Tunisie

La propreté : une priorité nationale à ne pas négliger.

Le Président Kaïs Saïed a exigé des actions de propreté continues et a averti que tout manquement sera sanctionné. En novembre 2025, il a dénoncé une situation « anormale » liée à un défaut d’exécution dans la collecte des déchets, appelant à intensifier les opérations de nettoyage.

Finies les campagnes ponctuelles de nettoyage. Le Président demande des actions de propreté continues, responsabilise les municipalités et avertit que tout manquement sera sanctionné.

La Presse — De larges campagnes de propreté ont été lancées dans presque tous les gouvernorats, suite aux récentes instructions du Président Kaïs Saïed. Lors d’un entretien au Palais de Carthage avec le ministre de l’Intérieur, Khaled Nouri, le Chef de l’État a souligné l’importance d’une action «pérenne et continue» pour arrêter l’accumulation des déchets.

Absence de suivi rigoureux et de mécanismes durables

Cependant, sur le terrain, le scepticisme demeure bien ancré. Beaucoup craignent la répétition d’un scénario désormais familier, à savoir des opérations de nettoyage ponctuelles, souvent médiatisées, dont les effets disparaissent aussi rapidement qu’ils apparaissent. L’expérience passée alimente cette méfiance.

Des campagnes telles que «Nos médinas sans plastique» lancée en 2024, «Nadhef Bledek» en 2019, ainsi que les initiatives de «Week-ends propres» organisées dans certaines régions, montrent que les appellations changent, les slogans se renouvellent, mais la réalité reste inchangée. En quelques jours seulement, les tas d’ordures réapparaissent, souvent aux mêmes endroits, et les villes retombent dans la même situation, donnant l’impression d’un recommencement perpétuel.

Autre illustration de la persistance du problème, malgré les directives les plus élevées de l’État, en novembre 2025, le Président Kaïs Saïed a exhorté, lors d’un entretien avec le ministre de l’Intérieur Khaled Nouri, à intensifier les opérations de collecte des déchets, dénonçant une situation «anormale» liée à un défaut d’exécution malgré les moyens disponibles.

Il a également souligné la responsabilité de lobbys accusés d’avoir saboté l’élan citoyen né après 2019 et de continuer à entretenir le désordre, promettant de mettre un terme à ces pratiques, qu’il s’agisse des déchets ménagers ou des gravats envahissant l’espace public. Certains responsables municipaux ont été limogés à la suite de ces directives, mais d’autres ont pris leur place avec les mêmes équipes. Rien n’a changé, ou presque.

Faute de suivi rigoureux et de mécanismes durables, ces campagnes se sont essoufflées avant de disparaître des priorités. Dans ce contexte, la gestion de la propreté reste souvent limitée à une approche administrative, où certains responsables municipaux privilégient le traitement ponctuel du problème plutôt qu’une vision stratégique à long terme. Pourtant, l’enjeu dépasse largement le simple cadre esthétique.

Il est essentiel de préciser que la propreté urbaine conditionne la santé publique, l’attractivité économique et touristique, ainsi que la qualité de vie des citoyens. Une ville propre inspire confiance, favorise l’investissement et renforce le sentiment d’appartenance, tandis qu’un environnement dégradé alimente le désengagement et fragilise les dynamiques locales. En ce sens, négliger ce sujet revient à sous-estimer un levier fondamental du développement durable et de la gouvernance territoriale.

L’obligation de résultat et la responsabilisation face à la culture de l’excuse

«Les opérations de propreté ne sauraient se limiter à des campagnes ponctuelles, mais doivent être menées sans interruption», a martelé le Président de la République lors de la récente réunion avec le ministre de l’Intérieur, dénonçant une situation qu’il juge inacceptable. Il a rejeté les justifications liées au manque de matériel pour expliquer l’arrêt de la collecte des déchets, s’interrogeant sur la disponibilité de ces équipements au début des campagnes puis sur leur disparition. Qualifiant la situation d’«anormale».

Kaïs Saïed a appelé les responsables à assumer pleinement leurs fonctions, avertissant que toute défaillance sera sanctionnée. Il a par ailleurs refusé de rendre les citoyens responsables de l’insalubrité, saluant au contraire les initiatives de nombreux Tunisiens en faveur de la propreté. Les responsables municipaux se sont accoutumés à rendre les citoyens responsables et à se cacher derrière l’incivisme pour masquer leurs propres défaillances, une dérobade désormais inacceptable.

Ces directives mettent en lumière un problème structurel caractérisé par l’absence de volonté de gestion chez certains responsables et secrétaires généraux des municipalités, ce qui a conduit, comme mentionné précédemment, au limogeage de plusieurs d’entre eux ces derniers mois. Le Président souligne ainsi que la lutte contre l’insalubrité ne peut réussir sans un engagement réel des autorités locales, capables de traduire les initiatives citoyennes en actions concrètes et durables sur le terrain.

Par ailleurs, cette exigence de responsabilisation coïncide avec l’annonce d’un important marché de 100 millions de dinars conclu par le ministère de l’Intérieur, destiné à renforcer la propreté et la protection de l’environnement. Le programme prévoit notamment l’acquisition de nouveaux équipements et la suppression des décharges anarchiques dans plusieurs régions du pays.

S’inscrivant dans une stratégie nationale, cette opération vise à soutenir 78 municipalités et à réduire les contraintes auxquelles elles sont confrontées, notamment par la remise en état des équipements défectueux et le renforcement des moyens consacrés aux opérations de nettoyage.

L’enjeu des municipales au cœur du débat

La question de la propreté et de l’efficacité des municipalités n’est pas restée sans écho suite à l’intervention du Président de la République. Parallèlement, la Commission de l’investissement et de la coopération internationale à l’ARP a également auditionné des représentants du ministère de l’Intérieur sur l’investissement municipal, soulignant le rôle central des communes dans le développement, malgré de nombreuses difficultés.

A cet égard, plusieurs chiffres ont été évoqués, portant sur le nombre de municipalités qui est passé de 264 en 2010 à 350 aujourd’hui, ce qui soulève de nombreuses problématiques nécessitant un traitement, notamment sur les plans organisationnel et administratif. Il a également été mentionné que le nombre de cadres et d’agents municipaux a diminué, passant de plus de 32.000 en 2010 à 29.000, en raison de l’arrêt des recrutements, une situation touchant toutes les catégories de personnel. Sur le plan financier, les municipalités disposent de moyens limités (1,2 % du budget de l’État), avec des déséquilibres importants.

Face à ce constat préoccupant et au mécontentement croissant des citoyens concernant les déchets qui envahissent les rues, plusieurs voix se lèvent pour réclamer des élections municipales. Dans ce contexte, et en réponse aux propos du Président de la République sur la propreté, lors de sa rencontre avec le ministre de l’Intérieur, Mohamed Amine Ouerghi, membre de la commission des finances de l’Assemblée des représentants du peuple, a confirmé que la solution ne réside pas dans des campagnes ponctuelles, mais dans l’organisation urgente d’élections municipales et la mise en place de conseils élus capables de gérer et de prendre des décisions.

Cependant, l’expérience des élections municipales depuis 2011 montre que le simple renouvellement des conseils n’a pas suffi à améliorer durablement la gestion des déchets. La politisation marquée de l’action municipale a souvent éclipsé les priorités locales, reléguant les enjeux de propreté et d’entretien urbain au second plan. Les décisions ont trop souvent été guidées par des considérations partisanes plutôt que par l’efficacité des services, limitant ainsi l’impact des conseils élus sur la qualité de vie dans les quartiers et alimentant la frustration des citoyens face à l’accumulation persistante des déchets.

Rompre avec l’intermittence

En élevant la propreté au rang de priorité nationale, le Président Kaïs Saïed met surtout l’accent sur l’exigence de responsabilité. Le temps des campagnes d’affichage et des opérations ponctuelles semble désormais révolu. Conformément aux orientations présidentielles, l’action municipale doit rompre avec l’intermittence pour s’inscrire dans une logique de continuité, d’efficacité et de résultats mesurables.

Le message adressé aux responsables locaux est clair. Désormais, la propreté ne sera plus un choix de gestion, mais une obligation de service public, dont les manquements ne sauraient être tolérés. Cette exigence est d’autant plus pressante que Tunis a été désignée Capitale arabe du tourisme pour 2027 lors de la 28e session du Conseil ministériel arabe du Tourisme à Bagdad en décembre 2025.

En d’autres termes, au-delà des annonces, c’est la régularité et l’anticipation qui feront la différence, car, comme le dit l’adage, rien ne sert de courir, il faut partir à point.