Fête du sacrifice : Aïd ou méchoui-party ?
L’importation d’agneaux vifs a été décidée pour renforcer l’offre à l’occasion de l’Aïd El Kébir, car cela fait deux ans que les ménages n’ont pas pu accomplir ce rituel. D’après les experts, il faudrait un million de têtes pour résoudre le problème actuel du cheptel, alors que l’état actuel ne le permet pas.

La décision d’importer des agneaux vivants a été prise pour renforcer l’offre à l’occasion de l’Aïd El Kébir. Cette fête du sacrifice suscite déjà des préoccupations chez les ménages et occupe une bonne partie des soirées de ceux qui souhaitent « y participer », quel qu’en soit le prix. La raison est simple : cela fait deux ans qu’ils n’ont pas pu accomplir ce rituel, et cela reste une obligation morale et religieuse pour les enfants.
La Presse — Il est important de préciser que ce n’est pas « une obligation ». Ceux qui n’ont pas les moyens en sont dispensés. Les raisons de cette situation sont connues et inutiles à rappeler. Avec un mouton qui risque de coûter plus d’un million, il est nécessaire de trouver un moyen de l’acquérir et de rembourser l’emprunt.
Importer deux cent mille ou deux cent cinquante mille têtes ne résoudra pas le problème. Selon des experts, un million de têtes serait nécessaire pour s’en sortir sans problème.
L’état actuel du cheptel ne permet pas cette solution, ce qui conduira à une spéculation accrue. Les prix de la viande ovine, malgré les efforts déployés, restent entre cinquante et cinquante-neuf dinars le kilo. Certaines boucheries ont fermé, mais ces fermetures ne changent rien à la situation. Il pourrait simplement s’agir de locaux ouverts pour faire monter les prix, contrôlés par ceux qui dominent ce secteur.
Nous sommes convaincus que ce secteur est contrôlé par un cartel qui impose ses règles.
Des initiatives sont en cours pour lutter contre cette situation, mais ceux qui craignent d’être révélés se retirent discrètement. Au moins, ils souhaitent éviter les problèmes. Les poursuites en cours servent aussi de pression et d’avertissement pour ceux dont la conscience n’est pas tranquille.
Malheureusement, malgré toutes les facilités accordées, les sociétés citoyennes créées ou en création et les petits agriculteurs que l’on tente d’aider ont négligé ce créneau porteur. Il faudrait les encourager à s’impliquer davantage en leur offrant des incitations et en les connectant directement avec la société « Ellouhoum », qui a effectivement ce rôle.
De toute façon, il est essentiel de réfléchir à des moyens de relancer l’élevage, en tenant compte des causes de son déclin, après une première tentative dans les années quatre-vingt d’importer des moutons du Maroc. La race « Beniguil » s’était très bien adaptée au climat du sud, notamment à Gafsa, Sidi Bouzid, Kasserine et Kairouan. Cette opération avait été menée par l’ancienne Stil, suite à une précédente importation de bétail ovin d’une race européenne qui n’a pas su s’adapter pour la reproduction. Ce cheptel, reconstitué correctement, a été décimé par des sécheresses et le contrôle des aliments pour animaux.
Cependant, cela fait au moins deux ou trois ans que les pâturages se sont adaptés et que la question des aliments pour bétail est maîtrisée. Les premiers troupeaux qui commenceront à arriver dans une ou deux semaines à la capitale et dans ses environs semblent en bonne santé. De beaux animaux bien gras qui avancent en rang serré, prenant leur temps pour traverser les routes.
Interrogés sur les prix, les bergers ou les propriétaires de ces bêtes affirment que l’importation prévue d’animaux vivants ne modifiera pas les prix.
Cela fait longtemps que le problème est soulevé, et les réponses ne font souvent que répéter des excuses ou des explications qui ne résolvent en rien ce mal chronique.
Personne n’a engagé de réflexion sur la reconstitution du cheptel ovin ou bovin. Nos voisins ont commencé ce travail et, pour l’instant, au moins, aucune difficulté majeure n’a été signalée.
Alors que nous avons les hommes, les connaissances et l’expérience, ce projet est régulièrement remis à plus tard.
Les raisons de cette situation doivent être recherchées chez ceux qui se complaisent dans le statu quo, en tirant profit de la situation, s’enrichissant en invoquant des problèmes financiers, des maladies, un manque d’aliments pour bétail.
Pour eux, un cheptel reconstitué équivaut à une obligation d’abandonner leur contrôle sur le marché. En attendant, les familles tunisiennes devront choisir entre célébrer l’Aïd comme il se doit pour ceux qui en ont les moyens, se réunir en famille élargie, ou simplement se contenter d’un méchoui symbolisant la convivialité et le partage, en attendant des jours meilleurs.

