Question de la semaine : Quel est le secret des modèles économiques multifaces ?
Le modèle des plateformes multifaces, central dans la nouvelle économie numérique, se caractérise par la mise en relation de plusieurs groupes de clients distincts, appelés « faces », dont la valeur offerte dépend de la présence et de la participation des autres. En Tunisie, plusieurs marketplaces locales et plateformes B2B adoptant des modèles d’affaires multifaces émergent, témoignant de l’impact croissant de ce modèle sur des secteurs d’activités porteurs.

La Presse — L’émergence de plateformes numériques agissant comme intermédiaires entre divers groupes d’utilisateurs a engendré, depuis le début des années 2000, un nouveau modèle économique qui continue de s’étendre. Ce modèle, nommé plateformes multifaces (ou multisided platforms), est devenu central dans l’économie numérique actuelle.
Une question persiste : comment des plateformes offrant des services apparemment gratuits, telles que Google ou Facebook, réussissent-elles à générer des revenus considérables et à atteindre certaines des valorisations boursières les plus élevées de l’histoire financière ?
La réponse se trouve précisément dans ce modèle économique spécifique, reposant sur la mise en relation de plusieurs catégories d’utilisateurs et l’exploitation des interactions entre elles.
Les plateformes multifaces se distinguent par plusieurs groupes de clients distincts, appelés « faces », auxquels la plateforme propose des valeurs différentes et dont elle capte la valeur par divers mécanismes. Leur rôle principal consiste à faciliter les interactions entre ces groupes via une infrastructure technologique (sites web, applications, systèmes de paiement…), en bénéficiant des effets de réseau. Le cas d’Airbnb illustre bien ce modèle.
La plateforme relie deux faces principales : les hôtes et les voyageurs. Elle permet aux hôtes de rentabiliser leur logement de manière flexible et sécurisée, tout en offrant aux voyageurs un large éventail d’hébergements correspondant à divers besoins et budgets. Airbnb génère ses revenus en prélevant des commissions sur chacune des deux faces, qui constitue un mécanisme central de son modèle économique.
Un autre exemple emblématique est celui de Google, qui fournit gratuitement des services de recherche et d’autres outils numériques à une vaste communauté d’utilisateurs, tout en monétisant l’attention de cette audience auprès des annonceurs via la publicité ciblée. Dans ce cas, la plateforme relie indirectement deux groupes distincts mais interdépendants : les utilisateurs et les annonceurs.
De manière générale, les plateformes multifaces connectent simultanément plusieurs segments de clients, la valeur offerte à l’un d’eux dépendant souvent de la présence et de la participation des autres. C’est pourquoi leurs stratégies reposent fréquemment sur la subvention d’une face afin d’attirer un autre segment susceptible de générer des revenus directs, tel que les annonceurs ou les vendeurs. Cela fait des effets de réseau indirects un élément clé de la réussite de ce type de modèle.
Les effets de réseau indirects se manifestent lorsque la valeur d’une plateforme pour un groupe d’utilisateurs augmente avec le nombre d’utilisateurs d’un autre groupe, et non pas du même.
À mesure que la plateforme attire de nouveaux utilisateurs, sa valeur globale augmente, renforçant ainsi son attractivité et sa capacité à monétiser. Une fois qu’un seuil critique est atteint, la croissance peut devenir rapide, voire exponentielle. Néanmoins, atteindre ce seuil critique représente un défi stratégique pour les plateformes multifaces.
Les expériences montrent que cette phase initiale nécessite souvent des investissements conséquents et des stratégies de subvention ciblées pour amorcer la dynamique des effets de réseau et assurer, à terme, la viabilité économique du modèle.
En Tunisie, diverses marketplaces locales, plateformes de commerce électronique et plateformes B2B adoptant des modèles d’affaires multifaces sont en train d’émerger, ce qui témoigne de l’influence croissante de ce modèle sur des secteurs d’activités porteurs. Certes, ce modèle économique est complexe, difficile à démarrer et parfois exigeant en capital.
Cependant, une fois le seuil critique franchi, il peut engendrer une croissance rapide et conférer à l’entreprise des positions concurrentielles dominantes sur son marché.

