Même vous… Sana, Bochra et Khédija!?

Je ne cèderai pas à la tentation de m’étendre sur la fameuse phrase de Jules César « même toi, Brutus », Kais Saïed ne s’élevant pas au piédestal des grands dirigeants, ni à une fin que l’Histoire peut retenir, et vous Mesdames, n’ayant jamais été ses « lieutenantes ».

Mais la Tunisie retiendra votre bévue, votre manque de discernement et le mal que vous lui avez porté. Elle vous houspillera, dans un jour proche : « même vous, Sana Ben Achour, Bochra Belhaj Hamida et Khédija Chérif!!! ».

Je vous connais toutes les trois, j’ai été témoin -et soutien- de vos combats, de votre engagement et de votre attachement à une Tunisie moderniste, ouverte, non sexiste, démocratique et avant-gardiste, au point que vous en êtes devenues des égéries…des symboles. Je le reconnais et je signe.

Mais que vous vous déplaciez dans un espace dont le maître des Céans a sali cette Tunisie que vous avez toujours défendue, lorsqu’il a été intrôné à Carthage par les Ikhouan…et que vous apportiez votre soutien à une initiative menée par ces mêmes Ikhouan, avec leurs lieutenants d’Al Karama, leurs collabos de Qalb Tounès, les opportunistes qui ne cherchent qu’à se (re)positionner, à l’image des Néjib Chebbi ou Jawher Ben M’barek, voilà ce qui vous souille et écorne gravement votre parcours et votre image de Tunisiennes modernistes engagées.

Je comprends que vous veuillez dénoncer et combattre les dépassements, les violations même, commis par Saïed qui s’est honteusement arrogé tous les droits, mais tendre la main à une initiative dont Ennahdha et ses alliés de circonstance sont les instigateurs, est encore plus dangereux…plus gravissime. Car ce faisant, Sana, Bochra, Khédija et compagnie, vous remettez au devant de la scène, en les revalorisant, ceux qui ont dégradé la Tunisie, pendant plus de dix ans, qui ont porté préjudice à ses fondamentaux…qui auraient voulu, sans l’opposition des Tunsiens -la vôtre aussi-, en faire un Califat.

Vous avez fait pire Mesdames, par votre déplacement et votre soutien : vous avez fait écran à ce qui se trame de catastrophique pour la Tunisie, à savoir un retour « new look » à la Goumani d’Ennahdha et à une mainmise de la « gauche islamiste » ou à l’iranienne, chère au frère Saïed et que les fonds « qaradhaouis » (clair que Kais Saïed ferme l’oeil et fait la sourde oreille, à ce sujet) peuvent rendre possible.

En cela, Abir Moussi est, à l’évidence, plus perspicace et, surtout, plus utile que tous à la Tunisie. Vous, Mesdames, comme avant vous, la gauche et beaucoup de prétendus démocrates, faites fausse route.

Et puis ne retenez-vous pas de l’Histoire récente que qui tend la main à Ennahdha, s’y brûle?

Slah Grichi