Tunisie

Compléments alimentaires : marché de 59 millions de dinars sans régulation.

La Commission de la santé, de la femme, de la famille, des affaires sociales et des personnes handicapées à l’Assemblée des Représentants du Peuple a examiné une proposition de loi relative à la fabrication des compléments alimentaires. Les représentants du groupement professionnel des fabricants de compléments alimentaires ont signalé que 76 entreprises sont actuellement en activité dans ce secteur, employant environ 600 cadres et 1 400 ouvriers.


La Commission de la santé, de la femme, de la famille, des affaires sociales et des personnes handicapées de l’Assemblée des Représentants du Peuple (ARP) a examiné une proposition de loi sur la fabrication des compléments alimentaires. À cette occasion, les députés ont entendu des représentants du groupement professionnel des fabricants de compléments alimentaires de la Confédération des entreprises citoyennes de Tunisie (CONECT).

Au début de la séance, qui s’est tenue hier, les représentants du groupement ont présenté un exposé sur l’état du secteur en Tunisie. Ils ont précisé que 76 entreprises sont actives dans ce domaine, employant environ 600 cadres et 1 400 ouvriers. Selon un communiqué de l’ARP, la valeur des produits de ce secteur a dépassé 59 millions de dinars sur le marché en 2023, illustrant ainsi son potentiel économique et sa capacité d’emploi.

Les intervenants ont cependant noté qu’en dépit de son développement, le secteur ne dispose toujours pas d’un cadre législatif spécifique. Cette absence de réglementation a entraîné l’apparition de divers dysfonctionnements et abus, notamment l’intervention d’acteurs non qualifiés et la multiplication des campagnes de promotion sur les réseaux sociaux, souvent sans mentionner la composition ou les véritables bienfaits des produits, ni les différencier clairement des médicaments.

Les représentants du groupement ont alors appelé à établir un cadre juridique indépendant pour réguler la fabrication et la commercialisation des compléments alimentaires, à l’exemple de nombreux pays. Selon eux, le vide législatif, la désorganisation des circuits de distribution et l’absence de contrôle ont conduit plusieurs compétences tunisiennes à s’expatrier pour produire et commercialiser leurs produits à l’étranger via des intermédiaires.

Ils ont également précisé que le ministère de la Santé prépare actuellement un cahier des charges pour réglementer le secteur, tout en déplorant que leur organisation n’ait pas été consultée lors de son élaboration, ce qui pourrait aboutir à des dispositions ne tenant pas compte des spécificités du domaine.

Les représentants du groupement ont en outre affirmé que, contrairement à certaines idées reçues, les compléments alimentaires ne représentent pas de danger pour la santé des consommateurs s’ils sont encadrés par une législation nationale claire régissant leur fabrication et leur commercialisation. Ils estiment qu’un cadre réglementaire et des mécanismes de contrôle adéquats permettraient non seulement de mettre fin aux dérives actuelles, mais aussi de contribuer à la prévention de plusieurs maladies et à l’amélioration de la santé publique.

De leur côté, les députés présents ont salué les informations fournies par les représentants du secteur, mettant en avant l’urgence de réguler ce domaine encore marqué par un vide juridique. Ils ont aussi insisté sur l’importance de soutenir les compétences nationales et de favoriser la production locale pour éviter la fuite des talents.

Certains intervenants ont jugé que la principale problématique liée aux compléments alimentaires réside dans les méthodes de promotion et de publicité, qui peuvent induire en erreur les consommateurs en les présentant comme des médicaments capables de traiter diverses maladies, dans un contexte où les contrôles sont insuffisants.

À l’issue de la séance, les membres de la commission ont salué les propositions formulées par le groupement professionnel et ont indiqué qu’ils continueraient l’examen de cette proposition de loi, tout en programmant d’autres auditions lors des prochaines réunions.