Dette publique : L’endettement comme outil d’investissement avantageux.
À fin 2025, l’encours de la dette publique tunisienne s’est élevé à 141,7 milliards de dinars, soit environ 82,1 % du produit intérieur brut. La part de la dette interne représente désormais près de 61 % de l’encours total, contre 39 % pour la dette extérieure.

La Tunisie est à un tournant décisif de sa politique économique. Avec une dette publique atteignant des niveaux historiques de plus de 140 milliards de dinars fin 2025, la gestion de cette dette devient un enjeu stratégique majeur.
La Presse — La dette extérieure représente aujourd’hui un enjeu crucial pour l’économie tunisienne. La gestion de l’endettement public se révèle être un exercice complexe pour les autorités économiques. Selon le ministère des Finances, la dette extérieure désigne l’ensemble des emprunts contractés par l’État auprès de créanciers non résidents, destinés à financer les besoins en devises du pays, à soutenir les projets publics et à accompagner les investissements des entreprises publiques.
À la fin de 2025, la dette publique tunisienne devrait atteindre 141,7 milliards de dinars, ce qui représente environ 82,1 % du produit intérieur brut. Bien que ce ratio reste élevé, sa légère diminution par rapport à l’année précédente s’explique principalement par une croissance nominale du PIB plus rapide que celle de la dette.
Un basculement vers l’endettement intérieur
Simultanément, la structure de l’endettement a connu des changements significatifs : la part de la dette interne représente désormais près de 61 % de l’encours total, contre 39 % pour la dette extérieure.
Ce passage progressif témoigne de la volonté des autorités de réduire l’exposition du pays aux risques de change et aux fluctuations des marchés internationaux. Néanmoins, cette orientation n’est pas sans conséquences, car elle exerce une pression croissante sur les ressources du système financier national et la capacité de financement de l’investissement privé.
La structure de la dette extérieure tunisienne reste par ailleurs fortement dépendante des principales devises internationales, en particulier l’euro et le dollar. Cette dépendance augmente la vulnérabilité de l’économie nationale aux variations des taux de change et aux décisions de politique monétaire des grandes banques centrales.
Une appréciation de ces monnaies par rapport au dinar pourrait ainsi alourdir le poids réel de la dette et accroître les pressions sur les finances publiques, particulièrement dans un contexte international marqué par des incertitudes économiques et géopolitiques persistantes.
Pour Ridha Mrabet, ancien président-directeur général d’une Sicar régionale, la vraie problématique ne réside pas seulement dans le niveau de l’endettement, mais surtout dans l’utilisation des ressources empruntées.
Selon lui, l’endettement peut représenter un véritable levier de développement économique à condition qu’il soit orienté vers des investissements productifs et structurants, susceptibles de générer une croissance durable, de renforcer la compétitivité de l’économie et de créer des recettes en devises.
Convertir la dette en investissements
Dans cette optique, convertir la dette en investissements constitue une stratégie potentielle capable de transformer une contrainte financière en opportunité de développement.
Ce mécanisme permettrait de réduire le fardeau de la dette tout en finançant des projets structurants dans des secteurs clés, tels que la transition énergétique, la protection de l’environnement, les infrastructures, la santé ou l’innovation technologique.
La création d’un fonds d’investissement, partiellement alimenté par ces opérations de conversion de dette ainsi que par la mobilisation de capitaux publics et privés, pourrait ainsi soutenir des projets à forte valeur ajoutée, notamment dans les régions intérieures. Une telle approche offrirait également l’opportunité de transformer progressivement la dette publique en un véritable levier de relance économique et de développement durable pour la Tunisie, a conclu Mrabet.
