Tunisie

Hausse des engrais et du blé : tensions sur les équilibres agricoles.

Les prix des engrais et des céréales connaissent des fluctuations influençant les marchés agricoles, et la Tunisie, en tant que pays importateur, doit adapter ses politiques et ses pratiques agricoles. Faouzi Zayani a déclaré que l’absence de politiques agricoles ambitieuses et cohérentes a renforcé la dépendance aux importations d’énergie, d’engrais et de céréales en Tunisie.

Dans un contexte international où les tensions géopolitiques et les perturbations des chaînes d’approvisionnement sont omniprésentes, les prix des engrais et des céréales fluctuent, impactant directement les marchés agricoles.

Pour la Tunisie, qui est un pays importateur, ces variations se produisent dans un cadre économique et climatique en mutation, nécessitant une adaptation progressive des politiques et des pratiques agricoles.

La Presse —Actuellement, le monde est confronté à une intensification des tensions entre l’Iran et les États-Unis, phénomène qui a débuté fin février 2026, et qui fragilise considérablement les équilibres agricoles mondiaux.

Dans ce contexte, Faouzi Zayani, expert en politiques agricoles et en développement durable, a indiqué que la désorganisation des chaînes d’approvisionnement en engrais et en céréales, couplée à la flambée des prix de l’énergie, engendre d’importantes incertitudes sur la sécurité alimentaire à l’échelle mondiale.

Pour les pays comme la Tunisie, qui dépendent fortement des importations, ces perturbations se traduisent par une augmentation marquée des coûts de production, une pression accrue sur les prix à la consommation, ainsi qu’un risque d’inflation persistante.

Il a ainsi mis en garde contre la vulnérabilité structurelle du modèle agricole tunisien, soulignant l’urgence de réformes profondes pour renforcer la souveraineté alimentaire et la résilience du secteur.

Le conflit a considérablement perturbé les flux mondiaux d’engrais et de céréales, notamment à cause de l’importance stratégique du détroit d’Ormuz, par lequel transite environ un tiers du commerce international d’engrais.

Le blocage partiel des flux de gaz naturel et de pétrole a provoqué une hausse spectaculaire des prix du gaz, indispensable à la fabrication des engrais.

Cette situation a eu un impact direct sur les marchés, avec une augmentation d’environ 40 % des prix de l’urée en quelques jours. Selon Faouzi Zayani, cette évolution constitue un signal d’alerte majeur pour les économies les plus vulnérables aux chocs extérieurs.

Les pays en développement, dont la sécurité alimentaire dépend largement des importations, se trouvent dans une position précaire. La Tunisie illustre cette réalité : les agriculteurs doivent faire face à des pénuries ainsi qu’à une hausse des coûts des engrais et des carburants, ce qui augmente le coût de production du blé et impacte les prix de consommation.

Il a souligné que cette dépendance expose le pays aux fluctuations des marchés internationaux et aux crises géopolitiques, posant ainsi un risque majeur pour sa stabilité économique.

La poursuite des hostilités et les attaques ciblant les infrastructures énergétiques pourraient renforcer les tensions sur l’approvisionnement mondial. La hausse des prix de l’énergie entraîne effectivement une augmentation des coûts de production des engrais, du transport et, par effet de chaîne, des coûts de production agricole. L’expert a précisé que cette dynamique laisse présager une pression accrue sur les prix dans les mois à venir.

Toutefois, les difficultés actuelles mettent en lumière des fragilités structurelles, notamment dans les pays en développement. En Tunisie, l’absence de politiques agricoles ambitieuses et cohérentes a accru la dépendance aux importations d’énergie, d’engrais et de céréales.

Cette situation est exacerbée par les conséquences du changement climatique, se traduisant par une fréquence accrue des sécheresses et une élévation des températures, ce qui impacte particulièrement la production de céréales. Faouzi Zayani a affirmé que, sans réforme structurelle, cette dépendance est appelée à s’intensifier.

L’augmentation des coûts de production constitue un autre facteur aggravant. Les intrants agricoles, importés, voient leurs prix augmenter du fait de la crise, ce qui pèse directement sur les agriculteurs. Parallèlement, la Tunisie importe en moyenne environ 40 % de ses besoins en céréales, ce qui la rend particulièrement vulnérable à l’inflation importée.

Les mécanismes de subvention mis en place par l’État peuvent évaluer temporairement les effets de cette hausse, mais ne corrigent pas les déséquilibres structurels du secteur. Il a rappelé que ces mesures demeurent insuffisantes en l’absence de réformes profondes.

La dépendance alimentaire reste ainsi un facteur clé de vulnérabilité. Même dans les meilleures conditions, la Tunisie ne couvre qu’environ 60 % de ses besoins en céréales, signifiant que toute hausse des prix internationaux se répercute rapidement sur le marché intérieur. Selon lui, cette situation accentue les inégalités et fragilise davantage la cohésion sociale.

À ces difficultés s’ajoute la faible rentabilité de l’agriculture, particulièrement dans la filière céréalière, ainsi que les dysfonctionnements des réseaux de distribution. Face à la montée des prix des intrants ou à leur rareté, les agriculteurs réduisent leur utilisation d’engrais, entraînant une baisse des rendements.

De plus, la multiplicité des intermédiaires pénalise tant les producteurs que les consommateurs. Il a ajouté que la modernisation de ces réseaux est un levier essentiel pour améliorer l’efficacité du secteur.

Il est donc crucial pour la Tunisie d’anticiper ces évolutions en instaurant un plan national de sécurité pour la production agricole. Faouzi Zayani a estimé que cet objectif ne peut être réalisé sans une réduction significative de la dépendance aux importations et un renforcement de l’autonomie agricole et énergétique.

Pour y parvenir, plusieurs axes stratégiques doivent être envisagés. Il s’agit d’abord de privilégier une production locale axée sur les cultures stratégiques, comme les céréales, les fourrages et les productions animales, tout en évitant des importations excessives.

Cette approche est d’autant plus cruciale que les importations, en devises étrangères, deviennent plus coûteuses en période de crise, aggravant l’inflation.

Il a aussi recommandé de repenser les modèles agricoles, notamment en réduisant les cultures d’exportation qui consomment beaucoup d’eau dans un contexte de stress hydrique croissant. Il a souligné que l’innovation représente un facteur clé pour transformer le modèle agricole.

De même, une adaptation des politiques publiques, via des aides ciblées et des incitations à la diversification, est essentielle pour encourager des systèmes de production plus autonomes et durables.

Enfin, le développement de l’agriculture biologique et de l’agroécologie apparaît comme une solution prometteuse pour diminuer la dépendance aux intrants importés et préserver les ressources naturelles.

En définitive, les bouleversements géopolitiques en cours soulignent la nécessité pour les pays dépendant des importations de repenser en profondeur leur modèle agricole. Pour la Tunisie, le défi est clair : renforcer sa souveraineté alimentaire en misant sur une production locale plus résiliente, innovante et durable.

Zayani a conclu que le principe de « compter sur soi » est une condition essentielle pour garantir, à long terme, la sécurité alimentaire et l’indépendance économique du pays.