Ridha Mekki ( Lénine ) a bien trahi son camarade Chokri Belaïd

J’ai connu Ridha Chiheb Mekki, dit Ridha Lénine à la faculté de droit de Tunis. Ayant appartenu au parti d’extrême gauche El 3amel Ettounsi depuis que j’étais élève en septième année, je me suis naturellement engagé avec les étudiants de ce parti agissant à la faculté de droit.

En ces temps de 1976, ce mouvement régnait en maître sur l’université de Tunis. Parmi ses leaders les plus influents, était Ridha Chihed Mekki, dit Ridha Lénine. Après des discussions avec un ami du groupe de Ridha, j’ai adhéré au mouvement. Au sein du mouvement, je n’étais pas leader, mais j’étais un militant de base très actif et très proche de la sphère dirigeante pour être au fait des débats idéologiques et politiques.

Parmi les questions qui m’ont convaincu pour joindre les patriotes démocrates, c’était la position vis-à-vis des frères musulmans. Pour El 3amel Ettounsi, les frères musulmans sont des réactionnaires puisqu’ils appellent au retour à la société arabe du temps du prophète et de ses compagnons et de l’application rigoureuse de la charia. Ils sont donc contre le modèle de la démocratie libérale et parlementaire ainsi que de la démocratie sociale à laquelle on aspirait. Le mode de production auquel ils se réfèrent, c’est le mercantilisme primaire, du temps des arabes de la Mecque, et la rente. Les frères n’étaient pas patriotes. Ils ne se reconnaissaient pas dans la patrie, mais dans la nation musulmane ( la oumma ) .

Ce mouvement et particulièrement le groupe patriote démocrate qui tournait autour de Ridha Lénine, était le plus virulent et le plus intransigeant à l’encontre des frères musulmans. Très souvent la lutte prenait des tournures d’une rare violence. Pour nous patriotes démocrates, il n’y avait aucun point qui pourrait nous rapprocher des frères musulmans. Nous avions une hostilité réciproque, et étions positionnés sur deux lignes totalement opposées.

A cause de notre position vis-à-vis des frères musulmans, nous avons eu toutes les tendances démocratiques et les autres tendances de gauche sur le dos. En effet, et sans entrer dans des explications d’ordre idéologique qui ne peuvent être traités à grands traits, le fait est, que les patriotes démocrates étaient non seulement laissés seuls dans la lutte contre les frères musulmans, mais ils étaient critiqués pour leur « dogmatisme » et leur tendance à la violence envers ces derniers.
Dans toute la lutte estudiantine Ridha Mekki incarnait le chef respecté car il était sur tous les fronts. Son engagement lui a valu une tentative de lynchage à la faculté de droit, par les frères musulmans, si des camarades n’avaient pas réussi à le faire fuir dans l’administration.
Vers le tout début des années quatre vingt, il n’était plus dans le mouvement, et ceux qui ont discuté avec lui, ont rapporté qu’il était devenu conseilliste. Après le 14 janvier 2O11, il a fait une furtive apparition, puis, les sous dans un pays enturbanné l’ont tenté. Ces pays du Golfe qu’il a tant fustigés pour leur alliance à l’impérialisme et au sionisme.
Un saut dans le temps et le voilà revenu en Tunisie. Il n’a jamais voulu parler des raisons de ce retour au bercail. Une zone de suspicion pour certains, y a-t-il été préparé pour le rôle qu’il devait jouer ?
Entre temps, Ridha a travaillé à son projet des débuts années 80 consistant à : « l’établissement des conseils populaires locaux et régionaux. Des institutions capables de répondre aux demandes expresses (à court terme) et capables de planifier et de construire un projet de développement sociétal (à moyen terme)». Pour cela il monte une organisation « Les forces de la Tunisie libre » ( FTL ) . Ce sont des : «groupes de réflexion et d’action répartis dans toutes les régions du pays, pour la construction et l’élaboration d’un projet, meilleur et révolutionnaire ». Avec la précision que «le FTL est contre toute organisation partisane classique (encore de l’antisystème), sa première préoccupation se résume à l’établissement d’une nouvelle relation de la société avec l’Etat, la « gouvernance participative ».

Cette vision de Ridha semble être proche de celle de Kaïs Saïed. On dit qu’un curieux hasard a joué à l’entremetteur pour former le couple Ridha-Kaïs. Mais en politique il n’y a pas de hasard, c’est une machine machiavélique qui a travaillé de derrière les rideaux pour donner une façade reluisante à un projet appelé à semer le chaos révolutionnaire. Car, le projet de Ridha et de Kaïs Saïed peut évoluer facilement avec les techniques du WEB vers une sorte de soviets à la Russe qui étaient la forme évoluée de la commune de Paris, et qui ont été la clé de voûte de l’insurrection générale qui a précédé la Révolution d’octobre 1917. Le slogan de Kaïs « Le peuple veut » peut s’étendre à l’appel à l’insurrection générale, dans laquelle s’engageraient les populations défavorisées de l’intérieur et le prolétariat des villes, pour semer le chaos dans la pure ligne de la stratégie américaine de la gouvernance par le chaos qui a été le fondement théorique du ce qu’on appelle « printemps arabe ».

La population ciblée principalement pour lui commercialiser le produit, ce sont les jeunes. Ces jeunes qui ont été marginalisés après le 14 janvier 2011, malgré les promesses et les slogans et l’article de la constitution qui leur a été consacré. D’un côté, il y a Kaïs, l’homme simple, propre, l’incorruptible, qui n’a pas intégré les partis que les jeunes ont bannis et désertés, de l’autre, le révolutionnaire Ridha, le Ché tant adulé par les jeunes. A ces jeunes marginalisés on leur a donné l’utopie de devenir les maîtres de leur destin par la prise du pouvoir. Ces jeunes ont vu cette vitrine mais, pas le fond ténébreux et vide de la boutique. Et la machine du WEB, capable de transformer le singe en gazelle, a travaillé à fond la caisse et le voilà Kaïs Saïed plébiscité Président de la République, grâce entre autre au mannequin attrayant, exposé à la vitrine, Ridha Mekki.

Ce qui a été occulté c’est le penchant déclaré de Kaïs Saïed pour la charia islamisque et sa conviction qu’elle doit avoir plus de place dans notre organisation sociale, et les sympathies avec le salafiste Ridha Behaj et le frères musulmans Rached Ghannouchi. Le frère de Kaïs n’est-il pas nahdhaoui. Cela a valu à Kaïs, le vote massif de tous les partis islamistes du pays et même du parti nationaliste Echaab.

Mais ce n’est pas là le problème. Comme, Ridha Mekki l’ami de Chokri Bélaïd n’a jamais dénoncé les rapprochements officieux ou officiels de Kaïs avec les frères musulmans de Ghannouchi, les milices islamistes de Ricoba et Dghich, Seïf Makhlouf le défenseurs des terroristes daechiens. Toute cette bande sur laquelle présent de très grands soupçons sur l’assassinat de son camarade Chokri Bélaïd.

A l’annonce de la victoire de Kaïs Saïed, Ridha, ce virulent opposant à l’intégrisme, est descendu à l’avenue Habib Bourguiba et dansé le tango avec Ricoba, la salsa avec Dghij, le flamenco avec Makhlouf et la danse du ventre avec Tonton Rchouda. Ce soir là, il a assassiné une deuxième fois Chokri. Seulement Chokri Belaïd demeurera une légende, mais Ridha ne serait qu’un fusible grillé par une machine plus forte que lui.

Mounir Chebil