Tribune – Liberté éditoriale : des médias ignorent la déontologie
La liberté de la presse est essentielle dans une société moderne, impliquant le droit à la critique, au questionnement et au débat contradictoire. Toutefois, certains journaux tunisiens en ligne semblent s’éloigner de cet équilibre en adoptant une posture systématiquement hostile à l’action de l’État.

Par Leith LAKHOUA*
La liberté de la presse est un des piliers fondamentaux de toute société moderne. Elle implique le droit de critiquer, de questionner et d’engager un débat contradictoire. Cependant, cette liberté s’accompagne d’une responsabilité : celle d’assurer l’exactitude de l’information, de respecter les faits et de préserver l’intérêt national. Pourtant, il est évident que certains médias tunisiens en ligne s’éloignent actuellement de cet équilibre essentiel.
Sous couvert d’une ligne éditoriale affirmée et opposée au régime actuel du Président Kaïs Saïed, ces médias adoptent une attitude systématiquement hostile envers toute action gouvernementale, même lorsque ces actions peuvent favoriser la stabilité politique, la souveraineté nationale ou l’intérêt général. Cette opposition systématique se manifeste non seulement par une sélection biaisée de l’information, mais aussi par l’exclusion de toute analyse ou contribution présentant un point de vue différent.
L’analyse approfondie des publications de certains de ces journaux met en lumière une préoccupation grandissante quant à la répétition de titres et de contenus qui tendent à délégitimer à la fois les institutions de l’État et les choix démocratiques d’une part significative du peuple tunisien. Par exemple, un article assimile le soutien populaire au Chef de l’État à une forme d’adhésion irrationnelle, voire archaïque. Une telle approche ne limite pas sa critique au pouvoir en place ; elle remet en question la maturité politique des citoyens, en dévalorisant leurs choix légitimes dans un cadre souverain.
Dans un autre domaine, un article mentionne l’existence supposée d’un accord sécuritaire et militaire entre la Tunisie et l’Algérie, sans citer de source officielle ou de confirmation institutionnelle. En relayant ce type d’allégation, le journal contribue à transformer une rumeur en une controverse publique, alimentant ainsi la méfiance et risquant d’endommager les relations entre deux pays voisins liés par des liens historiques et stratégiques profondément ancrés.
La reprise presque systématique du discours de certains médias étrangers est également visible dans d’autres articles qui parlent de « prisonniers politiques et d’opinion ». Ce terme, chargé de significations sur le plan international, est utilisé sans contexte juridique ni analyse objective des faits. Cela participe à la construction d’un discours accusatoire qui semble davantage avoir pour but de nuire au pays que d’informer honnêtement le lecteur.
Plus préoccupant encore, certains articles donnent la parole à des intervenants médiatiques reconnus pour leurs positions ouvertement hostiles à la Tunisie. Ainsi, « Mhamed Krichen s’interroge sur la teneur de l’accord militaire tuniso-algérien », relayant des suppositions fantaisistes basées sur un accord non publié, voire inexistant, sans le moindre recoupement ou démenti institutionnel. Ce type de traitement de l’information s’éloigne des normes professionnelles du journalisme et tombe dans la spéculation politique.
La question qui se pose alors est la suivante : quel rôle ces journaux souhaitent-ils réellement jouer ? Celui d’une presse libre et critique au service de la vérité et de l’intérêt public, ou celui d’un acteur politique engagé, diffusant des discours unilatéraux et parfois infondés à destination d’un lectorat national et international ?
Mon expérience personnelle avec certains de ces médias illustre cette dérive. Plusieurs articles que j’ai écrits ont été refusés non pas pour des raisons de forme ou de vérification des sources, mais uniquement parce qu’ils exprimaient une analyse favorable à certaines orientations du Président Kaïs Saïed ou défendaient la Tunisie face aux ingérences étrangères. Plus gravement, ces critiques ont été écartées sans lecture préalable, révélant ainsi une censure idéologique incompatible avec les principes proclamés de pluralisme et de liberté d’expression.
Il est légitime pour un média d’avoir une ligne éditoriale claire. En revanche, il est problématique que cette ligne devienne un filtre excluant toute voix discordante, même lorsqu’elle repose sur des faits vérifiables, une argumentation rationnelle et une préoccupation pour l’intérêt national.
La presse tunisienne, particulièrement celle bénéficiant d’une audience internationale, doit être à la hauteur de sa responsabilité historique. Informer avec rigueur, distinguer les faits des opinions, refuser les rumeurs et garantir un véritable pluralisme sont des exigences non négociables. Dans le cas contraire, le risque est grand de voir certains médias contribuer, volontairement ou non, à la déstabilisation de la cohésion nationale et à la dégradation de l’image de la Tunisie à l’étranger.
L.L.
*Consultant en logistique
N.B. : L’opinion exprimée dans cette tribune n’engage que son auteur. Elle reflète un point de vue personnel.

