Kairouan : Les éleveurs ne peuvent plus ignorer le vol de bétail
Le secteur de l’élevage, qui compte 23.000 éleveurs disposant de 800.000 brebis, 58.700 têtes bovines, 34.000 chèvres et 1.000 camélidés, fait face à une recrudescence du vol de bétail et d’équipements agricoles qui menace cette activité socioéconomique très importante. Le 7 février, les forces sécuritaires de Menzel Mhiri, de Bouhajla et de Nassrallah ont saisi deux camionnettes avec du bétail volé et arrêté les deux brigands.

La Presse — Le vol de bétail et d’équipements agricoles est devenu un phénomène inquiétant, dépassant le cadre des faits divers. Le secteur de l’élevage, essentiel pour les 23.000 éleveurs qui possèdent 800.000 brebis, 58.700 bovins, 34.000 chèvres et 1.000 camélidés, est gravement menacé en raison de la hausse constante des vols.
De nombreux éleveurs, accablés, ont été contraints de vendre leur cheptel, se sentant impuissants face aux voleurs qui utilisent fréquemment des véhicules de location, les sièges arrière démontés pour ne pas éveiller les soupçons.
Les opérations sont minutieusement organisées, avec des rôles bien définis : certains volent, d’autres surveillent et transportent les bétails, tandis que d’autres s’occupent de la vente de la viande dans des boucheries clandestines et des restaurants.
Ainsi, l’année dernière, le gouvernorat de Kairouan a enregistré le vol de 6.000 têtes d’ovins et bovins, affectant 500 éleveurs, parmi lesquels des veuves, des personnes âgées vivant dans des zones isolées, ainsi que de jeunes éleveurs responsables de la subsistance de leurs familles.
Les plaintes déposées auprès de la Garde nationale augmentent chaque jour ; quelques gangs organisés ont été appréhendés, et leur butin a été restitué à ses propriétaires.
Cependant, ce fléau persiste, suscitant l’inquiétude de tous les éleveurs, y compris celle des petits bergers dont le métier traditionnel est menacé.
Témoignages
Un éleveur de 76 ans, fatigué de la multiplication des vols, a décidé de vendre son dernier cheptel au souk de bétail de Kairouan.
Cependant, il a été surpris quelques heures après, alors qu’il faisait des courses dans un centre commercial, de découvrir que de nombreux billets étaient contrefaits. Analphabète et ayant fait confiance aux acheteurs falsificateurs sans leur demander de pièce d’identité, cet éleveur a été dupé ; la vente ayant eu lieu tôt le matin.
À Khit El Oued, localité de Haffouz, Ali Hlaïli raconte son expérience : «À l’aube du 25 octobre, des voleurs ont forcé notre porte d’entrée et m’ont enfermé, ainsi que ma femme et mes enfants, dans une pièce verrouillée pour pouvoir voler mon matériel agricole, estimé à 7.000 dinars, ainsi que deux veaux. Ironiquement, lorsqu’un éleveur tente de défendre ses biens et se montre courageux, il se retrouve en prison…».
Dans ce contexte, le 17 février, les habitants de plusieurs localités de la délégation de Nasrallah ont organisé un sit-in pour réclamer une meilleure protection de leur bétail, demandant une augmentation des rondes policières et davantage de véhicules pour les agents de la Garde nationale. De plus, les forces de sécurité de Menzel Mhiri, Bouhajla et Nassrallah ont saisi deux camionnettes de bétail volé et arrêté deux malfaiteurs le 7 février.

