Tunisie

Clusters et chaînes de valeur : une opportunité de repositionnement.

Le séminaire régional maghrébin sur les clusters a eu lieu le 25 mars à Tunis et a regroupé des acteurs publics et privés de la Tunisie, de l’Algérie et du Maroc. L’ambassadeur de l’UE à Tunis, Giuseppe Perrone, a exprimé que l’Union européenne offre déjà plusieurs mécanismes d’appui et de financement et continue d’être à l’écoute des besoins des partenaires du Maghreb.

Face à un bouleversement géostratégique générant des incertitudes à l’échelle internationale, le monde des affaires, confronté à de nombreux défis tels que la transition écologique et digitale, cherche à se repositionner de manière plus stable et plus rentable. Ce processus repose sur un cadre institutionnel et réglementaire déjà existant, mais qui doit être adapté pour tirer parti des opportunités offertes et du potentiel déjà démontré.

La Presse — Lors d’un séminaire régional maghrébin tenu le 25 mars à Tunis, les clusters, regroupements entre concurrents, ont été présentés comme un moteur de développement des activités et des exportations, bénéfique tant pour les entreprises maghrébines que pour le marché européen. Cette approche met en avant la proximité géographique ainsi que les facilitations liées à la langue, la culture et les éléments communs aux pays riverains de la Méditerranée.

Organisé par le Femise et l’ERF, le séminaire a rassemblé des acteurs publics et privés de Tunisie, d’Algérie et du Maroc, des experts internationaux et des dirigeants de clusters. L’objectif était d’échanger des expériences et des perceptions afin d’identifier des pistes de déblocage pour permettre aux entreprises du Sud d’intégrer les chaînes de valeur européennes, soucieuses elles aussi de réduire les incertitudes liées au contexte géopolitique.

Tarek Cherif, président du réseau « Anima investment network » et industriel de longue date à Tunis, a souligné dès le départ l’importance de la compétitivité et de la productivité pour l’industrie, affirmant que « l’industrie a besoin de compétitivité et de productivité, d’où les clusters ». Il a précisé que si la productivité est une question propre à chaque industriel, la compétitivité nécessite des facteurs externes, tels qu’un cadre d’échange et d’inspiration, la découverte de nouvelles idées, et une montée en gamme fondée sur des recherches et des données fiables, en vue de se positionner dans un contexte de compétition mondiale. « L’industrie est une compétition mondiale où on doit avoir une place quelles que soient les conditions », a-t-il soutenu, tout en appelant à offrir aux industriels les conditions nécessaires pour réussir dans cette dynamique.

De la compétition à la coopération

« Sans échange, il ne peut y avoir de cluster », a déclaré Adel Ben Youssef, professeur de sciences économiques à l’université Côte d’Azur en France. Il a rappelé la genèse du concept de clusters dans les années 80 en Italie, avec l’émergence de districts industriels spécialisés favorisant des économies d’échelle et une compétitivité accrue.

Dans son analyse, il a souligné l’importance des échanges au sein de « espaces de vie » où ingénieurs de diverses entreprises concurrentes se rencontrent. Cela facilite une transition d’une logique de compétition vers une logique de coopération et met en avant le rôle de « chocs » capables de provoquer des transformations significatives.

Le bouleversement actuel des relations internationales pourrait offrir aux entreprises une occasion favorable pour un développement ou un repositionnement.

Les transitions écologique et digitale, intrinsèquement liées et systématiquement intégrées dans les projets de développement, représentent une « opportunité historique » pour se diversifier et se repositionner de manière durable.

Cet effort repose sur les industriels, mais également sur les autorités compétentes qui doivent ajuster le cadre institutionnel, ainsi que sur les structures d’appui et les institutions de financement, qui ne sont pas encore en phase avec les besoins des clusters.

Le marché européen

Le marché européen, actuellement en proie à des difficultés d’approvisionnement, notamment en produits énergétiques en raison des conflits en Ukraine et en Iran, pourrait voir la situation se détériorer davantage à cause des incertitudes et de l’intensité des conflits.

L’approvisionnement en produits énergétiques pourrait engendrer des coûts supplémentaires liés au transport et à l’assurance, risquant de provoquer des ruptures, un problème qui suscite une réelle préoccupation.

Les pays du Maghreb pourraient offrir une alternative de proximité, plus économique et plus fiable, à condition d’améliorer la qualité de leurs produits et de se conformer aux standards existants, alors que certains entrepreneurs peinent encore à suivre cette dynamique.

L’Union européenne a déjà mis en place divers mécanismes de soutien et de financement, comme l’a indiqué l’ambassadeur de l’UE à Tunis, Giuseppe Perrone, qui a également assuré de l’écoute des besoins des partenaires maghrébins jugés fiables.

Le séminaire sur les clusters et les chaînes de valeur du Maghreb sera suivi d’une autre édition dans la région du Mashreq en mai prochain, avant une rencontre plus large euro-méditerranéenne prévue plus tard en 2026.