Tunisie

CPG en crise : Néjib Akremi demande des réformes structurelles urgentes

Le député à l’ARP, Néjib Akremi, était l’invité de la Radio nationale ce 6 avril 2026. La Compagnie des phosphates de Gafsa ne produit aujourd’hui que 3,5 millions de tonnes par an, contre un objectif de 8 à 9 millions de tonnes.


Le député de Gafsa, Néjib Akremi, était invité à la Radio nationale le 6 avril 2026. Actuellement, la Compagnie des phosphates de Gafsa (CPG) ne produit que 3,5 millions de tonnes de phosphate par an, alors que l’objectif est de 8 à 9 millions de tonnes.

Des centaines de wagons sont hors service et abandonnés sur les voies. Les recrutements sont gelés depuis 2015-2016, laissant de nombreux postes vacants. Les créances impayées des partenaires industriels mettent la compagnie en difficulté financière, l’empêchant de fonctionner normalement. Face à cette situation, le parlementaire a appelé à une mobilisation de l’État.

Akremi a précisé que la CPG fournit des matières premières à ses partenaires, notamment au Groupe chimique tunisien et à la société Tifert à Skhira, mais que les paiements tardent à arriver. Cela entraîne une accumulation de créances impayées, privant la CPG des liquidités nécessaires pour ses investissements et le renouvellement de ses équipements.

Il a établi un lien direct entre la crise financière du Groupe chimique tunisien et celle de la compagnie minière, exigeant le remboursement immédiat de ces créances.

### Un appareil de transport à bout de souffle

Le député a mis en avant le système de transport du phosphate comme un des nœuds critiques de la crise. La Société nationale des chemins de fer tunisiens, partenaire historique de la CPG, dispose d’un parc de wagons en dégradation avancée : des centaines d’unités sont hors service et abandonnées, faute d’entretien.

Akremi a informé qu’un programme de modernisation du réseau ferroviaire destiné au transport du phosphate a été approuvé, avec un financement prévu d’environ 400 millions de dinars. Il a insisté sur l’urgence de sa mise en œuvre, car l’approbation seule ne suffit pas à améliorer la situation.

La Société de transport des matières minières, autre partenaire logistique, se trouve dans une situation semblable : sa flotte de camions est usée, empêchant la CPG d’acheminer le phosphate brut vers les unités de transformation du Groupe chimique tunisien à Gabès, M’dhilla, Skhira et Sfax.

### Des milliers de postes vacants et des concours à assainir

En ce qui concerne l’emploi, Akremi a signalé que les recrutements à la CPG et au Groupe chimique sont quasiment à l’arrêt depuis 2015-2016, laissant de nombreux postes vacants, ce qui affecte à la fois la capacité de production de la compagnie et l’emploi dans la région.

Il a rappelé que des concours passés avaient été entachés de fraudes et de favoritisme, établissant un lien avec la révolte du bassin minier de 2008. Il a demandé que le directeur général de la CPG et le ministère de l’Industrie organisent rapidement des concours transparents, basés sur des critères objectifs accessibles à tous les demandeurs d’emploi de la région.

Akremi a souligné que les défaillances de gouvernance sont au centre du problème. Les nominations à la tête de la CPG et du Groupe chimique ont longtemps été influencées par des quotas partisans, chaque formation politique cherchant à placer ses fidèles à des postes clés.

Le député a appelé à une vraie révolution managériale, en confiant la gestion de la compagnie à des compétences nationales engagées dans le projet de redressement né du 25 juillet, tout en reconnaissant le travail des cadres actuels.

### Des mesures d’urgence et une mobilisation politique réclamées

Akremi a structuré ses recommandations autour de plusieurs axes. Il a demandé le recouvrement immédiat des créances dues par les partenaires, le renouvellement des wagons et camions, l’accélération du programme ferroviaire, et l’ouverture de concours de recrutement transparents. Sur le plan institutionnel, il a réclamé la convocation d’une session extraordinaire de la commission de l’industrie au Parlement et une visite de la cheffe du gouvernement à Gafsa pour constater l’état du parc de transport. Il a aussi suggéré une visite du Président de la République dans la région pour prendre la mesure de la situation de la compagnie.

Au-delà du sauvetage immédiat de la CPG, le député a plaidé pour un modèle de développement régional englobant l’industrie des matériaux de construction, les nouvelles industries et le secteur agricole, qu’il considère stratégique pour alléger les tensions sur les prix et diversifier l’économie de Gafsa.

Néjib Akremi a replacé le débat dans son contexte historique, rendant hommage aux mineurs qui ont construit et défendu la CPG depuis les années 1930 et 1940. Il a rappelé que l’institution existe depuis plus de 125 ans, ayant été défendue par des générations de militants grâce aux luttes syndicales. Le député a évoqué Lazhar Charaïti, ancien mineur et fondateur de l’armée de libération nationale, engagé dans la lutte pour l’indépendance et la cause palestinienne.

Akremi a affirmé que depuis 2011, les gouvernements successifs ont cherché à affaiblir la compagnie en vue de sa privatisation, par la corruption et le blocage organisé de la production. Cela a engendré une bureaucratie désorganisée, provoquant un quasi-arrêt total de l’activité. Il a cependant noté qu’à partir du 25 juillet 2021, une dynamique de redressement a été amorcée, avec une reprise progressive de la production, actuellement établie autour de 3,5 millions de tonnes par an, tandis que l’objectif demeure entre 8 et 9 millions de tonnes.