Tunisie

Histoire militaire tunisienne : quatre musées ouverts gratuitement demain

Des musées militaires ouvriront gratuitement leurs portes au public demain vendredi 20 mars 2026 à l’occasion de la célébration par la Tunisie le 70ème anniversaire de l’indépendance le 20 mars 1956. Le Musée de la Marine de Ras El Blat, à Bizerte, a été inauguré le 31 décembre 2022 et s’impose désormais comme le sanctuaire de la mémoire maritime nationale.

Demain, vendredi 20 mars 2026, des musées militaires ouvriront leurs portes gratuitement au public pour commémorer le 70ème anniversaire de l’indépendance de la Tunisie, survenue le 20 mars 1956.

Les visiteurs pourront explorer divers aspects de l’histoire militaire tunisienne, dont les origines remontent à la civilisation carthaginoise, en découvrant les quatre musées sous l’administration du ministère de la Défense nationale et supervisés par la Direction du patrimoine, de l’information et de la culture.

Cette initiative a pour but d’inciter les citoyens, en particulier les enfants et les jeunes, à s’informer sur les grandes étapes de l’histoire militaire nationale tunisienne à travers les expositions de ces musées, qui racontent l’histoire des soldats tunisiens depuis la période carthaginoise jusqu’à l’époque moderne, ainsi que leur rôle dans les événements clés de l’histoire de la Tunisie.

Les musées ouverts à la visite sont le Musée de la Marine de Ras El Blat à Bizerte, le Musée Militaire National – Palais de la Rose à la Manouba, le Musée Militaire de la ligne défensive de Mareth et le Musée de la Mémoire Commune Tuniso-Algérienne à Ghardimaou.

Bizerte : Le Musée de la Marine de Ras El Blat, gardien de l’histoire navale tunisienne

Inauguré le 31 décembre 2022, le Musée de la Marine de Ras El Blat à Bizerte est devenu le lieu de mémoire de l’histoire maritime nationale. Avec un parcours chronologique de l’Antiquité à nos jours, ce musée met en valeur des collections uniques qui retracent l’histoire de la Marine tunisienne.

Les visiteurs peuvent y découvrir une immersion exceptionnelle à travers des maquettes, de rares cartes nautiques anciennes, des archives photographiques et des œuvres d’art, en plus de matériel d’armement et d’instruments de navigation peu communs. Bien plus qu’une simple exposition, la scénographie souligne l’enracinement maritime des Tunisiens, illustrant une tradition millénaire de défense côtière en Méditerranée, soutenue par un réseau stratégique de fortifications et de bâtiments de guerre.

Le Musée Militaire National – Palais de la Rose à la Manouba

Construit en 1798 sous le règne du bey husseinite Hammouda Pacha (1782 – 1814), le Palais de la Rose est l’une des plus grandes œuvres de l’architecture tunisienne. Il était initialement connu sous les noms de « Grand Palais » ou « Borj El Kebîr » par la population.

Au fil de son histoire, ce palais a rempli de nombreuses fonctions. Il a d’abord servi de lieu de repos et de promenades printanières, avant de devenir un endroit de villégiature estivale, et plus tard, une résidence pour des personnes influentes en visite en Tunisie.

Sous le règne d’Ahmed bey (1837 – 1855), le Palais de la Rose a accueilli dès 1839 – 1840 la caserne de l’artillerie, puis celle de la cavalerie. Plus tard, il a été utilisé comme résidence pour des fonctionnaires étrangers de l’école de guerre du Bardo durant les deux périodes d’ouverture (1840 – 1853 et 1859 -1866).

En 1881, le Palais de la Rose a servi de quartier général pour les troupes d’occupation française. Pendant la Deuxième Guerre Mondiale, il a été utilisé à des fins militaires par les troupes de l’Axe (novembre 1942 – mai 1943), puis par les unités de l’armée française. Après l’Indépendance, le Palais a abrité l’école des sous-officiers et est devenu le siège du commandement de l’unité des travaux et de l’administration relevant de la Direction de l’Habillement et des Subsistances.

Tout au long de son histoire, et particulièrement depuis l’indépendance, le Palais de la Rose a été l’objet de plusieurs travaux de conservation et de restauration, le dernier ayant débuté en 1977. Grâce aux efforts du Ministère de la Défense Nationale, qui a pris en charge les travaux de réhabilitation, le palais a retrouvé sa splendeur. Par la suite, il a été décidé de le transformer en musée militaire.

Le Palais de la Rose a été créé en vertu de la loi 106 / 86, en date du 31 décembre 1986. Sa mission est de préserver, de présenter et d’enrichir le patrimoine historique militaire afin de perpétuer la mémoire de ceux qui ont donné leur vie pour la patrie.

Le musée a été inauguré le 25 juin 1984, après les travaux de restauration, mais n’a ouvert ses portes au public que le 24 juin 1989, à l’occasion du 33ème anniversaire de la création de l’armée nationale.

Le musée militaire national possède pour plus de 23 000 objets d’une richesse indéniable, incluant des armes blanches, des armes à feu, des peintures à l’huile, des bas-reliefs, des maquettes de batailles, des modèles de navires de guerre, des boucliers, des canons, des avions et des armes lourdes, représentant pratiquement toutes les époques de l’histoire militaire de la Tunisie. Une part importante de ces armes, datant du XIXe siècle, a été utilisée par les troupes tunisiennes lors de la guerre de Crimée en 1854, aux côtés de l’Empire ottoman contre l’Empire russe.

Les diverses collections d’objets historiques sont organisées et exposées dans les différentes salles du palais suivant un ordre chronologique reflétant plus de 3 000 ans d’histoire de notre pays.

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Le Musée Militaire de la ligne défensive de Mareth

La ligne défensive de Mareth se trouve dans le sud de la Tunisie, dans la région de Mareth-Toujane, dans le gouvernorat de Gabès. Elle a été cruciale lors des opérations durant la Campagne de Tunisie (novembre 1942-mai 1943).

Les forces françaises ont édifié cette ligne défensive entre 1936 et 1940 pour parer à une possible attaque de la Tunisie par les forces italiennes à partir de la Libye, qui était alors une colonie italienne.

Surnommée « ligne Maginot du désert », la ligne défensive de Mareth s’étend sur 45 km et relie la mer aux monts de Matmata, en suivant l’Oued Zigzaou. Les fortifications comprennent 40 casemates d’infanterie, 8 grandes casemates d’artillerie, 15 postes de commandement et 28 points d’appui.

Ces structures en béton ont été renforcées par des canons antichars et des canons antiaériens. En plus des casemates, des fossés antichars ont été creusés, des barbelés ont été installés, et des champs de mines ont été aménagés.

À la suite de la défaite française en juin 1940, après l’occupation allemande de territoires français et la signature des traités d’armistice franco-allemand et franco-italien, une commission technique germano-italienne a été chargée de démilitariser la ligne défensive de Mareth.

Après avoir subi une défaite face à la VIIIème armée britannique dirigée par le Général Montgomery à la bataille d’El Alamein le 4 octobre 1942, les forces germano-italiennes commandées par le Maréchal Rommel ont commencé à se replier vers la Tunisie à travers la Tripolitaine.

Le Haut Commandement de l’Axe a alors ordonné de réarmer et de renforcer la ligne de Mareth pour permettre à Rommel d’y ralentir l’avance de la VIIIème armée britannique, de novembre 1942 à mars 1943. Cette opération a mobilisé sept mille soldats et civils, permettant de réaliser 25 km de fossés antichars, d’aménager les rivières et les berges de l’oued Zigzaou et de poser 100 km de barbelés, 10 000 mines antichars et 70 000 mines antipersonnel.

Grâce à ce réarmement et aux renforts, la ligne de Mareth est devenue un obstacle majeur, surtout pendant les crues de l’oued Zigzaou.

La bataille de Mareth s’est déroulée en mars 1943, coïncidant avec la pression exercée par les forces alliées, dirigées par le Général Anderson, sur les forces de l’Axe conduites par le Général Von Arnim, et le début de la dominance maritime et aérienne des forces alliées en Méditerranée.

Les effectifs pendant cette bataille s’élevaient à environ 240 000 hommes, dont 160 000 étaient des forces alliées et 76 000 des forces de l’Axe.

Les forces alliées disposaient de 750 chars, 700 pièces d’artillerie de campagne, 1 000 canons antichars, 535 avions, en plus des navires de guerre.

En revanche, les forces de l’Axe avaient à leur disposition 150 chars, 450 pièces d’artillerie, 500 canons antichars et 123 avions.

La bataille de Mareth a commencé le 16 mars 1943, lorsque la VIIIème armée a lancé son attaque sur la ligne défensive de Mareth selon deux axes : le premier le long de la côte entre Mareth et la mer, le second en contournant par le plateau du Dahar tunisien.

La lutte a été particulièrement intense les 20 et 21 mars 1943, lorsque la VIIIème armée britannique a tenté de franchir l’Oued Zigzaou, face à une résistance farouche des forces de l’Axe commandées par le Général Messe.

La bataille s’est conclue le 28 mars 1943, après que les forces britanniques aient réussi leur opération de contournement à travers le col d’El Hamma-Tebaga, ce qui a contraint les forces de l’Axe à abandonner leurs positions sur la ligne de Mareth et à se replier vers le nord.

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Le Musée de la Mémoire Commune Tuniso-Algérienne à Ghardimaou

Le Musée de la Mémoire Commune Tuniso-Algérienne à Ghardimaou est situé dans les bâtiments qui ont servi de quartier général à la Révolution algérienne durant la Guerre de Libération (1954-1962).

L’exposition muséographique présente des documents d’archives, des photos, des cartes, des armes, ainsi que des supports audiovisuels relatifs à la situation géopolitique des pays du Maghreb à la fin de l’année 1954, aux différentes phases de la révolution et à l’établissement de l’État-Major Général jusqu’à la vie quotidienne du commandement politique et militaire.

Le musée permet également de découvrir le soutien politique, militaire et social de la Tunisie à la Révolution algérienne de 1954 à 1962, ainsi que l’utilisation du territoire tunisien comme base arrière pour l’Armée et le Front de Libération Nationale, tout en offrant une visite virtuelle des différentes composantes du musée.

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