Mdhilla : Les galeries de l’oubli deviennent un musée
Chafik Rouabeh, employé de la Compagnie des phosphates de Gafsa (CPG), œuvre pour la création du premier musée dédié au patrimoine minier afin de préserver les récits, outils et souffrances des mineurs de Gafsa. Ce musée, attendu comme un jalon culturel majeur, ouvrira prochainement ses portes au public.

Dans les profondeurs du Bassin minier, là où la poussière de phosphate a longtemps étouffé les voix humaines, une voix s’élève pour contrer l’oubli.
Chafik Rouabeh, employé de la CPG et passionné d’histoire, s’est donné une mission sacrée : faire revivre les récits, les outils et les souffrances des mineurs de Gafsa.
En fondant le tout premier musée consacré au patrimoine minier, il transforme les peines et les luttes d’hier en un héritage vivant pour demain.
Voici le portrait d’un passeur de mémoire qui s’oppose à l’effritement de l’identité de sa terre au fil du temps.
La Presse — Au sein du Bassin minier, où l’odeur du phosphate se mêle aux souvenirs des habitants et où la terre raconte l’épopée d’hommes ayant sculpté leur existence dans la roche, émerge le nom de Chafik Rouabeh.
Passionné par l’histoire, notamment celle de sa région, il s’est imposé comme le vigilant gardien de récits oubliés.
Employé à la Compagnie des phosphates de Gafsa (CPG), Chafik n’est pas un agent minier ordinaire. Il est le témoin passionné d’une longue histoire dont les détails se cachent dans les galeries anciennes et à l’ombre des «Damous» (mines souterraines).
Ces lieux, entre rare joies et multiples souffrances, sont devenus son terrain de prédilection. Depuis des années, il a choisi de s’engager sur un chemin singulier : celui de la recherche et de la sauvegarde du patrimoine méconnu du Bassin minier.
Un travail minutieux entre documents et vestiges
Avec un document vieilli, une photographie fanée, un ancien outil de mineur ou un récit transmis de génération en génération, Chafik cherche avec la même ardeur qu’un mineur creusant la roche.
Sa quête ne concerne pas le minerai; il explore les histoires enfouies, celles de ces travailleurs qui ont partagé le pain et la sueur, et des fragments d’un passé menaçant de disparaître.
Ces récits ne sont pas tous joyeux. Le «Damous» a parfois été le théâtre de tragédies inoubliables, où des hommes sont tombés sous le poids de la pierre, laissant derrière eux le deuil d’une mère, d’un époux ou d’un fils.
Cependant, ces souvenirs font partie intégrante d’une histoire humaine profonde, indissociable de l’identité de la région.
Du rêve à la réalité : la création d’un musée
Porté par cette passion rare, Chafik Rouabeh s’est donné pour mission de réveiller ces récits et de déterrer des détails trop longtemps négligés. Conscient que cet héritage constitue l’âme et l’identité du lieu, il a choisi de ne pas garder ce trésor pour lui seul.
Après des années de collecte minutieuse, il a décidé de rendre ce fonds inestimable accessible au public.
Bientôt, cette initiative prendra une dimension historique avec l’ouverture du premier musée dédié au patrimoine minier. Cet événement, perçu comme un jalon culturel majeur, sera une ouverture sur une nouvelle facette du Bassin minier.
Dans cet espace, le phosphate ne sera plus seulement la poussière grise marquant le visage des ouvriers ni le « métal noir » commerçable à l’échelle mondiale. Il sera révélé dans sa signification la plus profonde : une boussole ayant guidé des générations, un socle pour leurs rêves et le vaisseau ayant permis à la région de surmonter des décennies de défis.
Ainsi, Chafik Rouabeh devient le narrateur fidèle de la terre et de l’homme du Bassin minier. Une histoire façonnée par le travail, marquée par les larmes, mais préservée par celui qui croit fermement que le passé, aussi distant soit-il, demeure une partie intégrante du présent.

