Les crabes du panier de Ghannouchi : 3/ Youssef Kaznadar

Après le 14 janvier 2011, à la différence de ceux qui sont rentrés en Tunisie en Grandes pompes avec la ferme intention de semer le chaos printanier en faveur du projet islamiste, Youssef Chahed est rentré discrètement en rampant comme un serpent, jusqu’à gravir les plus hautes marches de la Kasbah.
Chahed était un parfait inconnu. Ce n’est que grâce à Wikipédia qu’on a su qu’il a fait un parcours à l’université jusqu’à obtenir, dans les temps, son doctorat en agronomie. On ne lui connaissait aucun passé associatif ni  militant, Ben Ali ytatti (punit ) .
En 2012, il intègre le parti El jomhouri. Mais, la légitimité historique de Maya Jribi, cette Marianne de la République, et l’icône Néjib Chabbi faisaient ombrage au nouveau parvenu Youssef qui cachait des ambitions. Nidaa Tounes , alors en construction , était une aubaine pour lui. Un nouveau parti autour d’un grand chef , où il y a encore de la place et des opportunités à ne pas rater . De l’anonymat il est vite propulsé par Si Béji au bureau exécutif, avec des vieux routiers. Suite à la victoire de Nidaa Tounes aux élections de 2014, il est nommé en février 2015 secrétaire d’État chargé de la pêche. Il devient ministre des Affaires locales en Janvier 2016. Seul Si Béji et Nidaa l’ont propulsé , El Jomhouri ne lui aurait pas ouvert ces portes.
Au Nidaa, le rapprochement avec la secte frériste qui a scandalisé plus d’un, n’a pas dérangé ce « destourien » « progressiste » , comme il se plait à le rappeler. A-t-il prévu déjà qu’elle pourrait lui être utile ? Il était discret dans la crise du parti provoquée par Mohsen Marzouk. Il a même bien contribué à porter Hafedh à la direction du parti lors du congrès de Sousse en 2016, malgré toutes les suspicions qu’on lui attribuait. Il voyait la chance se ranger de son côté lors de la fronde du fils du Président contre le chef du gouvernement de l’époque , Habib Essid , harcelé de toute part. Vivons discrets, vivons heureux. Et Chahed a été l’heureux successeur de Habib Essid. Plus opportuniste que moi tu meurs.
Dans son ascension, il a été parrainé par le Président de la République avec l’accord de la secte frériste. D’ailleurs, Chahed ne lui a jamais voué d’inimité. Il a même occulté ses déboires dans le gouvernement de la Troïka. Il évite tout ce qui peut provoquer la colère de son Tonton Rchouda. Parler des tentacules salafistes dans l’administration, de l’assassinat de Bélaïd et Brahmi, de la cellule armée secrète d’Ennahdha, du terrorisme ou de l’égalité dans l’héritage, lui donnent la migraine qu’il calme par un antalgique de la pharmacie « mon plaisir ».
Chahed a mis trois ans pour accéder à la primature et en trois ans il a enfoncé le pays dans la faillite et le citoyen dans la pauvreté. Tous les indicateurs économiques sont au plus bas malgré un endettement scandaleux. Jean Gagnage ne croyait certainement pas, qu’en écrivant ces lignes sur Khaznadar en 1866, il les écrivait sur Chahed de 2019 : « Cependant, le Khaznadar revenait toujours sur ses projet d’emprunt. Il ne cherchait pas d’autre remède à ses projets financiers dans lesquels il avait entraîné la régence ( Tunisie ). *» Les prêts étaient contractés comme actuellement à des taux usuraires. En 1868, Khaznadar fait signer par le Bey le décret portant création d’une commission financière qui établit une tutelle collective des trois puissances (France, Angleterre et Italie) sur le budget tunisien pour assurer le remboursement des emprunts contractés et l’engagement d’emprunts nouveaux. Victor Villet, inspecteur des finances français est désigné à la tête de cette instance. Avec Chahed, le mandat est passé à l’FMI. Christine Lagarde prend le rôle de Villet et va jusqu’à intervenir dans les négociations du gouvernement avec l’UGTT. Enfin le traité du Bardo instaurant le Protectorat français en Tunisie serait reconduit aujourd’hui par Youssef Khaznadar dans le cadre de l’Accord de libre échange complet et approfondi ( ALECA ) entre la Tunisie et l’Union européenne. Un accord à caractère néocolonial, aux conséquences économiques et sociales graves, notamment pour l’agriculture, ainsi que les conditionnalités de la dette, d’autant plus que l’État s’est beaucoup affaibli, tant en termes de capacité de décision que de capacité de planification, de gestion et d’implantation.

Yousef s’est proposé pour le rôle du provisoire Moncef Marzouki dans une nouvelle troïka. Ce dernier lui a montré le chemin. Constituer un petit parti et se mettre dans la bonne grâce du Cheïkh auquel tiennent encore les commanditaires du « printemps tunisien ».
Il a commencé par s’attaquer à son ami Hafedh Caïed Essebsi à travers son entourage, certes pas trop recommandable, comme Chafik Jarraya pour se faire une popularité au rabais sans s’attaquer aux barons de l’économie parallèle, ni à la fraude fiscale… Tant que Nidaa était en Alliance avec Ennahdha, Youssef se tenait à carreau. Comble d’ingratitude, quand si Béji son géniteur a rompu l’alliance avec Ghannouchi et déclaré vouloir parrainer un gouvernement sans le parti Nahdha, Youssef Chahed est entré en guerre ouverte contre lui, au point de faire un remaniement ministériel dicté par Ghannouchi et soutenu par les députés islamistes et des opportunistes renégats du Nidaa, appâtés par le mirage d’un bon positionnement de Chahed dans une nouvelle Troïka.
Chahed constitue son parti pour les prochaines échéances électorales réunissant des légumes pourris pompés dans Nidaa et les députés de la coalition nationale, dirigée pas un sombre Mustapha ben Ahmed. C’est un ignare qui a tronqué son « 7allouzi » du temps où il était à la RNTA de Kairouan pour de gros cigares roulés sur les cuisses d’une cubaine et parfumés au cognac. Ce foetus parti « Tahya Tounes » a réunis dans son bureau exécutif les descendants de l’entourage de Khaznadar caractérisé selon Gagnage par « le défaut absolu de patriotisme chez tous les hommes appelés à prendre part aux affaires … ces habitués de mensonges… et de désordre… **». Avec son nouveau parti, Chahed a encore divisé la scène politique au grand bonheur de la secte intégriste.
Chahed, Ghannouchi, c’est l’union entre le libéralisme d’Adam Smith sous mandat du FMI et la ghanima du mercantilisme primaire de Quouraïch, le paradis des spéculateurs et des affameurs. L’alliance Chahed-Ghannouchi  accentue nos craintes de voir notre modèle sociétal tunisien menacé.

Celui qui a dissipé le sombre nuage des années sombres de la Troïka est actuellement le seul à pouvoir l’empêcher de s’installer de nouveau, sous nos cieux. La femme tunisienne que Chahed a trahie et les patriotes sauront s’unir autour du rassembleur de 2014 pour apurer notre chère patrie de toutes les souillures.

Mounir Chébil

*- Jean Gagnage, Les origines du protectorat en Tunisie, édition Maison Tunisienne d’Edition, page 255
**- Jean Gagnage, Les origines du protectorat en Tunisie, édition Maison Tunisienne d’Edition, page 260

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 Les crabes du panier de Ghannouchi : 2/ Mohsen Marzouk