IACE : des contraintes institutionnelles rendent l’investissement en Tunisie difficile
Une enquête de l’Institut Arabe des Chefs d’Entreprises (IACE) révèle que 62 % des entreprises interrogées ont atteint leurs objectifs de rentabilité en 2024, malgré des contraintes freinant l’investissement, l’innovation et l’amélioration durable de la productivité. Parmi les principaux obstacles, 44 % des dirigeants évoquent une concurrence informelle jugée particulièrement élevée, tandis que 27 % citent l’accès limité au financement comme un obstacle majeur.
Malgré leur résilience, les entreprises tunisiennes sont fortement entravées par l’incertitude réglementaire, les lourdeurs administratives et des limitations financières et technologiques, selon une nouvelle enquête de l’Institut Arabe des Chefs d’Entreprises (IACE).
Intitulée « CEO 50: Priorités des dirigeants tunisiens face à l’instabilité », cette étude a été réalisée auprès d’une cinquantaine de dirigeants représentant les entreprises tunisiennes les plus influentes dans divers secteurs.
Elle met en lumière un paradoxe : bien que 62 % des entreprises interrogées aient atteint leurs objectifs de rentabilité en 2024, ce qui reflète une certaine résilience opérationnelle du secteur privé, de nombreuses contraintes continuent d’entraver l’investissement, l’innovation et l’amélioration durable de la productivité.
Parmi les principaux obstacles, les dirigeants mentionnent la fiscalité fluctuante, la lenteur administrative, le manque de visibilité sur l’évolution des règles et les réformes partielles sans cohérence globale.
Dans ce contexte, l’IACE souligne que la planification à moyen et long terme devient particulièrement difficile, renforçant l’aversion au risque et une prudence structurelle dans les décisions d’investissement et d’innovation.
Face à cette incertitude, les entreprises choisissent une stratégie d’optimisation prudente, axée sur la consolidation des activités existantes, l’amélioration de la productivité et le maintien de marges opérationnelles solides.
Les investissements se concentrent principalement sur le remplacement d’équipements amortis (46 %) et l’extension du périmètre existant (33 %), tandis que l’innovation (12 %) et la diversification (9 %) demeurent marginales. Cette répartition traduit une approche visant à sécuriser la performance immédiate tout en limitant l’exposition aux risques institutionnels.
L’enquête met également en évidence plusieurs vulnérabilités structurelles qui freinent l’expansion et la transformation productive des entreprises tunisiennes. Les dirigeants interrogés soulignent notamment une capacité d’innovation perçue comme limitée (31 %), due à la fragmentation des écosystèmes technologiques et à une insuffisante articulation entre universités, centres de recherche et tissu industriel.
La concurrence informelle, jugée particulièrement élevée par 44 % des répondants, exerce une pression sur les marges et réduit l’intérêt économique d’investir dans la différenciation et la montée en gamme. De plus, 27 % des dirigeants citent l’accès limité au financement comme un obstacle majeur.
Pour l’IACE, ces éléments mettent en lumière l’urgence d’interventions publiques ciblées, en particulier la stabilisation du cadre réglementaire et fiscal, la simplification administrative, le renforcement du financement productif, la facilitation de l’accès au crédit pour les projets innovants et à forte valeur ajoutée, ainsi que le soutien à la modernisation technologique et infrastructurelle.
L’Institut recommande également de clarifier les règles et de publier des trajectoires de réformes pour renforcer la confiance des entreprises, de réduire les délais et les coûts de conformité via la numérisation et le guichet unique, de développer des mécanismes d’incitation pour l’innovation et la diversification, ainsi que de promouvoir des technologies de rupture et des écosystèmes collaboratifs.
Il appelle enfin à une approche intégrée des réformes pour transformer les contraintes actuelles en opportunités de croissance durable.

