Tunisie

Télévision : « Khottifa » de Saoussen Jemni commence de façon forte et symbolique

Le feuilleton « Khottifa » de Saoussen Jemni est diffusé sur la chaîne El Hiwar Ettounisi. Lamia Amri, qui réapparaît sur le petit écran après des années d’absence, campe le rôle d’une femme, mère et épouse subissant coup sur coup la perte de deux êtres chers.


Il est certainement plus judicieux de juger de la qualité d’une œuvre après sa diffusion entière, c’est-à-dire à la fin de tous les épisodes. Toutefois, il est également possible de faire une lecture, bien que partielle, de certaines séquences qui ont suscité l’intérêt du public et de certains internautes. Nous proposons ici quelques réflexions sur le début du feuilleton « Khottifa » (L’hirondelle) de Saoussen Jemni, diffusé sur la chaîne El Hiwar Ettounisi.

L’accroche, pour utiliser le vocabulaire journalistique, est essentielle dans la mesure où elle capte l’attention du spectateur de manière concise et percutante, éveillant sa curiosité et l’incitant à visionner la suite. Saoussen Jemni est devenue experte en la matière depuis ses précédentes productions comme « Foundou 1 et 2 » (2021-2022), « Fallouja 1 et 2 » (2023-2024) et « Fitna » (2025), et maintenant avec « Khottifa ».

Au lieu de prendre un ou deux épisodes pour installer les personnages, comme c’est souvent le cas dans d’autres productions, ce qui peut faire perdre l’intérêt du public, la réalisatrice dévoile l’intrigue dès la première scène, attirant rapidement le spectateur et l’incitant à suivre les épisodes suivants. C’est ici que réside la force de l’approche de Jemni.

Dès les premières images, « Khottifa » nous plonge dans l’histoire. Un jeune enfant accompagnant sa mère au marché du village se laisse distraire par une hirondelle et se perd. Sa mère, ne réussissant pas à retrouver son fils, sombre dans l’angoisse puis s’effondre. Malgré ses recherches acharnées et le soutien de son mari, elle finit par perdre tout espoir.

Youssef, c’est son prénom, est recueilli par une femme stérile, qui considère cet enfant comme un cadeau tombé du ciel. Le père de l’enfant, accablé par la perte de son fils, meurt subitement, représentant un double drame pour la mère qui perd à la fois son enfant et son mari.

Saoussen Jemni commence fort avec une ouverture tragique. Lamia Amri, qui fait son retour à la télévision après plusieurs années d’absence, interprète le rôle d’une mère et épouse subissant consécutivement la perte de deux êtres chers. Elle se révèle sublime dans son jeu, incarnant une femme d’un milieu modeste à qui tous les malheurs semblent s’abattre en une seule matinée.

Si l’actrice est convaincante, il ne faut pas oublier la réalisatrice, qui a su la diriger avec talent, alternant gros plans et séquences plus larges montrant le public au marché, ainsi que l’expression de désespoir de cette femme. Une scène chargée d’émotions et d’empathie.

D’autre part, la symbolique est forte. Youssef, l’enfant de trois ans, symbolise l’hirondelle qui s’éloigne par accident vers une nouvelle famille d’accueil. Il se sépare de sa mère et de sa famille, et son départ imprévu entraîne la perte de son père, victime de chagrin. Nous assistons là à une tragédie grecque illustrant la réaction excessive face à la fatalité.

La mise en scène de Saoussen Jemni parvient à faire vivre au spectateur ce que ressent son héroïne. « Khottifa » doit beaucoup, dans cet épisode inaugural, à la performance impressionnante de Lamia Amri. Grâce à des larmes, des cris, des silences et des moments d’éclat, l’actrice compose un personnage mêlant désespoir et détermination, touchant ainsi les émotions des spectateurs.