Technologies digitales et relations humaines : la machine à café comme outil de management
Les outils numériques sont devenus indispensables pour faciliter la communication et la collaboration entre les employés et entre les générations au sein de l’entreprise. Faten Ben Aissa a souligné que des résistances subsistent, notamment dans les organisations traditionnelles, où les jeunes ont parfois du mal à mettre en pratique les compétences digitales acquises.
Certains outils numériques sont aujourd’hui essentiels pour favoriser la communication et la collaboration entre les employés et les générations au sein des entreprises.
Cependant, le partage de valeurs communes et l’établissement d’un cadre de travail propice à l’innovation restent des piliers cruciaux pour une gestion intergénérationnelle efficace.
La Presse — Au départ, l’intégration des nouvelles technologies dans les entreprises visait principalement à moderniser l’organisation. Toutefois, avec le temps, ces technologies ont fourni de nouveaux outils de spécialisation (notamment pour la gestion des ressources humaines et la comptabilité), répondant ainsi à divers besoins des employés et des entreprises, s’imposant comme le principal allié des managers.
Ce phénomène s’observe non seulement dans la gestion des équipes, mais aussi dans le management intergénérationnel.
Ce sujet a été abordé lors d’un panel tenu dans le cadre de l’édition 2026 du « Human Resources Expo », à la Cité de la culture. Parmi les intervenants figuraient Charles-Henri Besseyre des Horts, professeur émérite, Faten Ben Aissa, consultante en communication stratégique, et Jihane Bouzayen, CEO de Bee.
Les orateurs ont mis en avant le rôle perturbateur des outils numériques au sein des organisations. En révolutionnant le management et en fournissant des moyens de communication plus efficaces au sein des équipes, les nouvelles technologies redéfinissent progressivement les normes du management intergénérationnel.
Incompréhension entre générations
Faten Ben Aissa, forte de son expérience avec les jeunes générations, a indiqué que le défi pour les entreprises est de former une nouvelle génération capable de maîtriser les outils numériques tout en collaborant efficacement avec les générations plus expérimentées. Elle a également souligné que la perception des outils numériques varie d’une génération à l’autre.
Pour illustrer ses propos, elle a évoqué des jeunes interrogés qui ont confirmé un décalage entre les générations concernant l’usage du smartphone. Pour les générations plus âgées, il est souvent perçu comme une source de distraction au travail, tandis que pour les jeunes, il s’agit d’un véritable outil de travail.
« […] On a finalement compris que, pour cette génération-là, le fait de recevoir un mail est une urgence. Or, pour nous, cela relève plutôt de l’archive : on préfère recevoir un message sur Teams, par exemple, c’est plus simple pour nous […] », a-t-elle déclaré.
Ben Aissa a ajouté que les jeunes souhaitent coopérer et établir des ponts entre les générations. Ils ne contestent pas l’expertise des aînés, mais proposent plutôt un échange mutuellement bénéfique : les seniors partagent leur méthodologie et leur expérience, tandis que les jeunes apportent leur aisance numérique et leur maîtrise d’outils innovants, y compris l’intelligence artificielle.
Toutefois, elle a signalé que des résistances persistent, notamment dans les organisations traditionnelles, où les jeunes ont parfois du mal à appliquer les compétences numériques qu’ils ont acquises. À l’inverse, certaines entreprises reconnaissent déjà les avantages concrets du numérique : gain de temps, amélioration de la communication, valorisation des capacités des jeunes et augmentation de la performance globale.
L’environnement de travail, c’est essentiel !
Pour sa part, Charles-Henri Besseyre des Horts a expliqué comment les technologies numériques ont transformé le fonctionnement des organisations et la collaboration intergénérationnelle. Selon lui, l’introduction de l’e-mail dans les années 90 a constituer une première révolution, permettant de briser les hiérarchies traditionnelles en offrant la possibilité d’une communication directe avec les supérieurs.
Il a également souligné l’importance des outils de partage des connaissances (knowledge management). Ces outils facilitent la transmission du savoir tacite des employés expérimentés, par exemple à travers des tutoriels ou des micro-vidéos, afin de diffuser l’expertise au sein de l’organisation.
De plus, il a mentionné le rôle des réseaux sociaux d’entreprise et des outils collaboratifs (tels que Teams) qui améliorent la communication et le travail collectif. Cependant, il a prévenu que la technologie seule ne suffit pas. Son efficacité dépend principalement de la culture d’entreprise, du management et de la confiance entre les collaborateurs. Selon lui, le mentorat et l’apprentissage intergénérationnel, où juniors et seniors échangent leurs connaissances, restent des enjeux cruciaux pour les organisations.
Il a plaidé pour une organisation plus ouverte et inclusive, permettant à chaque employé de proposer des idées grâce aux outils numériques. Il a comparé cette approche au modèle du bambou, qui repose sur un réseau de racines (valeurs, technologies et culture) favorisant l’émergence de nouvelles initiatives dans l’entreprise.
Il a conclu en affirmant que, malgré l’importance des outils numériques et leurs avantages indéniables, l’environnement de travail demeure un élément clé fondamental pour la gestion efficace de l’entreprise. « Le numérique, c’est bien. Mais il faut aussi créer des moments où l’on vit ensemble. D’ailleurs, la machine à café est, à mon avis, l’outil de management le plus puissant », a-t-il ajouté.

