Le roi Zaba et Mawlaty Leyla.

Le roi était subjugué,éclaboussé par sa beauté. Elle le savait et en jouait. Il succombât.
Non pas tellement par amour qui élève votre âme à la béatitude, ni par ces coups de foudre qui vous torsadent le corps et l’esprit jusqu’au suicide , ni par passion fusionnelle qui aboutit à un naufrage dévastateur qui peut aller jusqu’à l’anéantissement. Non! Il n’avait pas les armes intellectuelles pour ça. Il n’était ni poète, ni rêveur. C’était son bâton du bas ventre qui le guidait au lit . C’était aussi son bâton de flic quand il n’était pas à l’horizontale à chevaucher sa dulcinée.
Le monde était à ses pieds, entre ses pieds avec son bâton. Ya mawlati ne cessait il de lui répéter , satisfait et repus après ses frasques au lit. C’était tout ce qu’il pouvait lui faire sortir comme poésie tendre. Mais qu’importe pour elle, elle le savait limité et en profitait.

Jusqu’au jour où l’un de ses courtisans, un fameux Agrebi, eût l’ingénieuse idée sous l’effet des canettes de bière qu’il ingurgitait dans le bar, de faire le complément à la seule culture du bâton qu’il savait manier à la perfection.
Ya mawlati, prends le présent et le futur.
Tu es dans mes yeux ma veille.
Tu es dans mon coeur ma sultane.
Suis la passion ya mawlati ….
Les mots simples coulaient de source de son âme de poète chansonnier . Les notes s’égrenaient allègres de sa fibre de musicien. Il prit son violon et de sa voix rauque de soulard sortit la belle chanson qu’il fit vite d’embobiner, enfourcha son vieux tacot et se rendit au palais. Il savait qu’elle allait lui plaire. Il savait que même bâton, Zaba avait un résidu de mollesse et tendresse qui pouvait adoucir un brin sa raideur.

Les cris du peuple lui parvenaient étouffés. Grisé par sa chanson et sa mawlatou, il n’écoutait que ça. Le poète et musicien ne cessait de la lui répéter comme une litanie jusqu’à ce que les bruits menaçants de la foule viennent interférer dans cette belle musisque, la parasiter, l’interrompre.

Dans l’avion de l’exil qui l’emmenait vers l’inconnu, il regardait de ses yeux mawlaty et martelait dans sa tête »prends le présent et le futur », au diable le pays le pur. . Son bâton de bas ventre s’attendrissait et se levait . Des barbus en djellabah débarquaient , s’agitaient et bandaient à leur tour: Leur nez au ciel à suivre l’avion dans lequel zaba fuyait avec sa dulcinée et leur zizi levé vers les houris qui les attendaient.

Fadhi Ch’ghol