Tunisie

Travailleuses domestiques : Dix ans de lois, besoin d’application concrète toujours présent

Le statut professionnel des travailleuses domestiques n’a pas réellement changé, elles sont toujours sans sécurité sociale ni contrat de travail. Selon l’étude sociale menée par l’organisation « ASF », les travailleuses domestiques ont du mal à se défendre ou réclamer leur droit à un contrat de travail juste.

Au moins trois lois en dix ans, mais aucune avancée concrète !
Le statut professionnel des travailleuses domestiques demeure inchangé. Elles vivent toujours dans la précarité, sans sécurité sociale, ni couverture santé, ni contrat de travail. Pourtant, elles sont contraintes de se battre pour gagner leur vie.

La Presse — Ce sujet, purement social, n’a jamais été vraiment pris en compte par ceux qui sont supposés l’organiser et mettre fin à sa nature informelle. « Avocats sans frontières (ASF) », une organisation de la société civile, fait état de la situation d’un secteur souvent associé au travail forcé, révélant ainsi le quotidien difficile des femmes qui y travaillent.

Un profil professionnel vulnérable

L’exploitation excessive, en partie due à l’inaction des autorités, fait l’objet d’appels incessants de la part de juristes, d’acteurs sociaux et d’experts. Ils plaident pour un travail domestique qui rompt avec la précarité et rétablisse la dignité humaine, dans un cadre professionnel légal.

Lors d’un atelier de travail tenu jeudi à Tunis, une étude sociale réalisée par ASF a mis en lumière les difficultés rencontrées par les aides-ménagères. Les témoignages et les données recueillies montrent des relations contractuelles complexes, soulignant un système juridique inadapté à la réalité socio-économique de cette catégorie défavorisée.

Les ouvrières agricoles et les aides-ménagères n’ont pas accès aux droits les plus élémentaires, évoluant ainsi dans un secteur largement ignoré par les efforts de développement. Malgré les avancées législatives, le travail domestique reste mal structuré, avec un accès limité aux mécanismes de protection et de justice.

D’après l’étude, ces femmes présentent un profil professionnel si précaire qu’elles sont vulnérables à diverses formes d’exploitation, frôlant parfois l’esclavage non reconnu. En raison de leur situation de déscolarisation et d’origine sociale défavorisée, elles peinent à défendre leurs droits ou à revendiquer un contrat de travail qui garantisse un salaire mensuel et une affiliation à la sécurité sociale.

Pour un travail domestique digne et respectable

Il est important de noter que l’étude s’est appuyée sur une méthodologie de cas, incluant des entretiens semi-directifs et individuels avec des femmes travaillant dans le secteur domestique, ainsi que des rencontres avec des juristes et des avocats axées sur le cadre législatif existant.

Cette analyse critique s’appuie sur la loi n° 37 de 2021 relative au travail domestique, la loi n° 61 de 2016 sur la prévention de la traite des personnes, le décret-loi n° 33 de 2020 concernant le statut de l’auto-entrepreneur, ainsi que la législation sur la lutte contre les violences faites aux femmes et d’autres normes internationales. Ces lois devraient offrir une protection particulière à cette catégorie socioprofessionnelle et servir de garants contre les violations à leur encontre.

Ensemble, ces textes pourraient également renforcer les garanties professionnelles et sociales, assurant ainsi un travail domestique digne et décent. Sofiane Jaballah, professeur de sociologie et superviseur de l’étude, a indiqué que les données révèlent un risque structurel permanent qui pourrait aggraver encore la situation.

Face à l’absence d’alternatives professionnelles et à la nécessité de subvenir aux besoins de leurs familles, les travailleuses domestiques sont prises entre deux feux. Elles souffrent profondément.

Que faire pour protéger ces aides-ménagères ? Pourquoi la loi n’a-t-elle pas été appliquée et le Code du travail révisé pour intégrer ces travailleuses domestiques dans l’économie formelle ? Il est essentiel que ce secteur se libère de tout stéréotype discriminatoire, traitant l’aide-ménagère avec respect. Car sans application de la loi, aucun droit ne pourra être reconnu.