Les intellectuels comme Youssef Seddik avancent masqués

Youssef Seddik est passé, hier soir, sur El Hiwar Ettounsi, dans l’émission de Hédi Zaïem. Décidément, il n’est pas près de finir avec cette mascarade, cette comédie hypocrite, et tient toujours à se faire passer pour un « musulman progressiste » lors de ses passages dans les médias audio-visuels, alors qu’il est agnostique. En effet, peu avant 2010, j’avais assisté à la présentation d’un livre de Youssef Seddik, en l’occurrence ‘ , à l’IFC de l’avenue de Paris, et au cours de laquelle il a entamé son intervention en soulignant son rapport à la foi : « ’́ : » avait-il dit.

J’ai reproché à Olfa Youssef, deux semaines plus tôt, après son passage sur la même chaîne de télévision, de vouloir contribuer à l’évolution des mœurs à partir du Coran. Ceci est encore plus valable pour Youssef Seddik. Ce dernier a, comme tous les intellectuels tunisiens qui se prennent pour les Luther du monde musulman, essayé de légitimer son point de vue hier en s’appuyant vainement sur une lecture coranique soi-disant progressiste et réformiste. C’est comme s’il disait : « J’ai une lecture du Coran différente de la vôtre, elle peut vous choquer, mais, comme je suis croyant comme vous, la ligne jaune n’a pas été franchie. »

Les intellectuels comme Youssef Seddik avancent masqués. Par conséquent, ils se retrouvent à chaque fois paralysés par les toutes-puissantes contraintes religieuses auxquelles adhère la majorité de la société tunisienne et se fourvoient dans des débats théologiques où les musulmans conservateurs finissent toujours par avoir le dernier mot. La doxa, le « Livre Saint » et les traditions arabo-islamiques séculaires sont beaucoup plus en phase avec l’éthos du commun des musulmans qu’avec celui des intellectuels laïques nourris aux valeurs universelles.

Cette volonté de réformer l’islam de l’intérieur dure depuis des siècles et relève tout bonnement de l’enc.ulage de mouches. Ces penseurs auront passé leur vie à vouloir donner une lecture progressiste de l’islam, c’est-à-dire à vouloir concilier l’inconciliable. Ils ont toujours été minoritaires parce que ce sont des islamologues, pas des prédicateurs, et les musulmans sensibles au discours des islamologues ne sont pas légion. En revanche, le discours des prédicateurs, la rhétorique des choyoukh  et des 3allama est à la portée de tout crétin et prendra toujours le dessus sur celle des « musulmans progressistes ».

En outre, les musulmans ont raison de se montrer rétifs au discours des « musulmans progressistes » car quand on modernise une religion, elle perd toute sa substance. Que vaudrait une religion sans dogmes et sans un brin de fanatisme ? Que vaudrait l’islam – une religion qui ne repose pas uniquement sur la foi – sans son projet politico-juridique et sans ses versets belliqueux qui, pour les takfiristes, sont une exhortation au jihad ?

Les réformateurs musulmans n’ont jamais gagné dans le monde arabo-musulman et ne sont pas près de gagner. Mais la solution est toute indiquée : il faut séculariser la société tunisienne et la religion ne doit plus avoir son mot à dire dans l’espace public. Pour ce faire, il faut entreprendre un travail de fond à l’école et au sein des familles, notamment en arrêtant de donner aux enfants une éducation fondée sur des chimères puériles et sur les récits de miracles contenus dans le Coran, en leur injectant une bonne de rationalité dans leurs valeurs et convictions. Autrement, on ne pourra jamais s’en sortir.

Il faut également écarter de force la religion de l’espace public et de tout ce qui régit le quotidien des citoyens (administration, loi, école, etc.) et la cantonner à la sphère privée. Ensuite, libre à chacun d’adhérer au discours religieux progressiste ou au discours conservateur, voire obscurantiste. A un moment donné, il faut donner un coup de pied dans la fourmilière, il faut « rentrer dans le lard » de la doxa, de l’orthopraxie et du système de valeurs archaïque sur lequel se fonde l’islam ; certains y laisseront des plumes, mais c’est le prix à payer. Tout le reste est perte de temps.

Pierrot LeFou