites. Ces derniers sont, en réalité, les gardiens d’un grand secret. « Peut-être que Tunis est le début de tout », note Ben M’rad plus tard dans son récit. Le premier chapitre s’ouvre avec Slim Ben Raïs, qui raconte à ses compagnons un long récit débutant à l’aube du XIXe siècle.

L’intrigue se déploie progressivement sous la forme d’une chasse au trésor visant à retrouver « cet objet pour lequel des rois, des sultans, des chevaliers et des sociétés secrètes ont mené des guerres et des complots diaboliques », comme le précise Sofiane Ben M’rad. Pour s’approprier ce trésor, qui ne sera décrit qu’après une centaine de pages, plusieurs groupes secrets se livrent à une compétition : les Hesses, chefs de l’ordre des Illuminati dans toutes les nations, les francs-maçons, les confréries soufies, la Compagnie de Jésus et même des moines tibétains.

Ancré dans l’histoire de la Tunisie, l’univers de Sofiane Ben M’rad évoque subtilement les œuvres de Dan Brown. Au fil des 400 pages, se dessine un labyrinthe d’énigmes cryptographiques, de codes et de symboles. Les complots, les horreurs et les intrigues se mêlent, s’étendant de la mosquée de la Zitouna au palais de la Rose à La Manouba, en passant par le marché des esclaves, les zaouias, Dar Jouad, la Hafsia, el Marr et d’autres lieux mythiques de la capitale, jusqu’à Testour, Marseille, Paris, Rome et au-delà.

Des alliances se forment et se défont. Chaque chapitre apporte son lot de mystères et de révélations. Chaque mot et chaque geste peuvent engendrer des conséquences dramatiques. En effet, il y a des événements « dont les conséquences dépassent toute prévision » et « il suffit d’un souffle, d’un infime faux pas pour que l’équilibre se rompe ».

L’auteur précise que « la plupart des personnages sont imaginaires », ce qui suggère que d’autres sont réels. Le contexte historique est crucial, car il chronologie les événements qui jalonnent le récit. Trois protagonistes tunisiens se trouvent au cœur de l’action : Le Bach-hamba Ben Ammar, El Fellaini et le prince Jalel Raouf.

Des personnages, aux parcours a priori sans lien, se rencontrent aussi à Tunis : Vittek, un franc-maçon de haut rang, le Sorrentin Mariano Stinka, Armand l’espion français, Uzzün la Circacienne, etc. L’auteur a également intégré des figures historiques, « des noms qu’il a ramenés à la vie, les faisant surgir comme un enchanteur d’un chapeau magique tout au long de son récit », tels que Hammouda Pacha, son confident Youssef Saheb Ettabaâ, Slimane Kahia, Othmane Bey et ses fils, Sidi Brahim er-Riahi, et d’autres encore.

Ces personnages ne sont pas à considérer comme des anges ou des démons. Même ceux qui se livrent au crime et qui risquent la potence en cas d’échec sont dotés d’une fragilité humaine insoupçonnée. L’amour, « cet intrus insaisissable », rapproche les cœurs du bourreau impitoyable et d’une jeune juive, ou encore de l’espion redoutable et de sa femme de ménage.

L’auteur perçoit l’impatience du lecteur. Tahar, qui écoute le récit de Ben Raïs, ne peut s’empêcher de l’interrompre, et la réponse est toujours « chaque chose en son temps ». Néanmoins, il fournit des indices à son compagnon, et ainsi au lecteur, pour maintenir l’attention. « Parfois, la lecture des événements semble indiquer qu’il n’y a aucun lien entre eux », remarque-t-il. Il est aussi essentiel de comprendre qu’« aucun personnage n’était superflu ».

L’intrigue principale, centrale au récit, concerne la quête du « trésor », marquée par la rivalité entre les loges secrètes, qui ne se résout qu’à la fin. L’auteur a également introduit des intrigues secondaires, certaines étant ouvertes puis immédiatement fermées dans un même chapitre, ce qui allège momentanément la tension dramatique. La description vivante et détaillée des personnages, des lieux, des scènes de combat et des confrontations permet à chaque lecteur d’imaginer sa propre interprétation du récit. Le livre reconstitue, en effet, Tunis au début du XIXe siècle, avec ses coutumes, ses monuments et ses paysages. On y trouve la fabrication de la chéchia, le brouhaha des souks, les sefsaris, les braséros. Certaines expressions et appellations demeurent en dialecte tunisien, comme Tijani Laaouar, dit le Borgne, ou « Bel kelma », le kandil, la takrita.

Les légendes occidentales des templiers, des loges de francs-maçons, l’ordre ésotérique des Baktaschis et d’autres sociétés secrètes s’intègrent à des faits historiques vérifiables, et semblent même en manipuler certaines dynamiques. Un travail de recherche méticuleux se devine, avec des dates précises. Les frontières entre la réalité et la fiction se brouillent à tel point que le lecteur peut s’y perdre.

En conclusion, « l’histoire prend des libertés malgré elle et appartient à celui qui l’écrit », comme le souligne Ben Raïs le conteur. Certains mystères trouvent leur résolution à la fin, tandis que d’autres demeurent. Certains pourraient nécessiter davantage de précisions de la part de l’auteur. Une séance de présentation de Tunis Arcana se tiendra le samedi 31 janvier au palais Ahmed Bey à La Marsa. Le choix de ce lieu s’harmonise parfaitement avec le contenu de l’ouvrage. Cela offrira l’occasion d’échanger avec l’auteur et de mieux appréhender les secrets de l’histoire encore non élucidés.