Journée nationale de l’habit traditionnel et de l’artisanat : 35 ans déjà, que faire ?
La Journée nationale de l’habit traditionnel et de l’artisanat a été décrétée depuis 1991. Plus de 50% de l’économie nationale relèvent de l’informel, pesant lourd sur tout secteur organisé.

Depuis 1991, la Journée nationale de l’habit traditionnel et de l’artisanat a été instaurée. Qu’est-ce qui a changé depuis ? Cela fait maintenant 35 ans que cet événement festif, mais statique, semble éloigné de la réalité.
La Presse — Pourquoi célébrons-nous cette journée sans que cela n’entraîne de véritables changements dans la consommation et la commercialisation ? A-t-elle encore un sens ? Sa commémoration annuelle souligne l’aspect ponctuel de la promotion de ce secteur. L’artisanat tunisien semble, cela va sans dire, peu populaire. Bien que nationale, la fête est réduite à une simple cérémonie. Rien de plus !
De la rhétorique politique !
Des défilés de vêtements traditionnels aux spectacles folkloriques, l’essentiel se perd dans des discours politiques vides de contenu. Souvent, ces cérémonies d’hommage incluent des remises de prix accompagnées de discours pompeux dépourvus de projets concrets. En résumé, le contenu de cette journée ne se démarque guère de l’ordinaire. Tellement éphémère qu’il n’a aucune répercussion sur le long terme. De plus, ce 16 mars semble se limiter à un retour nostalgique vers nos traditions vestimentaires.
Bien que cette journée ait été instituée pour promouvoir l’identité culturelle et valoriser un secteur à fort potentiel, elle se réduit déjà au port de vêtements traditionnels dans des lieux fermés, comme nos écoles et l’administration publique. Il ne s’agit pas d’une incitation à l’achat sur le marché local, car nos produits artisanaux ne sont plus accessibles à toutes les bourses et souffrent, de plus, de la contrefaçon et du commerce parallèle. En effet, plus de 50 % de l’économie nationale est informelle, ce qui pèse considérablement sur les secteurs organisés. L’artisanat tunisien, dans toutes ses activités, est gravement affecté par l’essor du prêt-à-porter.
Ce secteur est en crise structurelle depuis des années, sans que des solutions à court ou long terme soient apportées. Les foires et salons, qu’ils aient lieu ici ou ailleurs, ne suffisent pas. Une gestion quotidienne ne change pas la situation. De même, l’accumulation de plans et de stratégies sans mise en œuvre n’apporte rien. Ainsi, l’artisan continue souvent d’être un perdant.
Un projet de réforme est nécessaire
Les artisans et commerçants, endettés, peinent à joindre les deux bouts. La matière première demeure un problème crucial, tandis que le financement est considéré comme essentiel pour le développement du secteur. Il est donc nécessaire d’engager une réforme stratégique pour un secteur aussi authentique, avec un fort potentiel économique, culturel et touristique. Générateur d’environ 300 000 emplois et représentant près de 5 % du PIB, l’aide de l’État est perçue comme cruciale. Par ailleurs, un travail de marketing est indispensable pour redynamiser ce secteur.
En somme, la célébration d’une telle journée devrait recentrer le débat sur l’avenir du secteur et repenser les approches et circuits de sa commercialisation. Certes, l’Office national de l’artisanat a apporté un soutien financier et mis en place des mécanismes promotionnels (villages artisanaux, réseau hub design dans les régions, journées promotionnelles à la Galerie de l’Information à Tunis…), mais il n’a pas compris que la réforme globale doit s’inscrire dans la durée. La politique de bricolage ne profite à personne.
Aujourd’hui, visiter des stands d’exposition, accompagner des délégations à l’étranger ou participer à des événements internationaux sans conclure de véritables accords mutuellement bénéfiques n’aura pas d’impact sur l’avenir du secteur. Tout resterait alors sans effet, tel un pétard mouillé !

