Le cheikh dans le désarroi : « I9ra ya Khra ceci »

Salon doré de Monplaisir. Le Cheikh y trône affalé sur un fauteuil style faux louis 14 comme on en fabrique encore chez un menuisier du Cap bon. Une voilée de service s’active à désodoriser les lieux dans un frou frou de jupons qui balaient la moquette. Le cheikh marmonne quelques sourates. Inquiet, seul, se sentant abandonné. Sans perches qui se tendaient solides sur lesquelles il embarquait et qui craquent aujourd’hui à force de pourriture. . Celle de l’islam en danger, personne n’y croit plus. Son costume cravate de modernité, non Plus. Sa tunisianité, une couleuvre qu’aucun citoyen n’arrive à avaler, son Nida, effrité .

Il cogite lorsqu’on annonce le Bouchlaka , seul à s’introduire d’un pas lourd avec ses affaires en justice qu’il traîne comme des boulets de canon, une odeur des restes de la nuit avec sa cousine collée à ses vêtements. « Sidi Cheikh , faut pas faire coalition avec les fassidine de Nabil Karoui et surtout Abir Moussi rcdéiste qui a couché surement avec Ben Ali ». Cheikh lui jeta un regard glacial qui le fit s’accroupir comme le dromadaire baveux qui essaie, sans y parvenir, de voir sa boss. Le trapu kheder est annoncé. Ses pupilles tournoyaient dans leurs globes exhibant le destour qui donnait au cheikh le droit d’être chef de gouvernement. Le Bhiri, garde des « sots » rassure. Le mekki pompier porteur des seaux et des eaux jubile du triomphe. Puis tout le monde récite la fatiha et s’en va racoler les prostitués députés pour former une Coalition où lui résidera dans la grande maison , à l’aile K de la Kasbah tout en gardant le reste pour ceux qui veulent bien cohabiter avec lui.

Le cheikh jette un regard, résigné ,sur le grand parc en face construit par les japonais. Les klaxons des voitures, pressés de rentrer, font rage et se mêlent à l’appel à la prière du Moghreb à coté où quelques rares fidèles s’y pressent. Sa coalition est à impossible à monter. Le cheikh est isolé. En soupirs.

Le cheikh hallucine maintenant. Il croit entendre venant du fonds du lac de Tunis le bruit sourd d’une foule qui grossit, monte et avance vers lui et scande : « Ya ghannouchi, ya saffe7 ya…….. ». Une voix du ciel rajoute à son désarroi et lui souffle : I9ra. Le cheikh tremblote de tout son être : je ne sais pas lire , je ne sais pas lire » : I9ra ya Khra ceci « Quand l’Etat délègue à des milices l’épuration de l’Etat, c’est la fin violente de ceux qui le dirigent.. Tu n’es que mécréance et tu iras en enfer »
A3zraine qui survolait Monplaisir ce jour là pour d’autres missions du côté de sidi Hassine, reçut l’ordre , en urgence de se poser à monplaisir pour ramener la marchandise là haut. La veille, les dieux en conclave avaient décidé de libérer la Tunisie.

Fadhi Ch’ghol