Djerba-Jemaâ Louta : la mosquée ibadite souterraine témoigne de l’île
Les deux coupoles discrètes enduites de chaux de la mosquée souterraine ibadite Jemaa Louta sont situées au centre de Mezrane, non loin d’Ajim. Aujourd’hui, 22 mosquées ibadites de l’île de Djerba sont inscrites au patrimoine mondial de l’UNESCO, mais la plupart des mosquées situées sur le littoral subissent les effets des changements climatiques et ne sont pas protégées contre l’avancement de la mer et l’érosion.
Seules deux coupoles discrètes, recouvertes de chaux, qui se dressent sur le sol ocre de l’île de Djerba permettent d’identifier la présence de la mosquée souterraine ibadite Jemaa Louta, située au cœur de Mezrane, non loin d’Ajim.
Construite vers le début du 17ème siècle dans un style austère et minimaliste, l’aspect sommaire et rudimentaire du monument illustre parfaitement les principes de la doctrine ibadite, qui rejette la grandeur, l’apparat et l’opulence ainsi que toute forme d’ostentation et de signes extérieurs de richesse. Les ibadites privilégient plutôt la discrétion, la simplicité et la fonctionnalité pour ériger leurs lieux de culte.
Cette architecture dépouillée répond à des exigences climatiques — la salle de prière souterraine protège du climat très chaud, offrant fraîcheur et abri contre les vents forts et les tempêtes de sable en hiver — mais elle est également liée à l’histoire défensive et militaire de la péninsule.
En effet, pour protéger l’île, convoitée par des assaillants et des envahisseurs attirés par le calme et le mystère de Djerba, les ibadites ont eu l’idée ingénieuse de construire des lieux de culte fonctionnels, discrets, où ils peuvent prier à l’abri des regards tout en trouvant refuge contre des ennemis potentiels.
Au centre de Jemaa Louta, au milieu d’une cour centrale enduite de chaux, de larges marches en pierre permettent aux fidèles de monter pour procéder à l’appel à la prière, tandis que d’autres escaliers similaires mènent à une salle souterraine obscure et fraîche, sans fenêtres, offrant un espace de recueillement intime, à l’abri du soleil brûlant de Djerba et des vents violents.
L’association de sauvegarde de l’île de Djerba a permis de préserver plusieurs de ces monuments, a souligné Naceur Bouabid, ancien Président de l’Association pour la Sauvegarde de Djerba (Assidje).
« L’Etat tunisien s’est engagé à assurer la préservation et la survie de ce lieu comme témoignage d’un mode d’occupation multiséculaire. Les monuments de Djerba, réputés pour leur style unique, minimaliste et sobre, représentent un laboratoire pour les architectes du monde entier. »
Aujourd’hui, 22 mosquées ibadites de l’île sont inscrites au patrimoine mondial de l’UNESCO. Toutefois, ce legs exceptionnel demeure fragile. En effet, la plupart des mosquées qui bordent le littoral sont en train de subir les effets des changements climatiques et ne sont pas protégées contre l’avancement de la mer et l’érosion.
Si des fonds ne sont pas mobilisés pour mener à bien les travaux d’entretien nécessaires, ces monuments pourraient se dégrader et disparaître, entraînant une perte incommensurable pour le patrimoine insulaire, alerte Khaoula El Cadi, actuelle Présidente de l’ASSIDJE.
La protection de ces monuments, qui est urgente, est synonyme de sauvegarde de l’identité de Djerba, avant que les éléments naturels n’effacent irrémédiablement une grande partie du patrimoine multiséculaire de l’île.

