Tunisie

Journée mondiale de l’eau 2026 : La Tunisie ne progresse pas vers la sécurité hydrique

Cette année, la Journée mondiale de l’eau (22 mars) est placée sous le signe : « Là où l’eau coule, l’égalité grandit ». Selon les indicateurs des Nations unies, 2,2 milliards de personnes vivent encore sans accès à une eau potable gérée en toute sécurité.


L’eau, essentielle pour la vie, reste inaccessible à des milliards de personnes. Cette année, la Journée mondiale de l’eau, célébrée le 22 mars, a pour thème : « Là où l’eau coule, l’égalité grandit ».

Un message qui souligne que la crise mondiale de l’eau ne représente pas seulement une urgence environnementale, mais également une crise humaine, exacerbant les inégalités.

Selon les Nations unies, 2,2 milliards de personnes n’ont toujours pas accès à une eau potable gérée de manière sécurisée, comprenant des millions d’enfants, de femmes et des communautés mises de côté.

En réponse, la communauté internationale s’est engagée à garantir un accès universel à l’eau et à l’assainissement d’ici 2030 dans le cadre des Objectifs de développement durable. Toutefois, les avancées demeurent insuffisantes.

À l’échelle mondiale, la crise climatique a perturbé les cycles de l’eau et augmenté la fréquence des événements météorologiques extrêmes. Les experts évoquent désormais un « paradoxe hydrique » : un territoire peut connaître des pluies plus abondantes sur des périodes courtes tout en souffrant d’une insécurité d’approvisionnement hydrique.

Des pluies plus intenses mais de plus courte durée engendrent des inondations, privant les nappes souterraines de recharge, tandis que des sécheresses prolongées épuisent les ressources disponibles.

La pénurie d’eau est une réalité actuelle qui se détériore.

**Des défis de taille**

En Tunisie, les conditions climatiques de 2024 ont fortement impacté les ressources en eau, marquant l’année la plus chaude depuis 1950 et une demande accrue en eau.

Dans de nombreuses régions, les précipitations ont été inférieures à la moyenne annuelle, avec des déficits variant entre 7 et 45 %, et les apports aux barrages ont été de l’ordre de seulement 36 % de la moyenne.

En 2025, la situation s’est quelque peu redressée, avec un taux de remplissage des barrages atteignant 38,7 %, d’après les données de l’Observatoire national de l’agriculture (Onagri).

Les réserves en eau ont crû de 13,5 % comparé à l’année précédente, mais les disparités régionales demeurent importantes.

Les ressources en eau souterraines en Tunisie ont un rôle essentiel, mais avec le manque de ressources de surface, elles sont soumises à des pressions importantes, notamment pour l’irrigation.

La surexploitation des aquifères a augmenté ces dernières années, entraînant une dégradation progressive de la qualité de l’eau et des risques pour la santé des populations, ainsi qu’un risque d’intrusion marine dans les aquifères côtiers.

L’eau verte, représentant 64 % des eaux de pluie, est un élément clé reliant eau, sol et agriculture, avec 92 % de l’agriculture qui en dépend. Cette ressource mérite d’être davantage valorisée.

Le potentiel des eaux usées traitées, évalué à environ 300 Mm³, devrait croître pour atteindre 500 millions d’ici 2050. Pour les eaux saumâtres et l’eau dessalée, le potentiel est passé de 160.000 m³/j en 2023 à 310.000 m³/j en 2024.

Il convient également de noter que l’utilisation d’eaux non conventionnelles est un choix stratégique pour la Tunisie afin d’assurer sa sécurité hydrique d’ici 2050, car ces ressources sont fiables et dureront, bien qu’encore peu exploitées.

La Tunisie fait face à des défis majeurs. Des plans d’action sont établis tant pour la production que pour l’utilisation des ressources en eau. Le transfert des eaux vers les barrages dans le nord est l’une des mesures adoptées, malgré le coût énergétique que cela implique.

En outre, de nouveaux forages sont réalisés pour mobiliser des ressources supplémentaires et atténuer le déficit hydrique. Des efforts sont aussi engagés pour améliorer l’efficacité des infrastructures de distribution d’eau en limitant les fuites et en modernisant les réseaux existants.

Pour le moyen terme, d’importants projets structurels sont en cours dans le cadre des stratégies pour sécuriser les ressources en eau jusqu’en 2050.

**Accès à l’eau : une question d’égalité**

L’eau est cruciale pour la production alimentaire, la santé, les moyens de subsistance et les écosystèmes. Néanmoins, l’accès à l’eau et la gestion des ressources hydriques sont marqués par des inégalités : les femmes, surtout en milieu rural, rencontrent des obstacles importants qui limitent leur accès aux ressources en eau, leur contrôle sur celles-ci et les bénéfices qu’elles peuvent en tirer.

L’AFO souligne qu’« il est impératif de corriger ces inégalités si l’on veut atteindre la sécurité hydrique et alimentaire et concrétiser le développement durable ».

Les femmes et les filles jouent un rôle fondamental dans la production agricole et la gestion de l’eau, que ce soit pour l’irrigation, l’élevage, l’aquaculture ou pour des usages domestiques. Cependant, elles ont souvent moins de contrôle sur l’eau et la terre, et sont exclues des processus de gouvernance liés à l’eau, comme les comités d’usagers ou les associations locales, car elles ne possèdent pas de terres ou ne sont pas reconnues comme chefs de famille.

Ces inégalités engendrent des conséquences sociales et économiques claires. En 2023, les femmes ont perçu en moyenne 18,4 % de moins que les hommes dans les emplois agricoles, mettant en évidence des disparités persistantes dans l’accès aux ressources et aux opportunités. Le changement climatique aggrave ces différences.

« Les femmes doivent influer sur l’avenir de l’eau. Défendre l’égalité femmes-hommes dans la gestion de l’eau agricole n’est pas seulement une question de droits. C’est également un moyen de développement à grande échelle assurant la sécurité hydrique et alimentaire pour tous », souligne l’AFO.

Garantir aux femmes un accès sécurisé à l’eau et à la terre, tout en veillant à leur implication dans la gouvernance de l’eau, améliore la résilience des ménages et des communautés locales.

De même, en favorisant l’accès à l’irrigation, aux financements, aux services et aux connaissances, les agricultrices peuvent améliorer leur productivité, consolider leurs moyens de subsistance et contribuer à la sécurité alimentaire.

Une gouvernance inclusive des ressources en eau conduit également à des résultats plus justes et durables en matière de gestion.

Ces messages sont d’autant plus significatifs en 2026, proclamée année internationale des agricultrices, en reconnaissance de l’importance des femmes dans les systèmes agro-alimentaires à l’échelle mondiale.