
Efficacité énergétique : Le bâtiment ne réduit pas la demande électrique !
En 2024, la consommation nationale d’électricité en Tunisie a atteint près de 19,9 TWh, contre environ 19,1 TWh en 2023. Selon Abdelkader Baccouche, le secteur du bâtiment est le premier consommateur d’électricité, avec plus de 50 % de la consommation nationale.

En raison de l’augmentation continue de la consommation d’électricité en Tunisie, surtout lors des pics de chaleur estivaux, le secteur du bâtiment devient un élément central de la problématique énergétique. Avec l’utilisation massive de la climatisation, la pression sur le réseau et la dépendance aux énergies fossiles, l’efficacité énergétique se présente aujourd’hui comme un levier essentiel pour limiter la demande et améliorer l’équilibre du système.
La Presse — Les étés de plus en plus chauds subis par la Tunisie, en raison des changements climatiques, nécessitent une réflexion approfondie sur les modes de consommation énergétique.
La demande en électricité continue effectivement d’augmenter. En 2024, la consommation nationale d’électricité a frôlé les 19,9 TWh (milliards de kilowattheures), comparativement à environ 19,1 TWh en 2023. Cette hausse est alimentée notamment par les besoins croissants des secteurs résidentiels et tertiaires, surtout durant les périodes de fortes chaleurs.
Dans ce contexte, le secteur du bâtiment se présente comme un acteur clé de la transition énergétique, en raison de son poids croissant dans la consommation d’électricité. C’est ce qu’a souligné Abdelkader Baccouche, ingénieur et directeur de l’efficacité énergétique dans le secteur du bâtiment à l’Anme, lors d’une récente conférence à Tunis.
D’après Abdelkader Baccouche, le secteur du bâtiment joue aujourd’hui un rôle central dans le paysage énergétique tunisien. « Si l’on examine la répartition de la consommation finale d’énergie en Tunisie, le secteur du bâtiment est le deuxième consommateur d’énergie avec une part de 23 %. En revanche, il reste le premier consommateur d’électricité, représentant plus de 50 % de la consommation nationale », a-t-il déclaré.
L’expert souligne tout particulièrement l’évolution de la demande électrique de pointe en été, qui a sans cesse augmenté ces dernières années pour atteindre près de 4,8 gigawatts.
« La climatisation dans le secteur résidentiel est responsable à elle seule d’environ 50 % de cette pointe estivale », explique-t-il.
Cette situation impose une forte pression sur le réseau électrique national. Selon M. Baccouche, la Société tunisienne de l’électricité et du gaz (Steg) a dû procéder à des opérations de délestage, avec un record atteint le 25 juillet 2024, où près de 1.000 mégawatts ont été délestés en une journée.
Le responsable de l’Anme rappelle par ailleurs que la Tunisie compte actuellement près de 2,7 millions de climatiseurs dans le secteur résidentiel, plus de la moitié des ménages étant équipés de ces appareils. « Lors des jours de forte chaleur, l’utilisation simultanée de ces climatiseurs peut générer une demande dépassant 2,3 gigawatts », précise-t-il.
À ce problème s’ajoute la forte dépendance du pays au gaz naturel. « Plus de 94 % de l’électricité produite en Tunisie provient du gaz naturel », souligne l’expert, affirmant que cette réalité accentue l’urgence d’agir en faveur de l’efficacité énergétique et du développement des énergies renouvelables.
Trois objectifs stratégiques à l’horizon 2035
Face à ces enjeux, le gouvernement tunisien a établi plusieurs objectifs dans le cadre de la stratégie énergétique à l’horizon 2035, approuvée lors du Conseil ministériel du 30 avril 2023.
Le premier objectif vise à réduire l’intensité carbone de 45 % d’ici 2030.
Le deuxième a pour but d’augmenter la part des énergies renouvelables à 35 % du mix électrique d’ici 2030, 50 % d’ici 2035 et 80 % à l’horizon 2050. Enfin, le troisième objectif prévoit une réduction de la demande énergétique de 30 % en 2030 par rapport au niveau observé en 2021.
Le Fonds de transition énergétique comme principal levier financier
Pour réaliser ces objectifs, l’État a mis en place divers instruments destinés à stimuler le marché de l’efficacité énergétique et des énergies renouvelables.
Parmi ceux-ci, le Fonds de transition énergétique, créé en 2013, se distingue. « C’est le principal instrument financier de soutien », souligne Abdelkader Baccouche. Ce fonds permet notamment de financer jusqu’à 70 % des coûts liés aux études de faisabilité, à l’accompagnement technique, aux logiciels spécialisés, ainsi qu’aux études portant sur l’efficacité énergétique, les énergies renouvelables ou encore la décarbonation. Le dispositif prévoit aussi des primes à l’investissement matériel variant entre 20 % et 50 % selon les projets.
Plus de trois décennies d’actions dans le secteur du bâtiment
L’expert affirme que les programmes d’efficacité énergétique dans le bâtiment reposent sur plusieurs catégories de mesures : institutionnelles, réglementaires et transversales.
La Tunisie met en œuvre depuis plus de 35 ans des audits énergétiques périodiques ainsi qu’une réglementation thermique des bâtiments visant à améliorer leur performance énergétique.
D’autres actions concernent la labellisation des équipements électroménagers, la promotion de l’éclairage performant, le développement des énergies renouvelables et l’encouragement à l’utilisation de systèmes de climatisation à haute efficacité énergétique.
Des mesures générales viennent également compléter ce dispositif, par le biais de campagnes de sensibilisation, d’actions de communication et divers mécanismes d’incitation fiscale, dont certaines exonérations de TVA.
Pour Abdelkader Baccouche, l’amélioration de l’efficacité énergétique dans le secteur du bâtiment se présente comme un levier incontournable pour gérer la demande électrique, réduire les émissions de carbone et accroître la sécurité énergétique de la Tunisie face aux défis climatiques croissants.
