Tunisie

Lancement mitigé de la 24e édition du Festival de la chanson tunisienne.

Le Festival de la chanson tunisienne a débuté le 5 mars et se poursuivra jusqu’au 8 mars. Sur 105 candidatures déposées, 34 œuvres ont été retenues, dont onze ont été présentées lors de la première soirée.

Sous le slogan « Chaque chanson a une histoire », chanteurs, musiciens et différents acteurs de la scène musicale tunisienne animeront pendant 4 jours cet événement dédié aux talents émergents et établis.

La Pressse — Le Festival de la chanson tunisienne a débuté le 5 mars et se poursuivra jusqu’au 8. Sous le slogan « Chaque chanson a une histoire », chanteurs, musiciens et divers acteurs de la scène musicale tunisienne animeront cet événement qui met en avant les talents émergents et confirmés.

Une entrée en matière immédiate

La soirée d’ouverture a eu lieu dans la grande salle du Théâtre de l’Opéra de Tunis, établissement qui finance et organise le festival pour la première fois sur mandat du ministère des Affaires culturelles. La cérémonie a été diffusée en direct sur la chaîne nationale Watania 1.

Le lancement s’est fait cependant sans protocole ni formalités. Wael Toukabri, en tant que maître de cérémonie, a présenté l’événement et les candidats, arborant une chechia rouge, symbole d’authenticité tunisienne, alliant élégance et tradition. Son discours a apporté une touche conviviale à cette soirée célébrant la production musicale et les talents tunisiens. Toutefois, on s’attendait à ce que le directeur du Festival de la chanson tunisienne prononce personnellement un discours de bienvenue pour annoncer le début de ce grand événement.

Une vidéo, spécialement réalisée pour l’événement, a été diffusée sur l’écran géant avant le début officiel de la soirée, le temps que le public prenne place. D’habitude, cette présentation souligne la valeur symbolique de l’événement et met en lumière le travail de l’équipe qui l’a réalisé. Filmer dans un lieu emblématique, le palais Ennejma Zahra, la vidéo utilise l’intelligence artificielle pour faire revivre des artistes dont l’œuvre perdure dans nos mémoires.

Le jury a été révélé pour la première fois, composé de grandes figures de la scène musicale tunisienne : Adnene Chaouachi comme président, accompagné de Najet Attia, Sami Maatougui, Hatem Guizani et Amine Kolsi.

La soirée a également été marquée par une performance du ballet contemporain de l’atelier de danse du Théâtre national tunisien. Arborant des costumes traditionnels, les danseurs ont effectué une chorégraphie signée Mahmoud Ouarteni et Khira Dhaw sur des airs de « Ah Wedaouni » de Saliha. Un spectacle agréable, typique de nombreuses cérémonies.

Ensuite, place à la compétition. Pour la première fois, les organisateurs ont choisi d’installer les musiciens hors de vue, à l’arrière de la scène, laissant les interprètes presque seuls sur le plateau. Ainsi, la troupe de l’Orchestre national tunisien et son directeur Youssef Belhani n’étaient visibles que pour ceux placés aux premiers rangs. Cette configuration, visant à concentrer l’attention du public sur les candidats, a suscité des critiques de ceux qui auraient voulu voir les artistes dans un cadre « plus naturel ».

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De belles voix, mais..

Sur 105 candidatures reçues, 34 œuvres ont été sélectionnées dans trois catégories : production de chanson, composition instrumentale et interprétation individuelle. Onze d’entre elles ont été présentées lors de la première soirée. Dans la catégorie meilleure chanson, les auditeurs ont pu apprécier « Mawtini » interprétée par Oumeima Haouet, « Helma » par Mohamed Aidi, qui participe pour la quatrième fois, « Hkeya » de Mounir El Mahdi, « Chared » de Mohamed Taher Sahbi, « Men Konna Sghar » d’Asma Cherif et « Gharib » de Zina Saad, qu’elle a composée elle-même. Lotfi Dahmeni a chanté « Yelli dhalemni », un titre emblématique de Hedi Jouni, tandis que Jihen Gaidi a proposé une reprise de « Ye Magweni » de Neema.

Le talent vocal de ces huit candidats est indéniable, prouvant un processus de sélection rigoureux, d’autant qu’ils ont tous choisi un répertoire exigeant et difficile. Cependant, leur présence scénique manquait d’impact. Une belle voix ne suffit pas à séduire le public. On espérait plus d’énergie, de vitalité et de fraîcheur sur scène.

Un candidat a même gardé les yeux rivés sur son pupitre tout au long de son passage, lisant les paroles sans jamais regarder le public. Certains interprètes, connus et habitués à l’interaction avec le public, ont des carrières qui évoquent au moins deux décennies d’expérience.

Ce n’est probablement pas l’expérience qui leur fait défaut, mais un travail sur la présence scénique est vivement recommandé. Aurait-il fallu leur offrir un soutien préparatoire, un véritable coaching, pour mettre en valeur leur talent ? L’enthousiasme du public pourrait servir d’indicateur d’attractivité des prestations. Les applaudissements pour accueillir les chanteurs, ainsi que ceux à la fin de leurs performances, ont été plutôt froids comparés aux réactions habituelles lors de spectacles musicaux.

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Dans la catégorie composition instrumentale, les trois morceaux interprétés ont été particulièrement réussis. Il s’agit de « Zagharid we demoua » de Miled Molki, « Oued Rmal » de Walid Snoussi et « Ghouroub » de Hatem Frikha. Le violoniste Walid Snoussi a monté sur scène pour une prestation mettant en avant sa virtuosité. Hatem Frikha, jouant également du qanoun debout, s’est illustré par son talent et sa vitalité.

La touche d’excellence du maestro Youssef Belhani et son orchestre

Si un trophée était attribué à la prestation la plus dynamique et maîtrisée, il irait certainement au maestro Youssef Belhani.

Ses gestes et ses expressions faciales reflètent son enthousiasme durant toute la performance. Sa direction d’orchestre captive et entraîne, faisant presque de l’ombre aux chanteurs qui auraient partagé la scène.

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Cette énergie communicative a également contaminé les musiciens, dont certains sont déjà bien connus du public. Même sans les voir de près, ceux qui ne sont pas placés aux premiers rangs peuvent ressentir la passion qui habite les musiciens et la synergie entre le chef et l’orchestre dans chaque note et chaque passage.

Le festival se poursuivra jusqu’au 8 mars avec d’autres soirées artistiques et compétitives en vue de la proclamation des résultats et de la remise des trophées. La chanteuse marocaine Latifa Raafat assurera la clôture.

Un choix controversé, mais que les organisateurs justifient par un « rayonnement maghrébin » du Festival de la chanson tunisienne, un objectif qu’ils visent. Nous y reviendrons.