Est-ce mal reparti ?

Patience, diraient certains.

Si l’on s’en tient aux mots, rien ne pouvait être plus clair, net et précis que les trois décisions prises dans la nuit du 25 juillet dernier par le Chef de l’Etat. Les deux premières, c’est à dire la suspension de l’activité et de l’immunité parlementaires et le remerciement du Chef du Gouvernement, ont été suivies d’effets mais la troisième, lui accordant directement les prérogatives d’Avocat Général est restée lettre morte quoiqu’il ait déclaré personnellement, publiquement et solennellement avoir pris sur lui l’exercice de l’action publique en répression des comportements reprochés notamment aux représentants les plus en vue de la classe dite politique et ce, dans toute la rigueur de leurs qualifications dans les termes du droit pénal.

Aujourd’hui, deux semaines se sont écoulées, durant lesquelles ceux qui devaient s’expliquer devant les juges d’instruction gambadent librement, tiennent des réunions, demandent des comptes, ameutent les puissances étrangères et, ce faisant, l’argent coulant vraisemblablement à flots, ne perdent pas leur temps pour faire pousser des champignons de relai.

La question qui se pose maintenant et qu’il serait dangereux pour la démocratie d’éluder est de savoir si l’événement du 25 juillet 2021, non point par l’application qui lui a servi de l’article 80 de la constitution, mais par la représentation qui y a été faite du péril national imminent, n’était pas en réalité un coup d’Etat. Si la situation actuelle devait se prolonger indéfiniment en l’absence d’une volonté politique d’agir et si n’étaient pas engagées les procédures d’instruction et de jugement à l’encontre des dirigeants du mouvement islamiste dit « ennahdha » ainsi que les personnes ayant occupé des fonctions politiques électives, administratives et judiciaires sur lesquelles convergent des suspicions de crimes de sang ou pèsent des charges de malversations, de corruption et d’atteintes aux biens publics et privés, alors, la réponse serait oui.

En effet, les deux premières décisions n’ont de sens que pour rendre possible l’exécution de la troisième et, réciproquement, le caractère impératif des poursuites judiciaires rend indispensable d’écarter d’abord les prévenus des commandes de l’Etat. Mais si jamais l’intention n’y était pas, hypothèse que je me refuse encore à accréditer, mettant tous mes espoirs sur un simple retard, ces poursuites, qui s’avéreraient à la longue illusoires ou réduites à quelques broutilles, auraient servi, sur un fondement purement politique, de prétexte à une prise totalitaire de pouvoirs originellement séparés.

Abdessalem Larif