La république des gueux et des ploucs est bel et bien là !

L’avenue Jules Ferry, rebaptisée avenue Habib Bourguiba en 1956, notre avenue des Champs-Elysées à nous, a accueilli aujourd’hui le « marché du producteur au consommateur ». Cette mascarade organisée par l’Union tunisienne de l’agriculture et de la prêche, avec la bénédiction du personnage grotesque qui fait office de gouverneur de Tunis, se poursuivra jusqu’à dimanche prochain. J’espère qu’ils iront jusqu’au bout de leur logique et transformeront cette avenue en un enclos pour moutons les deux semaines qui précéderont la fête de l’Aïd el-Kebir.

C’est le résultat d’un long processus de bédouinisation de la Tunisie, c’est le « couronnement » d’une lente déliquescence, d’un long naufrage qui emporte le pays depuis 1956. Les Tunisiens n’ont pas été foutus de conserver ce que leur a laissé la France, un vaste ensemble de vestiges matériels et immatériels attribuables à une époque qui faisait la grandeur de la France. En effet, depuis des décennies, les immeubles haussmanniens du centre-ville tombent en ruine et s’effondrent dans l’indifférence générale.

Les nouvelles infrastructures fièrement exhibées comme des réussites urbaines cachent mal une urbanisation chaotique qui ne règle aucunement le lancinant problème de l’aménagement du territoire. D’ailleurs, les quartiers qui ont vu le jour après l’indépendance sont inférieurs sur tous les plans à Mutuelleville, Mont-Fleury, Franceville (El Omrane), Saint-Germain (Ezzahra)…

Les fontaines publiques, les jardins publics, notamment celui du Passage et du Belvédère, le parc zoologique et la piscine municipale du Belvédère se sont transformés en des décharges à ciel ouvert. L’école, pour des raisons idéologiques et identitaires, est devenue une usine à fabriquer des crétins analphabètes ayant un penchant pour tout ce qui touche au conformisme intellectuel, au bigotisme et à la misogynie… Et la liste des tares accumulées durant ces dernières décennies est encore longue.

A l’aube de l’indépendance, la Tunisie ressemblait à un département français de la Troisième République. Ensuite, à force de vouloir se distinguer de l’ancienne puissance coloniale, en mettant sans cesse en avant son « arabité » et son « islamité » et en optant pour des politiques bédouinisantes, les Tunisiens ont fait de leur pays un objet de désolation qui nous rappelle fâcheusement les pays les plus sous-développés du monde.

En fait, ce « marché du producteur au consommateur final » n’est pas destiné à satisfaire les besoins des Tunisiens en denrées alimentaires car il ne profitera qu’à quelques habitants de la capitale ; le pays entier ne pourra pas s’approvisionner à l’avenue Bourguiba. Cette entreprise est purement démagogique, son but est de montrer une grande sensibilité aux souffrances des petites gens, notamment en aménageant, par ces temps de pénurie, un marché de vente directe en plein milieu de l’avenue qui symbolise la « Tunisie française » et les élites qui lui sont associées et qui sont honnies autant par cet illuminé de président que par les aigris qui l’entourent.

Donc, rien d’étonnant dans toute cette affligeante mascarade, cela va de pair avec la bédouinisation et la clochardisation rampantes et inexorables du pays. L’ochlocratie bat son plein. La république des gueux et des ploucs est bel et bien là ! Souriez, vous êtes en B*ugn*ulie ! 🙂

Pierrot LeFou