Patrimoine en lumière : Poterie de Sejnane, un héritage à préserver
La poterie de Sejnane est reconnue par l’Unesco depuis 2018 comme un patrimoine immatériel. Un projet de village artisanal, censé valoriser la poterie de Sejnane, peine encore à voir le jour et limite les opportunités de développement pour les artisanes.

Combien de temps les artisanes devront-elles attendre pour voir leur village artisanal ?
La Presse — Dans cette région montagneuse du nord de la Tunisie, le temps semble suivre un autre rythme. Loin des circuits industriels, la poterie y demeure un art vivant, entièrement façonné à la main par des femmes qui perpétuent un savoir-faire ancestral.
Dans les villages, au cœur d’un paysage naturel préservé, les artisanes travaillent l’argile avec précision. Sans recourir au tour de potier, elles reproduisent des gestes anciens transmis de génération en génération.
Cet apprentissage, ancré dans le cadre familial, constitue le principal mode de transmission de ce patrimoine immatériel, reconnu par l’Unesco depuis 2018.
La spécificité de la poterie de Sejnane réside dans ses techniques traditionnelles. L’argile, extraite localement, est nettoyée et pétrie à la main avant d’être façonnée.
Les pièces sont ensuite séchées à l’air libre pour éliminer l’humidité, puis cuites à feu ouvert dans des fours rudimentaires ou directement sur des braises de bois, parfois recouvertes de terre ou de cendres pour mieux contrôler la chaleur.
Cette cuisson lente et artisanale confère aux objets leur aspect brut et leurs teintes naturelles, allant du rouge au brun, parfois relevées de noir.
Les formes produites restent simples et fonctionnelles, inspirées de la vie quotidienne rurale. Jarres, ustensiles et figurines, souvent féminines ou animales, témoignent d’un lien étroit avec l’environnement.
Les décorations, réalisées à l’aide de pigments naturels, se distinguent par des couleurs sobres et authentiques : le noir profond, obtenu à partir du manganèse, le rouge ocre issu de la terre, ainsi que des nuances de brun.
Ces teintes servent à tracer des motifs géométriques et symboliques hérités de la culture berbère, conférant à chaque pièce une identité visuelle unique.
Au-delà de leur dimension esthétique, ces créations traduisent un rôle social essentiel. Les femmes de Sejnane assurent non seulement la production, mais aussi la transmission des techniques et la préservation des symboles.
Elles apparaissent ainsi comme les principales garantes de la continuité de cet héritage face aux mutations économiques et culturelles.
Toutefois, pour assurer la vente et la diffusion de leur travail, ces créations sont souvent proposées au bord de la route qui traverse Sejnane, dans les foires ou lors des expositions artisanales.
Cette présence directe permet aux visiteurs de découvrir cet art et d’acquérir des articles uniques. Cependant, malgré les efforts de certaines associations qui veulent aider les femmes artisanes de la région, il reste beaucoup à faire.
Un projet de village artisanal, censé valoriser la poterie de Sejnane et offrir un espace structuré de production et de commercialisation, a été envisagé ces dernières années.
Toutefois, en dépit des attentes qu’il suscite, ce projet peine encore à voir le jour. Son absence continue de limiter les opportunités de développement pour les artisanes, qui restent confrontées à des conditions de travail précaires et à un accès restreint aux marchés.
Malgré la concurrence des produits industriels et les défis liés à la modernité, la poterie de Sejnane continue de résister.
Des initiatives locales, notamment à travers des coopératives et des participations à des expositions, contribuent à valoriser ce savoir-faire et à renforcer sa visibilité.
À Sejnane, la poterie dépasse la simple fonction utilitaire. Elle incarne une mémoire collective, façonnée par des mains expertes, et demeure l’un des témoignages les plus authentiques de la richesse du patrimoine culturel tunisien.

