Patrimoine menacé : Kobbet Lahwa à La Marsa en péril.
Kobbet Lahwa a été construite au XIXe siècle sous le règne d’Ali III Bey et a été conçue comme résidence estivale de la famille beylicale. Aujourd’hui, elle est à la fois propriété privée et monument classé, ce qui la place sous la protection stricte de l’État.
La Tunisie possède un patrimoine matériel et immatériel d’une richesse exceptionnelle, héritage de plusieurs civilisations qui se sont succédées au fil des siècles.
Les vestiges anciens, les centres historiques et l’architecture singulière témoignent d’un passé riche et varié, tandis que les traditions, les savoir-faire artisans et les pratiques culturelles reflètent l’essence d’un peuple, ses valeurs et son histoire.
Dans cette rubrique, nous mettons en avant ce patrimoine précieux afin de le conserver et de le sauvegarder pour les générations futures.
La Presse — À La Marsa, là où les vagues viennent doucement toucher le rivage, se dresse Kobbet Lahwa. Sa coupole blanche, élégante et légère, semble flotter entre le ciel et la mer.
Sur les cartes postales de la ville, elle apparaît comme un joyau architectural, révélant le charme et l’histoire de La Marsa. On a l’impression qu’elle veille sur la Méditerranée depuis des siècles.
Ce pavillon, aujourd’hui emblème de la ville, raconte une histoire mêlant les beys husseinites, les transformations urbaines et le défi de préserver le patrimoine.
Un bâtiment conçu pour le vent et la lumière
Kobbet Lahwa a été construite au XIXe siècle sous le règne d’Ali III Bey. À l’époque, elle servait de pavillon de plaisance et était destinée à être la résidence estivale de la famille beylicale.
Sa coupole, ouverte sur l’horizon et ses fenêtres largement ajourées, laissent entrer le vent et la lumière.
On comprend vite pourquoi elle est appelée «Lahoua», la brise, tant l’air marin semble pénétrer les murs et envahir l’espace.
Chaque détail montre que l’architecture n’était pas juste décorative, mais pensée pour le confort et l’observation.
L’architecture dans ses moindres détails
Le bâtiment allie le style beylical traditionnel et les influences méditerranéennes. Il est surélevé, presque suspendu au-dessus du rivage, avec des terrasses et des toits plats offrant des vues exceptionnelles sur la mer.
Les arcatures et les fenêtres décoratives confèrent au pavillon une élégance à la fois simple et raffinée.
La pierre locale et le plâtre, travaillés par les artisans, donnent à Kobbet Lahwa son équilibre entre solidité et légèreté.
L’ensemble témoigne de la maîtrise des architectes et de leur capacité à adapter le bâtiment au climat et au paysage.

Un héritage façonné par l’histoire
Kobbet Lahwa a eu de nombreux propriétaires. Elle appartenait d’abord aux beys. Après l’indépendance, en 1963, elle a été nationalisée et confiée à la municipalité de La Marsa.
Dans les années 1980, elle a été cédée à des propriétaires privés, la famille Berrachid, tout en restant partiellement sur le domaine public maritime. Actuellement, elle est à la fois propriété privée et monument classé, ce qui la soumet à la protection stricte de l’État.
Un patrimoine protégé par la loi
Kobbet Lahwa est protégée par la loi n°94-35 du 24 février 1994 sur la protection du patrimoine historique, et a été classée monument historique national en 2022. Cette reconnaissance permet de restreindre toute modification du monument et d’assurer sa préservation.
Le code du domaine public maritime impose des contraintes supplémentaires pour protéger la partie du bâtiment touchant la mer. Ces textes illustrent à quel point ce lieu est précieux et fragile.
Au fil des décennies, ce monument est devenu plus qu’un pavillon. Il a subi de nombreuses transformations, notamment l’ajout d’un étage qui a modifié son architecture d’origine. À un moment donné, la coupole est devenue l’un des restaurants les plus chers de la ville.
Les habitants de La Marsa se remémorent les soirées d’été passées sur ses terrasses.
Aujourd’hui, Kobbet Lahwa fait face aux ravages du temps et à l’action de la mer. L’érosion, le manque d’entretien et certaines transformations ont affaibli sa structure. Ses pilotis continuent de se détériorer et les risques d’effondrement sont très élevés.
Néanmoins, elle demeure un symbole vivant de La Marsa et un témoin du passé beylical.
Restaurer ce pavillon serait non seulement un acte architectural, mais aussi un geste de mémoire visant à préserver l’essence de la ville et la beauté d’un patrimoine unique.
Il est donc urgent d’agir : c’est une véritable course contre la montre avant que ce joyau typique ne s’effondre complètement.
