Kais Ben Farhat : La photographie ne se limite pas à l’émotion.
Kais Ben Farhat participe actuellement à une exposition collective à la Galerie Mille Feuilles, dont le vernissage a eu lieu le dimanche 1er février. L’artiste a commencé sa carrière avec un simple appareil photo jetable acquis lors d’une colonie de vacances et a obtenu le deuxième Prix Canon en 2008, après six mois de cours à l’Académie des Arts de Carthage.
« Je mets de mon âme dans mes photographies », a partagé l’artiste. « J’ai photographié la souffrance dans les bidonvilles, les bars, les hôpitaux psychiatriques… Je suis sensible à la misère dans un sens existentiel, pas financier. »
La Presse — Le photographe tunisien Kais Ben Farhat est actuellement impliqué dans une exposition collective à la Galerie Mille Feuilles. Bien que le thème principal soit « les murs », ses œuvres transcendent une simple interprétation pour devenir une forme d’expression personnelle et un questionnement sur l’existence.
Le parcours de Kais Ben Farhat est particulièrement riche, avec 5 expositions personnelles, une quarantaine d’expositions collectives et 4 prix nationaux. Cette passion, qui remonte à longtemps, a débuté avec un appareil photo jetable acheté lors d’une colonie de vacances, comme il l’a expliqué. « Mon enfance a été marquée par un sentiment d’incompréhension et une hypersensibilité qui m’ont naturellement orienté vers l’art. »
Pour entamer une formation spécialisée, il a été questionné sur divers domaines tels que le design et le cinéma, mais il a été remarqué pour son intérêt accru envers la photographie. L’artiste renommé, Hamieddine Bouli, a pris Kais Ben Farhat sous son aile. Suivant les cours à l’Académie des Arts de Carthage avec un engagement et un enthousiasme sans faille, il a remporté le deuxième Prix Canon après seulement 6 mois, en 2008. L’année suivante, il a commencé à exposer. Il a obtenu un BTP en photographie et a poursuivi sa quête artistique avec passion et détermination. « Sur des dizaines d’apprenants, trois ou quatre continuent à persévérer et à faire carrière », a souligné Kais Ben Farhat.
Sa première exposition personnelle a eu lieu en 2011 et portait sur la Révolution tunisienne. Au fil des ans, il a exploré différents styles : photographies pour magazines, photographie de mariage…, avant de se spécialiser dans les expositions, les portraits, l’architecture d’intérieur et la réalisation de formations.
Kais Ben Farhat allie dans ses photographies un regard documentaire et une introspection. Elles reflètent ses pensées, mais surtout ses émotions. Plutôt que de se limiter à des faits ou actions simples, ses clichés abordent souvent des thèmes intimes et profonds : la fragilité, la solitude, la condition humaine, les tensions émotionnelles… « Je mets de mon âme dans mes photographies », a-t-il déclaré.
« J’ai photographié la souffrance dans les bidonvilles, les bars, les hôpitaux psychiatriques… Je suis sensible à la misère dans un sens existentiel, pas financier. » Lorsqu’on lui a demandé s’il souhaitait véhiculer des messages particuliers à travers ses œuvres, il a comparé son approche à celle de « la photographie comme un miroir, à la manière dont Van Gogh se peignait lui-même sur ses toiles. »
« J’ai déjà travaillé sur la mélancolie en 2019 lors d’une exposition personnelle qui était une forme de catharsis. Mon exposition “ Vie de chien ” est un autoportrait à travers les images de chiens errants. Ce n’est pas une défense de la cause animale, comme on pourrait le croire. Je suis quelqu’un de très craintif, tout comme eux. Mais, si l’on s’approche doucement pour gagner ma confiance et que l’on sait m’apprivoiser, je laisse paraître tout le bonheur et l’affection que je peux donner. »
Kais Ben Farhat a choisi de travailler en noir et blanc, qu’il dynamise. Cette vision binaire du monde constitue un langage visuel affirmé, mettant en valeur les textures, les formes et l’intensité de ses sujets. « C’est ma signature. Elle reflète mon tempérament, qui est soit noir, soit blanc, mais jamais gris », a-t-il expliqué.
De plus, il a couvert des dizaines de spectacles sur 7 ans, et présentera en 2024/2025 une grande exposition de photographies de théâtre intitulée Monologue/Monochrome, à la salle Le 4e Art à Tunis. Dans ses œuvres, même la lumière est capturée en noir et blanc. Ce choix esthétique de clair-obscur le limite-t-il ? Pense-t-il à adopter un style plus coloré ? « Jamais », a répondu l’artiste. « C’est ma touche. Je suis spécialiste du noir et blanc. Il y a de grandes agences comme Magnum qui privilégient toujours ce choix, même si l’on pourrait penser que les couleurs ajouteraient plus de joie. »
Les photos sont-elles planifiées à l’avance ou plutôt improvisées ? Kais Ben Farhat a décrit sa méthode : « Je me promène et, lorsque je vois une scène qui m’interpelle, je ne peux pas la manquer ; sinon, je n’en dors pas. Un ami peintre me disait que je n’étais pas passionné, mais habité par la photographie. C’est une carrière qu’on ne peut suivre sans passion. D’autres le font de manière machinale, mais pour ma part, je me laisse guider par mes ressentis et je sens une inspiration inépuisable. Même pour les photos d’architecture d’intérieur, censées être commerciales, on me dit qu’elles portent une touche différente, une âme que j’ai insufflée. » Lorsqu’on lui a demandé ce que représente pour lui « un bon cliché », il a répliqué : « Quand il provoque quelque chose en moi. »
En parallèle de son expression artistique, Kais Ben Farhat partage son savoir et son expérience à travers des ateliers et des formations. Il a pris part à plusieurs workshops avec des photographes internationaux de Magnum Photos, de l’Agence France Presse, et d’autres. De plus, il a animé des master classes au Théâtre national de Tunis et même à la faculté de Médecine.
Un autre talent, pour l’instant moins visible que sa notoriété dans la photographie, est celui de l’écriture. Ce goût se manifeste à travers les textes qu’il publie sur les réseaux sociaux. « On a découvert mon attrait pour l’écriture dès l’âge de six ans, et on m’a encouragé à le développer davantage, mais la photographie a finalement pris le pas. »
L’artiste participe actuellement à l’exposition collective à la Galerie Mille Feuilles à La Marsa, dont le vernissage a eu lieu le dimanche 1er février. Son prochain projet sera-t-il une sixième exposition personnelle ou un livre ? À suivre…

