Lettre ouverte aux médias

Longtemps asservis et muselés par le régime de Ben Ali, les médias ont profité de la révolution du 14 janvier 2011 pour réaliser une expansion qualitative et quantitative sans précédent, au grand bonheur des tunisiens, ivres de libertés. Cette liberté des médias ne tarda pas à virer au gavage, avec des plateaux d’analyse de deux à trois heures, cinq jours sur sept, au point que des fois, la production a du mal à trouver de la matière. Le non événement devient matière à analyse lassante et contre productive.

Deux dérives ne tardèrent pas à s’imposer au citoyen. La première est que la majorité des invités, dans la majorité des émissions qu’elles soient radiophoniques ou télévisés, sont des hommes politiques, surtout des députés. La palme revient à Oussama Khlifi et Noureddine Bhiri, les piètres vedettes de ce défilé, réalisant l’exploit de défiler, en un jour, dans plusieurs médias ! Des génies, quoi ! On dirait que la Tunisie n’a enfanté ni experts, ni réalisateurs d’exploits, ni artistes, pour ne citer qu’eux !

La deuxième dérive est la présence quasi-constante d’un chroniqueur pro-nahdha, véritable porte-parole et défenseur de la secte, dont le rôle est de museler les opposants et de blanchir ses « employeurs ». Ainsi, de l’asservissement au régime de Ben Ali, certains médias sont passés à celui de la secte.

Qu’en est-il après le séisme du 25 juillet ? Malgré la faillite du système politique et la déchéance de l’ARP désormais suspendue, les hommes politiques ayant entrainé la faillite du pays continuent à investir les plateaux, comme si de rien n’était. Très peu de place aux experts, et encore moins aux jeunes, les grands oubliés.

Adel Ben Amor