Tunisie

« L’Épopée » : étude d’un naufrage poétique et sentimental

Cyrine Barbirou publie son deuxième recueil, L’Epopée, aux éditions Arabesques fin décembre 2025, où elle explore la passion non partagée. Le recueil présente une narratrice adoptant une posture d’infériorité avec des phrases telles que « Tu es trop beau pour moi » et « Je suis trop laide pour être un petit canard ».


Dans son deuxième recueil, L’Epopée, publié aux éditions Arabesques à la fin décembre 2025, Cyrine Barbirou offre une analyse implacable de la passion non réciproque. L’ouvrage explore les mécanismes destructeurs de l’amour unilatéral, oscillant entre des prières adressées à un dieu indifférent et la tyrannie de l’absence.

Le recueil examine avec subtilité la violence des relations asymétriques. La narratrice se positionne systématiquement dans une posture d’infériorité : « Tu es trop beau pour moi », « Je suis trop laide pour être un petit canard ». Cette forme d’auto-dévalorisation met en lumière le paradoxe cruel de la passion : celui qui aime le plus détient le moins de pouvoir.

L’homme insaisissable impose sa loi par son absence, devenant ainsi une figure tyrannique. Dans « Un monde », le rire, arme de la cruauté, renforce cette hiérarchie : « Tu as ri de mon cœur aussi doux que le zéphyr ». D’un côté, celui qui peut se permettre de se moquer ; de l’autre, celle qui s’incline avec résignation.

Le recueil oscille entre rupture et rechute. Si « Adieu » semble annoncer une émancipation (« Je m’en vais, cher ami. / Je quitte tes vices et fabulations »), « Demain » plonge à nouveau dans l’ambivalence toxique : « Je t’immole en pensant à tes beaux yeux. / Je t’aime tellement, tes cris, tes larmes ». L’amant reste « souvenir, rêve jamais étreint », dont « la douceur assassine le cœur ». La boucle se referme, piégeant la narratrice dans un cycle perpétuel entre espoir et désespoir, entre fuite et impossibilité de s’en aller.

L’épopée représente un témoignage brut sur les ravages de l’amour unilatéral. Barbirou ne cherche ni à adoucir ni à glorifier sa souffrance : elle la dépeint dans toute sa complexité contradictoire. Son homme inaccessible, qu’il soit réel ou fantasmé, devient le prétexte à une exploration impitoyable des mécanismes de la passion. En refermant ce recueil, on ressent une étrange impression d’avoir été témoin d’un naufrage en temps réel, admirant la grâce avec laquelle la poétesse a su sombrer.