La BCT ajuste son taux directeur en 2026 : soutien mesuré.
La BCT a décidé d’abaisser son taux directeur de 50 points de base à 7 %, une décision entrée en vigueur le 7 janvier 2026. En novembre 2025, le taux d’inflation annuel était de 4,9 %, son niveau le plus bas depuis près de quatre ans.

La Banque centrale de Tunisie (BCT) a pris la décision de réduire son taux directeur de 50 points de base, le portant ainsi à 7 %, dans le cadre d’une politique d’assouplissement monétaire visant à soutenir l’activité économique. Cette décision intervient à un moment critique pour l’économie tunisienne, coïncidant avec le lancement du Plan de développement 2026-2030, et elle suscite des avis partagés.
La Presse — Le Conseil d’administration de la BCT a décidé d’une diminution de son taux directeur de 50 points de base pour l’ajuster à 7 %, affichant un assouplissement monétaire modéré ayant pour objectif de stimuler l’activité économique. Cette décision, applicable depuis le 7 janvier 2026, survient à un moment jugé décisif pour l’économie tunisienne, marquée par le lancement du Plan de développement 2026-2030, qui se concentre sur la relance de l’investissement productif et la poursuite des réformes structurelles. Ridha Mrabet, ancien président-directeur général d’une Société de capital-risque régionale, analyse les implications et les limites de cette mesure.
Cette réduction s’inscrit dans la continuité de celle intervenue en mars 2025, alors qu’un processus de désinflation est en cours.
Le taux d’inflation annuel a atteint 4,9 % en novembre 2025, son niveau le plus bas en près de quatre ans, tandis que la croissance économique a ralenti au troisième trimestre, s’établissant à 2,4 % en glissement annuel. Cette tendance est principalement portée par l’agriculture, les services — notamment le tourisme — et certaines branches industrielles, mais elle révèle des fragilités persistantes, la croissance hors agriculture n’ayant pas dépassé 1,5 %, souligne Ridha Mrabet.
Parallèlement, le déficit commercial a augmenté, atteignant 20,168 milliards de dinars durant les onze premiers mois de 2025, contre 16,758 milliards de dinars pour la même période en 2024. Malgré cette aggravation, la balance des paiements a pu bénéficier de ressources alternatives, notamment grâce à la solidité des recettes touristiques et des transferts des Tunisiens vivant à l’étranger.
Ainsi, le déficit du compte courant s’est chiffré à 4,188 milliards de dinars à la fin novembre 2025, correspondant à 2,4 % du PIB, tandis que les réserves nettes en devises ont atteint 25,5 milliards de dinars au 29 décembre 2025, soit l’équivalent de 108 jours d’importations.
Une baisse considérée comme nécessaire mais limitée
Dans ce contexte, la BCT a réaffirmé sa détermination à renforcer les avancées réalisées en 2025 et à les inscrire dans un cadre durable, tout en se disant prête à ajuster sa politique monétaire en fonction des évolutions des perspectives d’inflation et des risques pesant sur la stabilité macroéconomique.
Cependant, Ridha Mrabet souligne que, malgré le caractère symbolique de cette baisse de 50 points de base, représentant une réduction relative d’environ 6,7 %, son impact réel reste limité. D’après lui, cette décision ne suffira pas à libérer de manière significative la consommation, l’investissement, l’épargne et les exportations.
Il précise que, bien que l’ambition affichée soit de réduire le coût du financement de la consommation et de l’investissement, une baisse de cette ampleur reste marginale par rapport à d’autres facteurs de coût de l’investissement. Le coût du crédit, indique-t-il, n’est qu’un facteur secondaire face à des contraintes plus lourdes, telles que la complexité des procédures de financement, la hausse des prix des matières premières et des équipements importés, ou encore la pression fiscale particulièrement élevée en Tunisie.
De plus, la diminution des taux d’intérêt sur les dépôts pourrait encourager les ménages à privilégier la consommation au détriment de l’épargne, qui constitue l’une des principales sources de financement de l’investissement. Comme le rappelle Ridha Mrabet, le taux d’épargne nationale est déjà tombé à près de 5 % du PIB, contre plus de 20 % avant 2011. Dans ce contexte, une reprise de l’inflation demeure possible si l’investissement productif ne suit pas pour répondre à la demande locale et soutenir les exportations. Une telle situation pourrait accentuer la pression sur le taux de change, par une augmentation de la demande de devises pour financer les importations.
Des contraintes structurelles toujours dominantes
La réduction du taux directeur est certes nécessaire, mais elle est loin d’être suffisante pour stimuler l’investissement et la consommation ou pour raviver la croissance, notamment dans des secteurs clés comme l’industrie, l’immobilier et les services. En comparaison, l’ampleur cumulée des baisses réalisées en Tunisie reste modeste par rapport à celles observées dans d’autres économies, telles que les États-Unis.
En matière d’investissement, l’impact pourrait être légèrement positif pour les grands projets. En revanche, pour les PME, Mrabet se montre plus pessimiste. D’après lui, la réduction décidée par la BCT ne constitue que 4 à 5 % du coût total du financement, alors que les vraies difficultés résident dans les délais de remboursement, les conditions d’accès au crédit et l’endettement élevé, au point où de nombreuses PME rencontrent déjà des difficultés pour rembourser le principal de leurs dettes.
Il fait également remarquer que le système financier tunisien est de plus en plus engagé pour financer le budget de l’Etat et les entreprises publiques, souvent au détriment du secteur privé, qui est pourtant le principal créateur de richesse et d’emplois. À cela s’ajoutent de lourdes contraintes structurelles : une pression fiscale excessive, une instabilité réglementaire, une complexité administrative, une faible productivité, un manque d’innovation, ainsi qu’un déficit budgétaire et un endettement public élevés, sans oublier une inflation persistante accompagnée d’une érosion du pouvoir d’achat.
Dans ce cadre, l’assouplissement monétaire par une réduction de 50 points de base représente, selon Ridha, un signal positif de réorientation de la politique monétaire. Cependant, il souligne la nécessité d’aller plus loin, notamment par des réductions plus audacieuses du taux directeur, de l’ordre de 200 points de base, associées à des mesures courageuses pour assainir l’environnement économique.
Il faut donc orienter l’épargne vers l’investissement productif et renforcer la compétitivité des exportations, tout en prenant en compte les exigences de la transition énergétique, environnementale et de l’économie circulaire. En conclusion, bien que la décision de la BCT reflète une volonté de soutenir l’économie, son impact sur la relance reste, d’après lui, trop limité pour activer les moteurs de croissance essentiels.
Dans un contexte encore contrasté et vulnérable, seule une action monétaire plus déterminée, étroitement coordonnée avec les politiques budgétaires, ainsi qu’une amélioration substantielle de l’écosystème d’investissement, pourrait engendrer des effets durables sur la dynamique économique.

