Phosphate : La Tunisie relance son secteur après une année difficile
Les exportations tunisiennes de phosphates et ses dérivés ont enregistré, en 2025, une nette amélioration de 15%, contre une baisse de 26,3% en 2024, selon les données de l’Institut National de la Statistique (INS). Le plan de développement du secteur des phosphates pour le prochain quinquennat est centré sur l’augmentation progressive du rythme de production à partir de 2026, avec une capacité de production d’environ 5,5 millions de tonnes pour atteindre 13,6 millions de tonnes à l’horizon 2030.
Les exportations tunisiennes de phosphates et de ses dérivés ont connu en 2025 une nette hausse de 15%, contrastant avec une chute de 26,3% en 2024 qui avait affecté les équilibres financier et commercial du pays, selon l’Institut National de la Statistique (INS).
Cette progression s’inscrit dans les efforts du gouvernement pour repositionner le secteur minier comme un moteur stratégique de croissance, notamment face à la nécessité de réduire le déficit commercial et d’accroître les recettes en devises.
En 2010, le secteur minier représentait 4% du PIB et 9% des exportations du pays. La production de phosphates avait atteint un niveau record de 8 millions de tonnes en 2010, avant de se stabiliser autour de 3,5 millions de tonnes durant la dernière décennie.
Pour remédier à cette situation, le gouvernement a lancé un ambitieux plan visant à atteindre une production de 14 millions de tonnes d’ici 2030, axé sur l’amélioration de la production, du transport et des infrastructures du secteur des phosphates et dérivés.
Les données de 2025 ont montré qu’avec une volonté politique et une gestion efficace, il est possible de garantir une reprise du rythme de production.
Le président de la République Kais Saed a souligné l’importance pour ce secteur de non seulement retrouver son ancien rythme de production, mais de le dépasser, tout en assurant les droits des travailleurs et en prenant en compte la difficulté des conditions de travail dans le secteur minier. Il a aussi insisté sur la nécessité de reconstruire les infrastructures publiques manquantes.
Lors d’un entretien avec la ministre de l’Industrie, des Mines et de l’Énergie, Fatma Thabet Chiboub, le chef de l’État a évoqué la nécessité d’élaborer une nouvelle stratégie pour le lavage du phosphate, avec l’utilisation d’eaux usées traitées au lieu d’eau potable. Cette approche contribuerait à la préservation des ressources en eau et a fait ses preuves dans plusieurs pays.
Il est également prévu de mettre l’accent sur le renforcement des investissements dans la production de dérivés de phosphates à forte valeur ajoutée, tels que l’acide phosphorique purifié, le triphosphate, et le mono phosphate de qualité, ainsi que le phosphate diammonique (DAP) et manoammonique, afin de répondre à la demande mondiale et à celle du secteur agricole national.
Les mines non phosphatées représentent un levier de développement équitable et inclusif, en raison de leur contribution à la création de projets de développement et d’emplois dans les gouvernorats à fort taux de chômage.
En 2025, de nombreuses réformes et mesures pratiques ont été mises en œuvre, contribuant à l’amélioration de la production, qui s’est rapprochée des objectifs fixés dans le plan d’action approuvé pour les sociétés du secteur pour la période 2025-2030. Ces objectifs visent une production de 5,3 millions de tonnes et la transformation de 4,1 millions de tonnes de phosphate.
Cette amélioration a été confirmée par la cheffe du gouvernement, Sarra Zaafrani Zenzri, lors de la présentation de la déclaration du gouvernement et du budget économique 2026 en novembre 2025. Elle a souligné que le gouvernement a travaillé au cours de l’année 2025 à développer les capacités de production de ce produit stratégique, ajoutant que les prévisions tablent sur environ 5 millions de tonnes de production annuelle.
Les principaux facteurs de ces résultats sont l’augmentation de l’extraction de phosphate brut dans les mines à ciel ouvert, grâce à la mise en service des machines de chargement et de transport acquises en 2024 (d’une valeur de 60 millions de dinars) pour le transport du phosphate vers les laveries.
Il s’agit également d’un meilleur approvisionnement des laveries en phosphate brut depuis les mines à ciel ouvert et de la reprise de l’activité de la laverie de Redeyef depuis le 10 mars 2025, ainsi que de l’autorisation accordée à la société de transporter le phosphate brut par camions dans le bassin minier, ce qui a permis de couvrir le déficit de la Société Tunisienne de Transport des Produits Miniers (STTP).
De plus, la rénovation du réseau d’eau industrielle pour assurer l’approvisionnement des laveries, ainsi que la maintenance et la réhabilitation des convoyeurs à bande et la remise en service des laveries 1 et 3 ont contribué à ces avancées.
Malgré ces réalisations notables, le secteur fait encore face à plusieurs problématiques, notamment la pénurie d’eau industrielle, surtout à Redeyef et Oum Laarayes, ainsi que des difficultés liées à l’évacuation des eaux boueuses des laveries.
D’autres défis incluent la lenteur du transport du phosphate commercial des zones de production vers les usines de transformation, due aux retards dans les travaux de maintenance, aux dommages causés à la voie ferrée par les intempéries, et à la faible performance de la Société Nationale des Chemins de Fer Tunisiens (3,5 trains/jour).
En outre, des grands projets, tels que Oum El Khashab 1 pour la production de phosphate et l’usine de Mdhilla 2 pour la production de triple superphosphate (TSP) de haute qualité, sont à l’arrêt.
Le plan de développement du secteur des phosphates pour le prochain quinquennat se concentre sur une augmentation progressive du rythme de production à partir de 2026, avec une capacité prévue d’environ 5,5 millions de tonnes, visant 13,6 millions de tonnes d’ici 2030.
Ce plan inclut aussi un retour progressif aux exportations de phosphate séché, notamment en raison de la hausse des prix mondiaux, permettant ainsi au secteur de retrouver une place sur le marché international.
La capacité annuelle d’exportation devrait atteindre environ 300 000 tonnes en 2026, pour atteindre 1 million de tonnes d’ici 2030, selon le budget économique 2026.
Ce document souligne la nécessité d’agir pour renforcer la capacité de transport du phosphate brut vers les centres de production, d’assurer l’approvisionnement en eau industrielle, et de résoudre les problèmes liés aux grands projets, notamment celui d’Oum El Khecheb 1, tout en lançant la construction de la nouvelle unité de production à Oum El Khecheb 2.

