Ridha Chkoundali analyse le rapport S&P : situation pas favorable.
La société de notation financière Standard & Poor’s (S&P) note une résilience du secteur bancaire tunisien malgré une croissance molle, avec des projections anticipant une relance économique de 1,6 % en 2025 et 2,8 % en 2026. Selon le rapport, le taux d’endettement extérieur a amorcé une tendance baissière, atteignant 47,5 % du PIB en 2024 contre 54,6 % en 2023.
Dans son dernier rapport, la société de notation financière Standard & Poor’s (S&P) met en avant la résilience du secteur bancaire tunisien malgré une croissance faible. Ce rapport inclut des prévisions anticipant un redressement économique modeste, avec une croissance de 1,6 % en 2025 et 2,8 % en 2026. Cependant, cette reprise est soutenue par une inflation en recul et une politique monétaire assouplie, mais fragilisée par le manque de réformes structurelles.
Ce rapport a suscité l’intérêt des observateurs. En effet, l’expert et professeur en économie, M. Ridha Chkoundali, a publié ce matin sur sa page Facebook, le mardi 3 février 2026, une analyse des résultats de ce rapport. Dans son analyse, il aborde cinq thèmes : la croissance économique, les réformes structurelles, la consommation, le bilan du secteur bancaire et les prêts ainsi que l’endettement.
Concernant la croissance économique, M. Chkoundali a souligné que la prévision d’une croissance de 1,7 % en 2026 est faible et ne permet pas d’initier une véritable dynamique d’investissement ni d’augmenter significativement la demande de financement bancaire. Il a commenté : « Dans un tel contexte, les banques deviennent le reflet de la situation économique plutôt que son moteur, et passent du statut d’acteur du développement à celui de simple instrument de gestion des déséquilibres. » Il a précisé que « la faiblesse de la croissance n’est pas un facteur conjoncturel, mais la conséquence directe du retard pris dans les réformes structurelles, notamment celles qui concernent les institutions publiques, le climat des affaires et la gouvernance », ajoutant que « ce retard se traduit par un recul des investissements publics et privés et réduit les possibilités pour les banques d’accroître leurs activités de prêt et, par conséquent, de réaliser des bénéfices durables. »
Concernant la consommation privée, bien que Chkoundali reconnaisse un redressement relatif et que la baisse des taux d’intérêt par la banque centrale puisse réduire le coût de l’emprunt, il indique que « l’inflation élevée et la mauvaise qualité des prêts continuent de limiter l’effet positif de ces mesures et maintiennent donc le coût du risque à des niveaux élevés. » À propos de la dépendance croissante de la Tunisie vis-à-vis de la banque centrale pour le financement de l’État et des banques, il considère que cela est un choix pertinent jusqu’à un certain point, car cela a permis au pays de respecter ses engagements extérieurs en 2024 et 2025. Cependant, il nuance en affirmant que ce choix « soulève de sérieuses interrogations sur la viabilité de cette approche. »
Il a ajouté : « Une utilisation excessive de cette approche pourrait affaiblir la crédibilité de la politique monétaire et alimenter les pressions inflationnistes, en particulier dans un contexte d’épuisement des marges de sécurité financière. En d’autres termes, le soutien à la stabilité apporté aujourd’hui par la banque centrale pourrait se transformer demain en source de fragilité s’il n’est pas accompagné de réformes réelles. »
Concernant l’augmentation des prêts non performants, Chkoundali juge cela comme l’un des indicateurs les plus préoccupants. Il note que « la hausse continue du taux des prêts non remboursés, qui pourrait atteindre environ 16 % du total des prêts, reflète l’accumulation d’anciens déséquilibres qui n’ont pas été traités avec l’efficacité requise, notamment en raison de la lenteur des réformes juridiques relatives au recouvrement des créances et à l’annulation des prêts échus. » Il indique également que, malgré les efforts pour constituer des provisions, « celles-ci restent insuffisantes, ce qui limite la capacité des banques à absorber les chocs et affaiblit leur solidité financière. »
L’économiste conclut que « la rentabilité des banques restera faible en 2026 », en raison de la hausse des coûts d’exploitation, du nombre élevé de succursales et des charges salariales, ainsi que du retard pris dans la numérisation des services. Il souligne que, compte tenu du faible rendement des actifs et des droits des actionnaires, « la capacité des banques à améliorer leur capitalisation est limitée, en particulier dans un environnement risqué. » La situation est compliquée par la forte exposition des banques à l’État et aux institutions publiques, ce qui renforce l’interdépendance entre la santé des finances publiques et la stabilité du secteur bancaire.
D’après le rapport, les banques peu rentables et lourdement endettées ne peuvent pas mener le processus de reprise économique. L’expert conclut qu’il faut, aujourd’hui, « non pas davantage de financement conjoncturel, mais une accélération des réformes, un traitement radical du dossier des prêts non performants, une limitation du financement inflationniste et un renforcement de la gouvernance et de la numérisation. » Dans le cas contraire, le secteur bancaire tunisien restera en position de défense, maintenant une stabilité minimale mais incapable de jouer pleinement son rôle naturel de levier de croissance et de développement.
Rappelons que le rapport de S&P souligne une reprise de la consommation, mais indique que l’absence de réformes structurelles freine l’investissement. Le rapport appelle à une stratégie de désendettement claire et à une meilleure gouvernance des entreprises publiques. Concernant le secteur bancaire, il fait état d’indicateurs consolidés avec un ratio de solvabilité moyen de 14,2 % et un ratio Tier 1 de 11,6 %, tout en notant que le coût du crédit demeure élevé. Cela, malgré la baisse des taux directeurs de la BCT. En ce qui concerne les finances publiques, le rapport mentionne que le taux d’endettement extérieur connaît une tendance baissière, atteignant 47,5 % du PIB en 2024 contre 54,6 % en 2023. Il conclut que, même si des signes d’espoir sont présents, le redressement demeure fragile et dépendant du contexte extérieur et des réformes internes.

