Tunisie

Retraite anticipée des femmes : pensions divisées par deux, CNSS menacée

La proposition de retraite anticipée pour les femmes du secteur privé permettrait aux femmes de partir à la retraite dès 50 ans, sans la condition des trois enfants imposée dans certains cas du secteur public. Hedi Dahmane a averti que cette mesure pourrait entraîner une chute considérable du revenu mensuel de la femme et de sa famille, avec une pension ne dépassant pas 500 dinars pour une femme percevant un salaire d’environ mille dinars.


La proposition de retraite anticipée pour les femmes travaillant dans le secteur privé pourrait aggraver le déficit de la Caisse Nationale de Sécurité Sociale (CNSS) tout en appauvrissant les bénéficiaires. C’est ce qu’a déclaré Hedi Dahmane, expert en systèmes de protection sociale, le mercredi 4 février 2026. Présentée près d’un an auparavant et relancée dans le débat public, cette initiative permettrait aux femmes du secteur privé de prendre leur retraite dès 50 ans, sans la condition des trois enfants exigée dans certains cas du secteur public.

Lors de son intervention dans l’émission Ecomag, diffusée sur Express FM, Hedi Dahmane a indiqué que cette proposition doit être évaluée sur deux niveaux. Au niveau individuel, elle concerne chaque femme désirant un départ anticipé. Collectivement, elle met en péril l’équilibre financier de la CNSS, qui traverse déjà une crise sévère parmi l’ensemble des caisses sociales.

Actuellement, la proposition ne prévoit aucun privilège financier supplémentaire pour les femmes choisissant la retraite anticipée. Pas de prime d’encouragement ni d’ajout d’années d’ancienneté conventionnelle ne sont envisagés. Le calcul de la pension sera uniquement basé sur le nombre d’années ou de trimestres cotisés auprès de la CNSS, sans avantages intégrés.

Dahmane a également précisé que la majorité des femmes de 50 ans n’ont pas une carrière professionnelle excédant 30 ans, sauf dans certain secteurs difficiles, tels que les usines ou les travaux manuels. Cette situation pourrait aboutir à des pensions relativement faibles.

Dahmane a tiré la sonnette d’alarme sur les conséquences sociales de cette mesure, soulignant que la retraite anticipée pourrait entraîner une baisse significative du revenu mensuel de la femme et de sa famille. Une femme touchant un salaire d’environ mille dinars pourrait se retrouver avec une pension ne dépassant pas 500 dinars, tandis qu’une autre gagnant 600 dinars verrait sa pension se réduire à 300 ou 350 dinars.

L’expert a également souligné que cette proposition risquerait d’accroître la pression sur la CNSS, alors que l’État évoque une réforme globale du système de retraite pour en assurer la durabilité et l’équilibre financier. Selon lui, tout ajustement partiel ou mesure isolée ne serait qu’un pansement et ne résoudrait pas le fond de la crise. Une réforme efficace doit être fondée sur des études démographiques et financières précises prenant en compte l’évolution du nombre de cotisants, des bénéficiaires, de l’espérance de vie moyenne et des taux de déficit.

En conclusion, Hedi Dahmane a affirmé que, bien que la proposition semble sociale, elle risque de produire des résultats contraires si elle n’est pas intégrée dans une vision réformiste globale du système de sécurité sociale en Tunisie.