
Plan de développement 2026-2030 : Épreuve de concrétisation à venir
Le Plan de développement 2026-2030 ne sera pas jugé sur la pertinence de ses orientations ni sur l’ambition de ses objectifs, mais sur sa capacité à produire des résultats tangibles dans le quotidien des citoyens. Le gouvernement met en avant une hausse significative de l’investissement public, passé de 4,7 milliards de dinars en 2023 à 6,5 milliards en 2026.
Accumuler des études, des stratégies, des consultations et des plans de réforme ne conduit généralement à aucune réalisation concrète, sinon à des promesses souvent difficiles à tenir. Bien que les difficultés aient été clairement identifiées ces dernières années, c’est surtout au niveau de l’exécution des projets que les résultats demeurent en deçà des attentes.
Le Plan de développement 2026-2030 s’inscrit dans ce constat fréquent d’un décalage entre la planification et la mise en œuvre. Son évaluation ne sera pas basée sur la pertinence de ses orientations ni sur l’ambition de ses objectifs, mais sur sa capacité à générer des résultats tangibles au quotidien pour les citoyens, dans toutes les régions du pays sans exception.
Ce changement d’approche a été affirmé au plus haut niveau de l’État. En mars dernier, le Président de la République, Kaïs Saïed, a déclaré, en présence de la Cheffe du gouvernement et du ministre de l’Économie et de la Planification, que le Plan de développement 2026-2030 devait être élaboré en tenant compte des attentes et des priorités des citoyens. Il a souligné la nécessité de rompre avec les méthodes traditionnelles de planification, qui ont longtemps été conçues et dirigées par le pouvoir central.
Le nouveau modèle repose sur une approche ascendante fondée sur les conseils locaux, régionaux et de districts, issus du nouveau système institutionnel. Le rôle de l’État central ne serait plus de définir seul les projets de développement, mais de coordonner et de synthétiser les propositions venant des territoires. Cette approche vise à mieux refléter les attentes des citoyens tout en préservant l’unité de l’État.
Cependant, sa réussite dépendra de la capacité à mobiliser tous les acteurs, y compris les administrations, les collectivités locales, les entreprises publiques, le secteur privé et la société civile. Le développement ne peut relever uniquement de l’État ; il nécessite une dynamique collective et une convergence des efforts.
Dans cette optique, le Plan de développement 2026-2030 a été au centre d’un Conseil des ministres, tenu lundi 15 juin 2026, sur instructions du Président de la République. La Cheffe du gouvernement a souligné que ce plan représente un tournant national décisif, rompant avec des politiques antérieures qui ont conduit à des dysfonctionnements socio-économiques, environnementaux et institutionnels.
Elle a rappelé que ce projet a fait l’objet d’un suivi rigoureux et continu de la part du Chef de l’État tout au long de son élaboration, notant qu’il s’agit, pour la première fois en Tunisie, d’une approche ascendante, partant du niveau local pour atteindre le plan national.
Quelques jours plus tard, le 20 juin, un Conseil ministériel consacré au suivi des projets de développement a confirmé la volonté du gouvernement de mettre l’exécution des investissements publics au centre de son action. Le problème n’est plus tant celui du financement, mais plutôt celui de la capacité de l’administration à transformer les crédits budgétaires en réalisations concrètes.
Le gouvernement met en avant une augmentation significative de l’investissement public, passant de 4,7 milliards de dinars en 2023 à 6,5 milliards en 2026, et annonce le démarrage effectif de la phase de mise en œuvre du Plan de développement 2026-2030. Dans ce cadre, les gouverneurs ont été appelés à jouer un rôle central dans le suivi sur le terrain, avec pour mission de lever les blocages administratifs, techniques et fonciers qui retardent les projets.
Parmi les mesures annoncées figurent la généralisation d’une plateforme numérique de suivi des projets, la mise en place d’un système d’alerte précoce pour détecter les risques de retard, l’assouplissement des procédures des marchés publics pour les grands projets, ainsi qu’un contrôle plus strict des entreprises chargées de leur exécution. En d’autres termes, il s’agit de renforcer le pilotage, d’accélérer les décisions et de garantir une meilleure exécution des projets publics dans les délais impartis.
L’obligation d’intégrer tous les projets dans une plateforme de suivi et l’introduction d’indicateurs de performance témoignent d’une évolution vers une administration davantage axée sur les résultats. Reste à voir si cette culture de l’évaluation pourra s’imposer durablement dans les pratiques publiques.
Désormais, le véritable défi consiste à exécuter plutôt qu’à programmer. Depuis des années, la Tunisie souffre moins d’un manque de plans et de stratégies que d’un déficit de réalisations. L’accent mis aujourd’hui sur le suivi et l’évaluation reflète implicitement la reconnaissance de cette faiblesse structurelle. La véritable question est de savoir si de nouveaux outils de pilotage permettront de surmonter les lourdeurs administratives qui freinent encore l’investissement public.
L’importance accordée aux gouverneurs et aux responsables locaux révèle également la volonté de renforcer la chaîne de responsabilité. Cependant, cette responsabilisation soulève une question essentielle : quelles seront les marges de manœuvre réelles accordées aux acteurs régionaux pour agir efficacement dans un cadre largement centralisé ?
Au-delà des annonces et des outils de pilotage, le véritable test sera celui de la concrétisation. Pour les citoyens, le succès du Plan 2026-2030 ne se mesurerà ni au nombre de réunions ministérielles ni aux tableaux de bord numériques, mais à la réalisation effective de routes, d’hôpitaux, d’écoles, de zones d’activité, d’infrastructures de base et à la création d’emplois dans les régions. La crédibilité de l’action publique dépendra, une fois de plus, de l’exécution sur le terrain.
