Le jour de la Saint-Valentin, l’amour maternel et l’amour de la patrie n’ont pas droit de cité

La Saint-Valentin célèbre l’amour des gens qui s’aiment et qui peuvent coucher ensemble sans commettre l’inceste. Il ne serait pas superflu de rappeler que cette fête célèbre l’amour qui existe entre ceux qui s’aiment d’amour et que l’amour filial, maternel et paternel, l’amour de la patrie et l’amitié au travail, n’ont pas droit de cité le jour de la Saint-Valentin.

A force de galvauder les belles fêtes importées de l’Occident, nos animateurs radio et présentateurs télé ont fini par les vider de leur substance. On parle de nouvelle année administrative lors de la fête de fin d’année (la Saint-Sylvestre) et on exhibe l’amour que l’on éprouve pour sa mère, ses enfants, sa patrie, ses collègues de bureau, son club de foot préféré, ses frères et sœurs le jour de la Saint-Valentin.

Etant donné que les gens des médias sont, pour leur plupart, issus d’un milieu qui diabolise l’amour à coups de îib et de h’ram, étouffant sous le poids des tabous, des traditions et des considérations identitaires et religieuses, nos animateurs débitent, chaque 14 février, des propos sirupeux et s’adonnent aux mièvreries du type « en ce jour de la Saint-Valentin, je dépose un baiser sur le front de ma mère que j’enverrai au pèlerinage inch’Allah et j’offre une rose à ma collègue que je considère comme ma sœur. »

L’essentiel est d’ôter toute érotisation à la Saint-Valentin et de la diluer avec de l’amour filial et parental, avec le sentiment amical, voire avec du patriotisme à deux balles, afin de ne pas donner l’impression de cautionner une culture qui prône la « débauche » ou d’encourager les Tunisiens au dévergondage et à la « prolifération du vice ». Ensuite, les médias aggravent leur cas en diffusant des chansons orientales larmoyantes, signe criant du mauvais goût et d’une culture musicale très limitée.

On ne peut demander à un tunisien médiocre et conformiste, qui se soumet volontiers aux injonctions pudibondes et à la censure morale, qui adhère aux normes et aux valeurs d’une culture qui sacralise la virginité et diabolise les rapports sexuels en dehors du cadre légalo-charaïque du mariage, de fêter convenablement la Saint-Valentin sans la dénaturer et sans verser dans le ridicule.

Pierrot LeFou