Tunisie

« El Matbaa » de Mehdi Hmili : un drame intime et un polar.

« El Matbaa », série de dix épisodes diffusée sur Al Watania 1 depuis le 11 Ramadan (28 février), a tiré sa révérence hier, au terme d’un feuilleton mêlant drame familial et polar social. Écrite et réalisée par Mehdi Hmili, la série suivait Nejib, un père dévoué et artiste plasticien, confronté à une spirale criminelle pour sauver sa famille.

Dès les premiers épisodes, « El Matbaa » évoquait des similitudes avec la série américaine « Breaking Bad », en particulier en ce qui concerne l’évolution morale de son personnage principal. Comme Walter White, cet homme ordinaire se laisse progressivement entraîner dans une spirale criminelle qu’il justifie d’abord par le besoin de protéger sa famille.

La Presse« El Matbaa » (L’Imprimerie), série de dix épisodes diffusée sur Al Watania 1 depuis le 11 Ramadan (28 février), a conclu son parcours hier, après un feuilleton qui a su établir son univers et faire évoluer ses personnages à travers une intrigue mêlant drame familial et polar social.

La distribution comprenait Younes Ferhi, Sawsan Maalej, Abdelhamid Bouchnak, Ghanem Zrelli, Maram Ben Aziza, Sabra Aouni et Yasmine Dimassi, ainsi que de jeunes talents comme la remarquable Molka Aouij (qui a interprété le générique) et Slim Baccar.

Écrite et réalisée par Mehdi Hmili, la série suivait Nejib (Younes Ferhi), un père dévoué et un artiste plasticien et calligraphe talentueux. Alors que son épouse souffre de la maladie d’Alzheimer (Sawsan Maalej) et que son fils Hayder (Younes Nawar) est impliqué dans une affaire de chèques sans provision qui menace son avenir, Nejib se voit contraint d’abandonner sa morale pour sauver sa famille. Par désespoir, il se lance dans la contrefaçon de billets de banque.

Cet homme, qui a consacré sa vie à une imprimerie menacée de fermeture, se fait également avoir par un ancien ami galeriste qui ne lui reverse pas les revenus de la vente de ses tableaux. Pour éviter la prison à son fils, il s’engage dans une activité illégale qu’il connaît bien grâce à son expérience professionnelle.

Pour l’aider, il fait appel à Khaoula (Molka Aouij), une jeune femme de la génération Z, libre et affranchie, possédant de solides compétences en informatique et familière avec le monde de la falsification de documents, qu’elle utilise pour aider des migrants en situation irrégulière.

Dès les premiers épisodes, « El Matbaa » évoquait des similitudes avec la série américaine Breaking Bad, en particulier en ce qui concerne l’évolution morale de son personnage principal. Comme Walter White, cet homme ordinaire se laisse progressivement entraîner dans une spirale criminelle qu’il justifie d’abord par le besoin de protéger sa famille.

Au fur et à mesure des épisodes, la dimension de polar a pris de l’ampleur : la fausse monnaie a commencé à circuler, de nouveaux personnages ont fait leur apparition dans le camp des criminels, et l’ombre de la politique s’est progressivement matérialisée, se confirmant dans les deux derniers épisodes.

Certaines évolutions narrativas ont cependant été moins convaincantes, notamment pour certains personnages secondaires. C’est le cas de la fille de Nejib, une influenceuse mode interprétée par Nour El Hedi, qui, afin de rassembler la somme nécessaire pour libérer son frère, s’est impliquée dans des jeux de paris clandestins.

Elle s’improvise, du jour au lendemain, organisatrice de soirées poker clandestines, activité précédemment assurée par son frère et son ami et beau-frère Ishak (Slim Baccar), tous deux victimes du racket d’un policier corrompu.

Cette jeune femme, présentée comme frêle et plutôt casanière, devient une figure autoritaire, reprenant d’une main de fer le contrôle de ce commerce et affrontant même le policier.

Cette transformation, jugée précipitée et peu convaincante, rappelait certains aspects du personnage de Molly Bloom incarné par Jessica Chastain dans le film « Molly’s Game », basé sur l’histoire d’une ancienne espoir olympique devenue organisatrice de cercles de poker clandestins fréquentés par des célébrités et des hommes d’affaires.

La série a également donné de l’importance au personnage joué par Abdelhamid Bouchnak, qui a parfois peiné à convaincre pleinement dans ce registre sombre, notamment lorsqu’une dimension psychopathologique a été ajoutée au récit. En effet, le policier présentait un trouble dissociatif de l’identité, accompagné de délires rappelant le personnage de Norman Bates dans « Psycho » d’Alfred Hitchcock.

Mehdi Hmili a ainsi conservé la même configuration visuelle : une mère omniprésente par sa voix, toujours vue de dos ou de profil, installée dans une chaise roulante. Il a toutefois ajouté une autre présence, celle du frère interprété par Bilal Slatnia, dont la nature hallucinée était perceptible.

Tout au long de la série, les références au cinéma de genre et au cinéma social se sont multipliées, parfois de manière subtile, parfois plus marquée, témoignant de l’univers cinéphile du réalisateur, qui semblait prendre plaisir à faire appel aux œuvres ayant nourri son imagination.

À l’issue de ces dix épisodes, « El Matbaa » se présente comme une série ambitieuse, oscillant entre drame familial et polar social, influencée par le réalisme poétique, tentant d’explorer les zones grises de la morale à travers le cheminement d’un homme ordinaire (figure de l’artiste désenchanté) acculé par les événements. On a apprécié la sincérité du jeu des acteurs, en particulier la révélation Molka Aouij.

Cette belle harmonie entre l’image, les performances et la bande sonore a créé un rythme doux, soutenu par une musique discrète et expressive, accompagnant les émotions sans jamais les écraser, permettant ainsi d’ancrer la plupart des personnages et leur univers, même si l’on aurait souhaité quelques épisodes supplémentaires pour mieux justifier la transformation radicale de Nejib.