Le Cheikh toisa d’un œil assassin ses fidèles et s’en alla

Il est 5 heures, Tunis s’éveille .

La salle des prières de Monplaisir sentait l’odeur des aisselles du bout de la nuit et le renfermé des paillassons en alpha. Le Cheikh terminait sa salat du sobh. Il opina de la tête à saluer l’archange installé sur son épaule droite d’abord, celui des hassanetes qui n’avait rien à noter. Il se tourna ensuite pour saluer celui de gauche , le scribouillard, le chaytane promu à la seule kwada qui s’éternisait à rédiger ses rapports inquisiteurs…. indifférent à l’impatience de ses fidèles derrière qui attendaient, inquiets

Son gendre, le gars à la barbichette qui chaussait une chlaka usée dont il n’a jamais pu se séparer malgré ses démarches auprés de tous les officiers de l’Etat civil, tremblotait.Ses moustaches se trémoussaient. Il ne savait pas s’il devait abandonner son sort à Dieu ou se plaindre de sa dulcinée qui lui en veut toujours pour ses frasques et ses nuits mielleuses avec bent ammtou dans la suite au Sheraton.. Affolé il entrouvrit à peine ses lèvres lorsque le beau père excédé, très en colère, l’arrêta net : « Tu sais ce que tu es : une bite en érection qui , quand elle est en repos , s’amuse à faire le pickpocket boufaddhouh « dans les caisses de l’Etat. .

Sur ce , un ventru habitué des manoeuvres dilatoires, des procédures fastidieuses et des procès pourris fit irruption et martela , baveux la bouche pleine : « Pardon sidi Cheikh, mais ces 3elmenyines de tunisiens , ces koffars, ces gauchistes nous en veulent à mort. Ils ne nous lâchent plus. Ma justice est maintenant gangrenée par leur kofr, infiltrée par leur juges francophiles, inspirée par ces sentences des droits universels sans aucune référence à notre sainte chariâa et à la gestion sans reproche du Calife Omar de beyt mal mouslimine . J’ai bien peur de ne plus rien pouvoir faire pour nous tous. L’heure est grave .

« Camarade bou savate » éclata en sanglots comprenant que ces démêlés avec sa nonne pouvaient dégénérer en démêlés avec la justice pour le milliard qu’il a volé, lorsque le sac d’olives proposa de se réconcilier avec le vieux partenaire d’octogenaire pour arrêter la rébellion de ces koffars. Le comique de la troupe boumenchfa eût un brin de lumière dans son pois chiche de cervelle qui a failli brûler à force de courant insufflé subitement dans ses connexions trop fragiles à supporter un tel sur voltage. Il s’exclama : ti houwa le Calife Omar a été accusé de comploteur , de voleur dans la caisse de l’Etat, , de chef de la.police parallèle par les khrawetes khawarejs ? Mais comment peut on nous reprocher cette conduite inspirée du salaf salah?
C’est alors que le boucher de la troupe fit irruption dans la salle , couteau entre les dents, le pied sanguinolent d’un soldat en bandoulière :et articula de sa voix forte qui s’échappait de son nez mokhnen : «sidi echeikh il n’y a que la méthode forte qui va avec ses koffars : J’ai fait sauter deux de leurs bidasses au Chaambi . Que dirais tu si on nefnoidissait un de leurs chefs ou mieux pour couper court à ces histoires, d’aller carrément refnoidir en prison le détenteur ambulant de nos archives et de nos secrets?

Le cheikh lui ordonna de se taire et de ne plus ouvrir la gueule sans son autorisation. Il prit son portable et composa un numéro : On n’entendait plus que les seuls vocables de tawafok, wifaqq, réconciliation, mousalaha…et des compliments de trahdine ponctués par des jeddan , jedeeeeeeee.

La meute effrayée demandait: « alors …. qu’est ce qui va se passer? Hein ya sidi echcheikh. Qu’est ce qu’on va devenir ?  » . Le cheikh lui même ne le sait pas. Il toisa d’un œil assassin ses fidèles et s’en alla dédaigneux marmonnant sa colère que les bruits des moteurs des voitures qui commençaient à embouteiller l’avenue Mohamed V couvraient.

Fadhi Ch’ghol