Tunisie

Dominique de Villepin : « La Tunisie et le Maghreb, partenaires prioritaires »

Dominique de Villepin a appelé à faire de la Tunisie et du Maghreb “le partenaire prioritaire” de l’Europe et a plaidé pour un partenariat fondé sur l’égalité et la complémentarité. Lors de son intervention, il a souligné l’absence de décalage de compétences “entre le Maghreb, la Tunisie et la Silicon Valley” et a identifiée l’intégration maghrébine comme un “impératif”.


L’ancien Premier ministre français Dominique de Villepin a appelé à faire de la Tunisie et du Maghreb “le partenaire prioritaire” de l’Europe, estimant que celle-ci doit profondément réviser ses relations avec son voisinage sud.

Dans une interview exclusive réalisée par l’Institut arabe des chefs d’entreprise (IACE) et diffusée ce jeudi sur ses réseaux sociaux, Dominique de Villepin a consacré une large part de son entretien à la Tunisie, qualifiée de “partenaire stratégique incontournable” pour l’Europe dans un monde en mutation.

S’exprimant en marge de la 39ᵉ édition des Journées de l’Entreprise, qui se tiennent du 11 au 13 décembre 2025, il a plaidé pour un partenariat rénové, basé sur l’égalité et la complémentarité, plutôt que sur l’aide traditionnelle, en mettant l’accent sur la jeunesse, les énergies renouvelables et l’intelligence artificielle.

L’ancien chef de la diplomatie française a souligné que la formation des jeunes générations est la clé de ce nouveau modèle. “La véritable mine d’or, c’est la formation des jeunes générations”, a-t-il affirmé, louant une jeunesse “dynamique, talentueuse, bien formée et en phase avec le monde”, notamment grâce au numérique. Il a mis en avant l’absence de décalage de compétences “entre le Maghreb, la Tunisie et la Silicon Valley”, considérant cette vitalité comme un atout décisif face aux économies européennes vieillissantes.

Dominique de Villepin a plaidé pour une refonte en profondeur des relations euro-maghrébines, rompant avec la logique Nord-Sud héritée de l’après-colonialisme. “Notre premier partenaire, c’est bien évidemment de l’autre côté de la Méditerranée, le Maghreb”, a-t-il déclaré, estimant cette alliance naturelle et nécessaire dans un monde de plus en plus fragmenté en blocs concurrents. Il a donc invité la France et l’Europe à faire du Maghreb leur « région prioritaire » dans les années à venir.

Pour transformer les atouts régionaux en avantages concrets, il a appelé à la construction d’une “chaîne de valeur” et d’une “chaîne de solidarité” maghrébines, soutenues par des interconnexions énergétiques, numériques et commerciales renforcées entre la Tunisie, l’Algérie et le Maroc.

L’ancien Premier ministre a identifié les secteurs du solaire et de l’intelligence artificielle comme des leviers majeurs de développement, sous réserve de lever les barrières internes au Maghreb. “Le Maghreb ne bénéficie pas encore de toutes les synergies possibles”, a-t-il regretté, invitant la région à s’inspirer de l’expérience de l’Asie du Sud-Est pour bâtir un “marché au potentiel considérable”.

L’intégration maghrébine est un “impératif”, a-t-il insisté, notant que la région est freinée par “trop de barrières” internes. Il a, à cet égard, réitéré son appel à s’inspirer du modèle de l’ASEAN pour établir un espace économique intégré et compétitif.

Concernant la question migratoire, il a mis en garde contre les amalgames et les discours de peur, prônant une approche humaniste basée sur le dialogue et la coopération avec les pays d’origine et de transit, dont la Tunisie. “Aider la Tunisie à stabiliser ses propres flux et à créer des emplois, c’est aussi contribuer à une Europe plus humaine et plus stable”, a-t-il conclu.

Perçue comme un signal fort d’encouragement, l’intervention de Dominique de Villepin place la Tunisie au centre d’une vision géopolitique méditerranéenne où coopération, innovation et jeunesse sont les piliers d’un nouveau modèle de partenariat entre l’Europe et le Sud.