Culture du quinoa : Les domaines arides pourraient-ils prospérer ?
Environ cinq hectares de quinoa sont cultivés pour introduire un produit naturel dans le patrimoine agricole et nutritionnel du pays. Actuellement, deux groupements de développement agricole, le GDA de Gabès et celui de Kébili, collaborent pour créer les produits quinoa «Sahara» et quinoa «Al Janoub».

La culture du quinoa progresse de manière significative dans certaines zones du pays. Environ cinq hectares sont dédiés à cette pseudo-céréale, permettant ainsi d’enrichir notre patrimoine agricole et nutritionnel avec un produit naturel adapté aux spécificités climatiques de notre environnement.
C’est une avancée en matière de diversification des ressources naturelles, grâce à l’introduction et la valorisation de nouvelles variétés durables, qui possèdent de grandes qualités nutritionnelles et promettent d’être rentables.
Le quinoa est réputé pour ses bénéfices nutritionnels et diététiques, ainsi que pour sa résistance face aux conditions climatiques extrêmes. Il représente une option d’avenir parmi les cultures durables.
La Presse — Depuis une dizaine d’années, une équipe multidisciplinaire de chercheurs, travaillant au laboratoire des recherches sur les plantes extrémophiles du Centre des biotechnologies à Borj Cédria, s’efforce d’intégrer le quinoa dans notre système agricole.
Ce projet de recherche repose également sur de nombreuses collaborations internationales, notamment des partenariats bilatéraux avec des laboratoires de recherche et des mécanismes technologiques spécialisés, provenant de pays européens tels que l’Allemagne, la France et l’Espagne, ainsi que des pays maghrébins comme l’Algérie et le Maroc. «Les collaborations bilatérales s’inscrivent dans le cadre de projets de recherche sur le quinoa.
Notre équipe — dont je suis le responsable — a analysé les différentes variétés de quinoa pour identifier celles qui s’adaptent le mieux aux climats régionaux, afin de les introduire et les valoriser. On compte environ dix-huit mille variétés de quinoa. Nous avons présélectionné environ trois cents variétés susceptibles d’être cultivées en Tunisie.
Au final, nous n’avons retenu qu’une dizaine, qui s’adaptent facilement aux caractéristiques des différentes régions», souligne le Dr Arafet Manaâ, chercheur et maître de conférences au Centre des biotechnologies de Borj Cédria dans La Presse.
Le quinoa de Gabès et celui de Kébili
En tant que plante extrémophile, le quinoa est reconnu pour sa capacité à résister à des conditions climatiques difficiles. Étant donné que notre climat présente des conditions sévères, telles que l’aridité, la sécheresse, le manque d’eau et la salinité, le quinoa est une lueur d’espoir pour les agriculteurs dont les terres souffrent de la précarité du sol et d’une faible disponibilité en ressources hydriques.
«En 2021, nous avons évalué la disponibilité des agriculteurs face à un manque de solutions. Nous leur avons proposé de cultiver une petite parcelle de cinq cents mètres carrés pour observer avec intérêt la transformation de leurs terres salines et infertiles en de petits paradis, ce qu’ils ont fait.
Il y a eu une forte adhésion de leur part. Actuellement, nous collaborons avec deux groupements de développement agricole, le GDA de Gabès et celui de Kébili. Cette collaboration a permis de créer deux produits, le quinoa «Sahara» et le quinoa «Al Janoub»».
Place à la transformation du quinoa
La production avance rapidement. La sensibilisation à ce produit agricole inhabituelle se poursuit, et il séduit de plus en plus d’agriculteurs. Certains vont même jusqu’à l’importer pour le vendre entre 30dt et 40dt le kilo. Il est clair que la culture du quinoa représente une vraie opportunité économique.
Le principal obstacle à cette expansion réside dans le manque de moyens et d’équipements nécessaires à la transformation de cette graine. Contrairement à d’autres pseudo-céréales, le quinoa est recouvert d’une enveloppe de saponine, responsable de son goût amer. Il est donc crucial de disposer des ressources nécessaires pour nettoyer le quinoa et le préparer à la transformation, ce qui requiert des budgets importants.
Le Dr Manaâ et son équipe ont formé les agriculteurs aux étapes qui suivent la production, en leur fournissant des prototypes pour leur expliquer comment semer, récolter et nettoyer ce produit. Des études sur le processus de transformation ont été menées, ainsi que sur le marché, qui montre une demande intéressée. «Nous sommes en contact avec une entreprise nationale spécialisée dans les produits à base de céréales transformées. Cette entreprise a exprimé son souhait d’intégrer le quinoa dans sa chaîne de production», ajoute le Dr Manaâ.
Des progrès significatifs ont été réalisés pour intégrer cette pseudo-céréale dans l’agriculture. Cependant, il reste encore beaucoup à faire pour généraliser l’expérience, sensibiliser davantage d’agriculteurs et de consommateurs. Bien que le prix du quinoa ne soit pas accessible à tous, une production accrue de ce produit permettrait de mieux réguler son prix sur le marché. Cela serait fortement souhaitable, car elle contribuerait inévitablement à l’agriculture durable, à la sécurité alimentaire et à une bonne hygiène nutritionnelle.

