Numérique : Qui n’éduque pas nos enfants, parents ou écrans ?
Les parents, surtout aisés, ne se posent même pas la question des risques liés à l’utilisation des portables, tablettes et ordinateurs, considérant plutôt la joie de leurs enfants comme indescriptible. La France renforce sa législation pour protéger les mineurs des risques liés aux écrans, avec une proposition de loi adoptée par le Sénat fin 2025.
Peut-on affirmer que la tablette, le smartphone et l’ordinateur sont devenus des préoccupations majeures pour les parents en Tunisie ? Deux revendeurs de ces appareils que nous avons interrogés ont donné quasiment la même réponse : « Il faudrait se rendre à l’évidence. Les parents, surtout ceux de condition aisée, ne se posent même pas la question. Pour beaucoup d’entre eux, la joie des enfants en découvrant un nouveau portable, une tablette ou un ordinateur est indescriptible. Les risques et dangers, l’utilisation intensive, les choix, les répercussions sur la santé, tout cela semble être de la littérature, sans résonance actuelle. »
Pourtant, sur les réseaux sociaux, on ne sait que faire face à ces envahisseurs qui ont pris en otage les enfants, les adolescents, et même les adultes. En définitive, cela touche tout le monde.
Il est nécessaire de reconnaître que des médecins et des parents inquiets, face à la prolifération de ce phénomène, ont commencé à réaliser la gravité de la situation, surtout lorsque la pandémie de Covid-19 a transformé le monde en un immense hôpital de campagne. Cloîtrés chez eux, que pouvaient faire les membres d’une famille alors que les sorties étaient interdites, que le nombre de personnes autorisées dans les lieux publics était limité, et que les consignes étaient appliquées rigoureusement ? Pour passer le temps, il fallait bien trouver une solution. Les appareils électroniques sont devenus essentiels, au point que des ruptures de stocks ont été observées.
Une fois l’alerte passée, la répétition de ces comportements a engendré une habitude qui a perduré, sans que l’on prenne en compte les conséquences. Il a fallu du temps pour saisir que les problèmes de langage, de violence, d’irritabilité, et les comportements inhabituels envers les parents, les frères et sœurs, les enseignants, ou la société en général, avaient évolué. Des pédagogues, scientifiques, enseignants, et d’autres acteurs concernés par l’avenir des générations futures ont commencé à se pencher sur ce problème.
Pour remédier à la situation, des lois sont en cours de promulgation dans le but d’enrayer ce phénomène et de reprendre le contrôle. Un enseignant à la retraite affirme qu’il n’est jamais trop tard pour corriger ce mal qui s’est infiltré dans nos sociétés. Cependant, des conditions doivent être réunies pour que ces efforts réussissent. Étant donné qu’il y a de nombreux intervenants dans cette affaire, cela doit commencer parmi les parents, puis s’étendre aux revendeurs de ces appareils électroniques.
Comment convaincre ces commerçants que cela impacte leur gagne-pain ? Est-il judicieux de décider que la vente de ces « compagnons modernes » soit réservée aux jeunes d’un certain âge ? Qui peut garantir que cela sera respecté et qu’un frère, un voisin ou un ami n’achètera pas un téléphone pour le donner à un enfant qui n’a pas le droit d’en posséder un ?
Face à la montée du danger, de nombreuses études commencent à faire surface. Les médias relaient les alarmes des spécialistes sur l’urgence de la situation, mais cela n’y change rien. Les regards brillants de joie des enfants attendrissent les parents, qui envisagent d’imposer des règles d’utilisation. Mais quelle a été l’efficacité de ces mesures pour ceux qui frôlent la catastrophe et ne savent plus quoi faire ? Certaines statistiques sont cachées, de peur de provoquer de graves malentendus, car une fois le mal bien installé, la tendance est de blâmer les responsables pour leur lenteur à agir. Un revendeur de lunettes nous a affirmé que le nombre d’enfants portant des lunettes était en hausse. « Demandez à la Cnam, ils vous confirmeront cela. »
La surexposition aux écrans peut entraîner des effets nocifs sur ceux qui les regardent, notamment parce que les enfants ont tendance à s’en approcher trop. Les écrans sont omniprésents : impossible d’empêcher les enfants de regarder la télévision, les smartphones ou les tablettes. Des études sérieuses recommandent de limiter le temps d’écran pour les enfants en fonction de leur âge.
Pour soutenir ces affirmations, les arguments qui ont conduit à la promulgation d’une loi en France sont les suivants : « Entre 0 et 3 ans, il est crucial de favoriser les interactions et de développer les 5 sens. Le temps consacré à un dessin animé ne permet pas le développement du langage, par exemple. » Une inspectrice de crèches a expliqué que la lumière bleue perturbait le rythme circadien et nuisait au sommeil.
Être scotché à la télévision favorise l’obésité, les troubles du sommeil, les dépressions, entrave la synchronisation des mouvements et retarde l’équilibre, sans compter les contenus inappropriés (comme la pornographie) et le cyberharcèlement. Les smartphones sont désormais incontournables, et une utilisation excessive peut augmenter le risque de tumeurs au niveau de la tête et du cou, en raison des rayonnements électromagnétiques, selon un médecin de famille. De plus, le smartphone est perçu comme une drogue comportementale qui nuit aux relations familiales et scolaires.
Un médecin président d’un club sportif a été explicite : « Les portables et les tablettes ont considérablement réduit le nombre d’enfants et de jeunes s’adonnant au sport. » Il n’est plus courant de se plaindre du manque de terrains vagues ; on ne voit plus d’enfants courir derrière un ballon dans les rues, ou sur les plages. Les tablettes et smartphones ont comblé ce vide.
La France a récemment renforcé sa législation pour protéger les mineurs des risques liés aux écrans, avec une proposition de loi adoptée fin 2025. Les nouvelles mesures interdisent les réseaux sociaux aux moins de 15 ans et élargissent l’interdiction des téléphones portables au lycée dès la rentrée 2026, après l’interdiction déjà en place au collège. Le gouvernement prévoit d’empêcher l’accès aux réseaux sociaux pour les moins de 15 ans en raison de leur caractère « addictif ». De plus, le projet de loi vise à interdire l’usage des téléphones portables au lycée à partir de septembre 2026, tout en renforçant le dispositif « Portable en pause » (déjà en vigueur) pour la rentrée 2025, avec des règles strictes sur l’utilisation des écrans dans les établissements. L’interdiction des écrans dans les lieux d’accueil pour les enfants de moins de trois ans est entrée en vigueur en juillet 2025.
Des conseils existent dans de nombreux rapports issus de milliers d’études. Mais l’essentiel est de trouver des parents compréhensifs et sensibilisés aux enjeux posés pour remporter cette bataille. Parmi les recommandations, il serait préférable de retarder l’usage en évitant d’offrir un smartphone avant 12-13 ans.
Il est capital de ne pas laisser les enfants de moins de 3 ans s’exposer aux écrans, de limiter le temps d’écran en établissant des règles claires, d’installer des applications pour filtrer le contenu et contrôler la durée, et d’interdire les téléphones dans la chambre la nuit pour préserver le sommeil. Il est recommandé d’éviter l’exposition aux écrans pour les enfants de moins de 3 ans.
Considérant l’importance de cette question, serait-il déplacé de demander que l’on accorde à ce sujet l’attention qu’il mérite ? Des études ont été menées dans le monde entier, et nous avons des personnes capables de démontrer la nécessité de protéger nos enfants et nos jeunes de ce fléau, tout en étant à la fois réalistes et pragmatiques. Il ne s’agit pas de former des commissions pour créer d’autres commissions, car il n’y a tout simplement plus de temps à perdre.

