Tunisie

Sidi Bou Saïd est-il menacé par des glissements de terrain ?

Sidi Bou Saïd traverse une période de forte inquiétude en raison de risques accrus de glissements de terrain, notamment sur le flanc est du plateau. Depuis 2013, les alertes concernant les risques de glissements de terrain n’ont pas entraîné d’interventions à la hauteur des dangers.


Sidi Bou Saïd, un des joyaux du patrimoine et du tourisme tunisien, est en proie à de vives inquiétudes en raison des risques amplifiés de glissements de terrain, particulièrement sur le flanc est du plateau. L’expression glissements de terrain Sidi Bou Saïd au bord de l’effondrement résume bien la gravité de la situation actuelle. Il est essentiel de noter que ce risque n’est plus théorique, mais constitue une menace concrète. Ces préoccupations sont survenues à la suite des fortes perturbations météorologiques observées depuis le 19 janvier, marquées par des pluies abondantes et des crues exceptionnelles, qui ont affaibli la stabilité géologique du site.

En réaction à l’aggravation de la situation, les autorités régionales et locales ont mis en place des mesures préventives sans précédent, y compris des décisions d’évacuation temporaire et la fermeture de plusieurs axes routiers, un contexte jugé « très dangereux » par la Protection civile.

**Évacuations, fermetures et alertes officielles**

La municipalité de Sidi Bou Saïd a annoncé l’évacuation temporaire de huit immeubles, suite à leur inspection par les services de l’Office national de la protection civile. Parallèlement, certaines zones ont été fermées à la circulation, notamment une section de l’avenue Hédi Zarrouk, à partir de son intersection avec la rue John Kennedy, ainsi qu’une partie de cette dernière jusqu’à la maison d’hôtes Villa Didon. La municipalité souligne que la situation nécessite une vigilance constante de la part des résidents.

Le directeur régional de la protection civile de Tunis, Mounir Riahi, a précisé que des alertes avaient été émises aux habitants vivant à proximité du bord du plateau, surtout sur le versant est, après que la situation soit devenue “extrêmement préoccupante”, en raison de glissements partiels dus à la saturation des sols en eau. Le gouverneur de Tunis a été informé et des avis d’évacuation ont été transmis par les services municipaux concernés.

Une partie du plateau de Sidi Bou Saïd dominant le golfe de Tunis a déjà subi un glissement de terrain partiel, laissant une épaisse couche de boue, de pierres et de racines au pied du versant. Des fissures et un léger affaissement du sol ont également été constatés à plusieurs endroits, constituant des indicateurs sérieux de fragilité géologique, surtout que les pluies continuent.

Des experts confirment que la nature des sols est très sensible à l’eau, augmentant le risque de glissements de terrain lorsque les couches souterraines sont saturées, représentant une menace directe pour les habitations et les populations, notamment dans les zones basses.

**Inquiétude et colère chez les habitants**

Les habitants de Sidi Bou Saïd font part d’une angoisse grandissante face à cette situation. Mme Hala, 73 ans, résidente depuis plus de 35 ans, indique que les citoyens “ne savent plus quel sera le sort de leur ville”, précisant que les risques concernent trois zones principales : le flanc est supérieur du plateau, les abords du palais Ennejma Ezzahra, où des mouvements de terrain ont été signalés, et les pentes de la base maritime soumise à une érosion continue. Elle souligne que les alertes existent depuis 2013, sans interventions adéquates. Dans ce contexte, glissements de terrain Sidi Bou Saïd au bord de l’effondrement devient la principale préoccupation locale.

De son côté, M. Salim, 60 ans, natif de la ville, rappelle que l’UNESCO avait déjà mis en garde il y a près de 50 ans contre les risques liés à l’érosion du plateau due à l’action marine et à la nature des sols. Pour lui, le manque de réaction face à ces avertissements explique la situation actuelle. Mme Widad, 54 ans, estime que la phase actuelle ne supporte plus “ni retards ni lourdeurs administratives”, considérant que le problème est désormais politique plus que technique, appelant à des décisions claires au plus haut niveau.

**Mesures gouvernementales et suivi technique renforcé**

Une réunion de travail s’est tenue vendredi soir au siège du gouvernorat de Tunis, aboutissant à plusieurs restrictions préventives, dont l’interdiction, à partir du dimanche 25 janvier, de la circulation des bus et poids lourds vers le plateau afin de réduire la pression exercée sur les sols. Les riverains ont été invités à signaler toute nouvelle fissure, et la commission compétente du ministère de l’Agriculture a été chargée d’assurer un suivi continu et de proposer des solutions à la commission régionale. Glissements de terrain Sidi Bou Saïd au bord de l’effondrement doit rester une alerte prioritaire pour toutes les parties concernées.

Le dossier est suivi officiellement depuis 2023, après l’apparition de signes clairs de fragilité des sols et d’érosion marine. Une étude technique de six mois, financée par le ministère des Finances, a été lancée en avril 2024. En août 2025, la commission nationale de suivi a officiellement déclaré que la situation du plateau était “délicate et nécessitait une intervention urgente”.

Le professeur de géomorphologie Wadii El Aroui explique que Sidi Bou Saïd est à l’origine un cap maritime, connu sous le nom de Ras Carthage, le rendant naturellement exposé aux risques. Le plateau, dont le point culminant atteint 129 mètres, est composé de couches argileuses et de formations perméables favorisant l’infiltration des eaux et la perte de cohésion des sols.

Il souligne que les pentes abruptes, atteignant parfois 60 degrés, l’érosion marine, les pluies torrentielles (près de 300 mm enregistrés en deux jours) et la pression urbaine aggravent considérablement les risques. Il appelle ainsi à une surveillance continue, à la limitation des infiltrations d’eau, à une meilleure gestion des eaux pluviales et au renforcement de la végétalisation des versants.