Le discours vindicatif contre Olfa Terras est teinté d’une xénophobie à peine dissimulée.

Olfa Terras-Rambourg est attaquée pour ce qu’elle est, et non pour ce qu’elle fait.

Je ne connais Olfa Terras-Rambourg ni d’Eve ni d’Adam, mais les attaques que lui livrent ses détracteurs sont souvent inspirées par la haine et la rancune. L’animosité dont cette femme fait l’objet n’est pas un phénomène passager ou une tendance banale. Les vives hostilités suscitées par cette femme qui a surgi tel un ovni sur la scène politique révèlent les complexes dont souffre particulièrement la société tunisienne. Olfa Terras-Rambourg est belle, riche et, surtout, elle est à moitié française et a « osé » épouser un gaouri non-musulman. Cette femme incarne à elle seule tout ce que les Tunisiens les plus conservateurs détestent, elle incarne tout ce qui les rend jaloux, aigris et complexés.

Même si l’instrumentalisation du sentiment anti-français est récurrente dans la vie publique tunisienne, même si bon nombre de politiciens et d’intellectuels tunisiens ont tendance à ressortir le thème de « Hezb el França » (parti de la France) afin de stigmatiser leurs opposants et leurs adversaires binationaux ou francophones assumés, lesquels sont d’ailleurs constamment accusés d’être la cinquième colonne au service de l’ancienne puissance coloniale, ce ne sont pas les prétendues velléités néocoloniales et impérialistes de l’Etat français qui sont visées à travers ces slogans hostiles à la France, aux autochtones et aux binationaux qui lui sont « dévoués ».

La dénonciation de l’ingérence française fait depuis longtemps partie du lexique et de l’imaginaire politiques des Tunisiens, et elle se perpétue jusqu’à aujourd’hui. On retrouve cette rhétorique anti-française et francophobe dans tous les courants politiques, intellectuels et philosophiques de la société tunisienne, de l’extrême-gauche aux destouriens/novembristes, en passant par les islamistes et les nationalistes arabes. C’est une ressource qui permet à certains d’exister politiquement et qui nourrit aussi de funestes ambitions idéologiques et politiques. Mais, d’une façon plus générale, et par-delà les ambitions des partis politiques et la schizophrénie de nos intellectuels – si tant est qu’il en existe encore quelques-uns dans ce pays, c’est moins une question de rapport de force entre la France et la Tunisie ou de résistance aux « visées impérialistes de la France » que d’un affrontement entre deux projets de société.

Il faut comprendre qu’en agitant les passions anti-françaises et qu’en brandissant l’argument nationaliste anti-français, on fait semblant de critiquer l’héritage colonial et de mettre en garde contre l’ingérence de l’ancienne puissance coloniale dans les affaires tunisiennes. En réalité, ce n’est pas du sentiment anti-français stricto sensu dont il s’agit, mais d’un modèle français honni par les Tunisiens conservateurs car considéré comme trop libéral, permissif et antinomique aux valeurs profondément enracinées dans la société tunisienne.

La critique anti-française constitue un registre de mobilisation contre l’occidentalisation des mœurs et la sécularisation de la société dont la France est perçue comme le vecteur traditionnel en Tunisie. Les Tunisiens conservateurs et traditionalistes voient dans la France un pays porteur d’un projet de société subversif, une puissance qui constitue un danger pour le « soi authentique ». Par conséquent, toutes les personnes qui sont associées à tort ou à raison à ce pays qui invite les peuples conquis à « répudier les traditions ancestrales » tout en favorisant l’ »acculturation » doivent impérativement être écartées des hautes fonctions qui leur permettront à terme d’appliquer un ensemble de mesures et d’actions « compromettantes » pour l’avenir des futures générations.

Ainsi, en déclamant sans cesse la même tirade du « retour au colonialisme », en instrumentalisant le sentiment anti-français que l’on retrouve chez un très grand nombre de Tunisiens, les conservateurs tentent de fédérer l’opinion contre les valeurs incarnées par la France, d’où le discours identitaire et réprobateur des détracteurs d’Olfa Terras-Rambourg, un discours vindicatif teinté d’une xénophobie à peine dissimulée.

Pierrot LeFou