Tunisie

Sept œuvres puissantes pour débuter 2026 : commencer l’année par les livres

En 2026, une sélection de livres parus en 2025 aborde des thèmes variés tels que l’intime, la mémoire familiale et la grande fresque historique. Parmi ces ouvrages, « Mon vrai nom est Elisabeth » d’Adèle Yon explore la mémoire et les traumatismes liés à une arrière-grand-mère internée au milieu du XXe siècle.

Nouvelle année, nouveau départ, nouvelles lectures. Pour débuter 2026 sous le signe de la curiosité et de la qualité littéraire, voici une sélection d’ouvrages parus en 2025, qui expriment quelque chose de notre époque : de l’intime au politique, de la mémoire familiale aux futurs possibles, de la vaste fresque historique au roman d’atmosphère. Ces œuvres sont portées par des voix majeures de la littérature contemporaine, capables de captiver, de troubler et d’éclairer.

La Presse — Commencer l’année avec un livre, c’est souvent choisir une boussole. Les titres présentés ici ne sont pas anodins : chacun, à sa façon, explore les zones sensibles de l’existence : l’identité, la filiation, la violence, l’histoire, le pouvoir de la fiction et souligne que la littérature reste l’un des meilleurs outils pour comprendre le monde et s’y confronter.

Avec « Mon vrai nom est Elisabeth », Adèle Yon propose un texte puissant, à la croisée du roman, de l’enquête et du récit autobiographique. En partant d’une figure longtemps oubliée de son histoire familiale, une arrière-grand-mère internée au milieu du XXe siècle, l’autrice entreprend une recherche patiente et sensible sur la mémoire, le silence et la manière dont certaines vies de femmes ont disparu. Le livre interroge les diagnostics psychiatriques, les récits familiaux tronqués et la transmission des traumatismes. Doté d’une grande rigueur intellectuelle, il touche par son humanité et par la précision de son écriture. Un premier ouvrage qui impose une voix singulière et courageuse.

Autre exploration de la mémoire, mais à une échelle plus vaste : « La Maison vide » de Laurent Mauvignier. Fidèle à son style de récit fragmenté et de tension intérieure, l’écrivain y examine une histoire familiale marquée par les non-dits, les guerres, les silences et les héritages invisibles. La maison mentionnée dans le titre devient un espace mental, un lieu de résonance où les générations se croisent et où le passé continue d’influencer le présent. Mauvignier sait faire émerger l’émotion où on ne l’attend pas, dans les failles, les absences, les mots retenus. Un livre dense, exigeant, profondément habité.

Avec « Kolkhoze », Emmanuel Carrère s’intéresse à l’un de ses thèmes de prédilection : le croisement de l’intime et de la grande Histoire. À travers une exploration de sa propre filiation et de la figure de sa mère, historienne reconnue du monde soviétique, l’auteur retrace une partie du XXe siècle et ses prolongements contemporains.

Révolution russe, URSS, effondrement d’un empire, guerre en Ukraine : le livre combine récit personnel, réflexion politique et méditation sur la transmission intellectuelle et affective. Carrère y déploie une écriture directe, parfois brute, toujours lucide, qui donne au lecteur l’impression d’assister à une mise à nu autant qu’à une leçon d’histoire incarnée.

Changement de registre avec « Bristol » de Jean Echenoz, qui apporte une touche de légèreté bienvenue dans cette sélection. Reste fidèle à son style précis, ironique et faussement léger, Echenoz raconte le parcours d’un cinéaste engagé dans un projet à la fois improbable et révélateur. Le roman joue avec les codes du cinéma, de l’aventure et du récit de voyage, tout en gardant une distance amusée par rapport à ses personnages.

Derrière l’élégance du style et l’humour subtil, « Bristol » questionne la fabrication des images, le regard occidental et la part d’illusion qui accompagne toute démarche artistique.

La science-fiction trouve aussi sa place avec « Des dinosaures et des fourmis » de Liu Cixin. L’auteur chinois, figure emblématique du genre, offre ici une fable spéculative audacieuse : imaginer une civilisation fondée sur l’alliance improbable entre dinosaures et fourmis.

Derrière cette prémisse étonnante se cache une réflexion vertigineuse sur l’évolution, la coopération, le progrès technologique et les impasses des civilisations dominantes. Comme souvent chez Liu Cixin, l’imaginaire sert de laboratoire pour réfléchir à notre présent : rapport à la nature, cycles de destruction, illusion de toute-puissance.

Un roman stimulant, accessible et profondément philosophique.

Avec « Un avenir radieux », Pierre Lemaitre continue son exploration romanesque du XXe siècle, alliant intrigue, rythme narratif et regard critique sur la société. Fidèle à son sens du récit et à son efficacité littéraire, Lemaitre interroge les promesses du progrès et leurs revers, en donnant vie à des personnages pris dans les contradictions de leur époque. Le plaisir de lecture est immédiat, mais jamais gratuit : derrière la mécanique bien huilée du roman se profile une réflexion sur les illusions collectives et les désenchantements contemporains.

Enfin, « La Nuit au cœur » de Nathacha Appanah se démarque comme l’un des textes les plus émouvants de cette sélection. À travers plusieurs portraits de femmes confrontées à la violence conjugale, l’autrice examine l’emprise, la peur, mais aussi la résilience et la reconquête de soi. Sans jamais tomber dans le pathos, Appanah choisit une écriture sobre, tendue, qui laisse toute la place à l’émotion et à la dignité des personnages. Un roman nécessaire, qui rappelle que la littérature peut être un espace de témoignage, de réparation et de lumière.

Cette sélection d’ouvrages compose ainsi un paysage littéraire riche et varié. Des livres pour réfléchir, ressentir, s’évader ou mieux comprendre les zones d’ombre de nos sociétés. Commencer l’année avec ces lectures, c’est opter pour une littérature vivante, exigeante et profondément ancrée dans le réel. Une manière, également, de débuter 2026 les yeux grands ouverts — et le cœur en éveil.